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Au cœur du Nouvel Ordre Mondial: Wall Street et la révolution bolchévique (Professeur Antony Sutton)… 3ème partie.


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Antony Sutton
Dimanche 1 Janvier 2012

Au cœur du Nouvel Ordre Mondial: Wall Street et la révolution bolchévique (Professeur Antony Sutton)… 3ème partie.
Chapitre 7 Les Bolchéviques retournent à New York
“Martens est bien sous les feux de la rampe. Il ne fait aucun doute de sa connexion avec la Guaranty Trust Company. Néanmoins, il est très surprenant qu’une entreprise aussi grosse et influente ait des rapports d’affaires avec le régime bolchévique.”
~Rapport de renseignement de Scotland Yard, Londres, 1919~
Après les succès initaux de la révolution, les soviétiques ne perdirent pas de temps pour essayer d’établir des relations diplomatiques aux Etats-Unis par leurs officine de propagande et d’anciens résidents. En Juin 1918, le consul américain de Harbin câbla Washington: “Albert R. Williams, détenteur du passeport 52 913 du 15 Mai 1917 désire se rendre aux Etats-Unis pour établir un bureau d’information pour le gouvernment des soviets pour lequel il a autorité écrite. Dois-je autoriser le visa?”
Washington refusa la délivrance du visa et Williams échoua dans sa tentative d’établir le bureau d’information. Il fut suivi par Alexander Nyberg (alias Santeri Nuorteva) un ancien immigrant finlandais aux Etats-Unis en 1912, qui devînt le premier représentant des soviets aux Etats-Unis. Nyberg était un propagandiste actif [...]
Raid sur le bureau soviétique de New York
Alexander Nyberg (Nuorteva) fut ensuite remplacé par le bureau soviétique qui fut établi au début de 1919 dans le World Tower Building, 110 West 40 street, New York city. Le bureau était dirigé par un citoyen allemand: Ludwig C.A.K Martens, qui est habituellement cité comme le premier ambassadeur de l’URSS aux Etats-Unis et qui jusqu’à cette époque, avait été le vice-président de Weinberg & Posner, une firme d’ingénierie localisée au 120 Brodway, New York city. Pourquoi le bureau et “l’ambassadeur” étaient-ils localisé à New York et non pas à Washington n’a pas été précisé, néanmoins cela suggère que le commerce plutôt que la diplomatie en était l’objectif principal. Le bureau lança un appel pour le commerce entre la Russie et les Etats-Unis. L’industrie était délabrée et la Russie avait grandement besoin de machinerie, de fournitures et matériaux pour les chemins de fer, de vêtements, de produits chimiques, de médicaments, en fait de tout ce qui peut-être utilisé dans une société moderne. En échange, les soviétiques offrirent de l’or et des matières premières. Le bureau procéda ensuite à rétablir des contrats avec des firmes américaines, ignorant le fait de l’embargo et de la non-reconnaissance de l’URSS. En même temps, il finançait le Parti Communiste des Etats-Unis naissant.
Le 7 Mai 1919, le ministère des affaires étrangères américain torpilla l’intervention commercial établie par le bureau et répudia Ludwig Martens, le bureau soviétique et le gouvernement bolchévique de Russie. Cette claque officielle ne rebutta pas les chasseurs de contrats de l’industie américaine pour autant. Lorsque le bureau soviétique fut investi le 12 Juin 1919 par des représentants du comité Lusk de l’état de New York, des archives de lettres émanant et ayant été reçues par des hommes d’affaires américains, représentant prés de mille entreprises américaines, furent mises à jour. Le rapport spécial no5 (secret) du directorat du renseignement du ministère de l’intérieur britannique, émit par Scotland Yard, Londres le 14 Juillet 1919 et écrit par Basil H. Thompson, était fondé sur les archives saisies; le rapport nota:
“… Un grand effort fut fait par Martens et ses associés pour attiser les intérêts des capitalistes américains et il y a de bonnes raisons de croire que le bureau avait reçu le soutien financier de quelques entreprises d’export russes, ainsi que par la Guarantee (sic) Trust Company, bien que cette firme ait réfuté toute allégation qu’elle aurait financé l’organisation de Martens.”
Thompson nota que le loyer mensuel du bureau soviétique était de 300 US$ et que les salaires des employés se montaient à environ 4 000 US$ mensuels. Les fonds de Martens pour payer ces factures venaient en partie de courriers soviétiques, comme par exemple John Reed et Michael Gruzenberg, qui amenaient des diamants de Russie pour les vendre aux Etats-Unis et en partie d’entreprises américaines, incluant la Guaranty Trust Company de New York. Le rapport britannique résuma les archives saisies par les enquêteurs de la commission Lusk et ce résumé vaut la peine d’être cité dans son entièreté:
1-   Il y avait une intrigue se déroulant au moment où le président se rendit la première fois en France pour permettre à l’administration d’utiliser Nuorteva comme intermédiaire avec le gouvernement soviétique, avec une vision d’amener sa reconaissance par l’Amérique. Un projet d’amener le colonel House à cette idée fut tenté et il existe une longue et intéressante lettre de Frederick C. Howe sur laquelle la sympathie et le soutien de Nuorteva semmblait reposer. Il y a d’autres archives connectant Howe avec Martens et Nuorteva.
2-   Il y a un fichier de correspondance avec Eugene Debs.
3-   Une letttre d’Amos Pinchot à William Kent de la commission américaine des tarifs dans une enveloppe adressée au sénateur Lenroot, introduit Evans Clark “maintenant membre du bureau de la république soviétique de russie”. “Il veut parler avec vous de la reconnaissance de Kolchak et de l’établissement du blocus etc.”
4-   Un rapport de Felix Frankfurter daté du 27 Mai 1919 parle de campagne virulente vilifiant le gouvernement russe.
5-   Il y a une considérable correspondance entre un colonel et Mme Raymond Robbins (sic) et Nuorteva en 1918 et en 1919. En Juillet 1918, Mme Robbins a demandé à Nuorteva des articles pour “Life and Labour”, l’organe de presse de la ligue de commerce nationale des femmes. En Février et Mars 1919 Nuorteva essaya par l’intermédiaire de Robbins, d’être invité et de donner des preuves devant le comité Overman. Il voulait également que Robbins dénonce les documents de Sisson.
6-   Dans une lettre de la compagnie Jansen Cloth Products de New York à Nuorteva datée du 30 Mars 1918, E. Werner Knudsen dit qu’il comprend que Nuorteva a l’intention de faire des arrangements pour l’export de bien de consommation alimentaire par la Finlande et il offre ses services. Nous avons un dossier sur Knudsen, qui a passé des informations à et de l’Allemagne par le Mexique en rapport avec le fret de transport britannique.
Ludwig Martens, contina le rapport du renseignement, était en contact avec tous les leaders de la “gauche” aux Etats-Unis, incluant John Reed, Ludwig Lore et Harry J. Boland, le rebelle irlandais. Une vigoureurse campagne contre Aleksandr Kolchak de Sibérie fut organisée par Martens. Le rapport conclut:
“L’organisation de Martens est une arme puissante de soutien de la cause bolchévique aux Etats-Unis et il est assez proche des promoteurs de troubles politiques à travers tout le continent américain.”
La liste de Scotland Yard des employés du bureau soviétique de New York coïncide assez bien avec une liste similaire du comité Lusk dont les archives se trouvent à Albany, New York, et qui sont aujourd’hui ouvertes à l’inspection publique. Il y a néanmoins une différence essentielle entre les deux listes: la liste britannique inclut le nom de “Julius Hammer”, alors qu’Hammer est omis du rapport de la commission Lusk. Le rapport britannique caractérise Julius Hammer comme suit:
“Avec Julius Hammer, Martens a un véritable bolchévique et un ardent adhérent gauchiste, qui vint il y a peu de Russie. Il fut un des organisateurs du mouvement de gauche à New York et parle à des réunions sur la même plateforme que les leaders de gauche tels John Reed, Hourwich, Lore et Larkin.”
Il existe une autre preuve du travail de Hammer pour les soviétiques. Une lettre de la Natinal City Bank de New York au ministère des finances américain établissant que des documents reçus par la banque de Martens furent “visées et certifiés conformes par un Dr. Julius Hammer en tant que faisant fonction de directeur du département fnancier du bureau soviétique.”
La famille Hammer a eu des liens étroits avec la Russie et le régime soviétique à partir de 1917 jusqu’à maintenant (NdT: 1974). Armand Hammer peut aujourd’hui acquérir les contrats les plus lucratifs avec l’URSS. Jacob, le grand-père d’Armand Hammer et de Julius est né en Russie. Armand, Harry et Victor, fils de Julius, sont nés aux Etats-Unis et sont des citoyens américains. Victor fut un artiste connu; son fils, également prénommé Armand et sa petite-fille sont des citoyens soviétiques et résident en Union Soviétique. Armand Hammer est le président d’Occidental Petroleum Corporation et a un fils, Julian qui est le directeur de publication et de publicité pour Occidental Petroleum.
Julius Hammer fut un membre important et un financier de la gauche socialiste. A la convention du parti socialiste de 1919, Hammer fut dans le comité directeur avec Bertram D. Wolfe et Benjamin Gitlow, ceci donna naissance au Parti Communiste des Etats-Unis.
En 1920, Julius Hammer fut condamné à une peine de 3 ans et demi à la prison de Sing-Sing pour avortement criminel. Lénine suggèra, de manière justifiée, que “Julius fut emprisonné sur l’accusation d’avoir pratiqué des avortements illégaux, mais en fait surtout à cause de son communisme.” D’autres membres du Parti Communiste des Etats-Unis furent condamnés à des peines de prison pour sédition ou furent déportés vers l’URSS. Les représentants soviétiques aux Etats-Unis mirent tous leurs efforts pour faire libérer Julius et ses compagnons de parti, en vain.
Un autre membre important du bureau soviétique était son assistant-secrétaire: Kenneth Durant, un ancien collaborateur du colonel House. En 1920, Durant fut identifié comme étant un messager soviétique [...]
[...] Kenneth Durant qui faisait fonction de messager pour les transferts de fonds, était le trésorier du bureau soviétique et l’attaché de presse et éditeur de “Soviet Russia”, l’organe de presse officiel du bureau. Durant venait d’une bonne famille de Philadelphie. Il passa la plus grande partie de sa vie aux sercices des soviétiques, d’abord en charge de publicité au bureau soviétique puis de 1923 à 1944 comme manageur de l’agence de presse soviétique Tass aux Etats-Unis. J- Edgar Hoover (NdT: le directeur de longue date du FBI) décrivit Durant comme “en permanence très actif pour les intérêts de Martens et du gouvernement soviétique.”
Felix Frankfurter, qui devint plus tard juge à la cour suprême des Etats-Unis, était aussi important dans les dossiers du bureau soviétique. Une lettre de Frankfurter à l’agent soviétique Nuorteva est reproduite en Appendix 3 et suggère que Frankfurter avait une certaine influence dans le bureau.
En bref, le bureau soviétique n’aurait pas pu avoir été établi sans une assistance d’influence au sein même des Etats-Unis. Une partie de cette assistance vint de relations très spécifiques du personnel du bureau soviétique et une autre partie de firmes commerciales hors du bureau, firmes qui étaient réticentes à ce que leur soutien soit une affaire publique.
Les alliés industriels du bureau
[...] La commission Lusk enregistre ceci à propos des autres firmes mentionnées par Martens et Heller: Standard Oil, non listée; Armour & Co, Meatpackers, listée comme “Armour Leather” et “Armour & Co, Union Stock Yards, Chicago”; Morris Go, Meatpackakers est listée en page 13, cudahy, litée en page 6; American Steel Export, Co, listée en page 2 a offert de commercer avec l’URSS; Lehigh Machine and Co, non listée; Adrian Knitting, listée en page 1; International Harvester Co, listée en page 11; Aluminium goods Manufacturing Co, listée en page 1; Aluminioun Company of Amreica, non listée, American Car and Foundry Export, sous “American Car Co”…
Brièvement, les dires de Heller et Martens en rapport avec leurs contacts nombreux et variés au sein de certaines firmes américaines étaient tout à fait corroborées par les dossiers du bureau soviétique. D’un autre côté et pour des raisons qui leur sont propres, ces entreprises n’ont pas voulu confirmer leurs activités.
Les banquiers européens et les bolchéviques
En plus de la Guaranty Trust et du banquier privé Boissevain de New York, quelques banquiers européens donnèrent de l’aide directe pour maintenir et étendre la main mise bolchévique sur le pouvoir en Russie [...]
[...] Le plus intéressant de ces banquiers européens qui opéraient pour le compte des bolchéviques était Gregory Benenson, ancien président de la Russian and English Bank de Pétrograde, une banque qui avait dans son comité directeur Lord Balfour (secrétaire d’état aux affaires étrangères britanniques) et Sir I.M.H. Amory, ainsi que S.H. Cripps et H. Guedalla. Benenson voyagea à Pétrograde après la révolution puis à Stockholm. Il vint, dit alors un officiel du ministère des affaires étrangères états-unien, “amenant à ma connaissance 10 millions de roubles avec lui et me les offrit à un prix fort pour l’utilisation en faveur de notre ambassafe Archange.” Benenson avait un arrangement avec les bolchéviques pour échanger 60 millions de rouble pour 1,5 millions de livres sterling [...]
[...] Conséquemment, nous pouvons identifier un cycle d’assistance par les banquiers capitalistes en faveur de l’URSS. Quelques uns d’entr’eux étaient des Américains, d’autres des banquiers tsaristes qui étaient en exil et vivaient en Europe, et d’autres encore étaient européens. Leur objectif commun était le profit et non pas l’idéologie.
Les aspects questionables du travail de ces “banquiers bolchéviques” comme ils furent appelés, proviennent du cadre des évènements contemporains à cette époque en Russie.
En 1919, des troupes françaises, britanniques et américaines se battaient contre des troupes soviétiques dans le région de l’Archange. Dans une confrontation en Avril 1919, par exemple, les pertes américaines furent de 1 officier, cinq hommes tués et neuf manquant. Ainsi, à un moment donné en 1919, le général Tasker H. Bliss, le commandant des forces américaines d’Archange, renforça la déclaration des britanniques qui disaient que “faute de renforts urgent, les troupes alliés à Mourmansk et dans les districts d’Archange étaient en danger d’extermination”. Des renforts furent envoyés sous le commandement du brigadier général W.P. Richardson.
En bref, alors que Guaranty Trust et des firmes américaines de premier plan prêtaient main forte à la création du bureau soviétique à New York, des troupes américaines étaient en conflit ouvert avec des troupes soviétiques dans le nord de la Russie. De plus, ces conflits furent rapportés quotidiennement dans les journaux tel le New York Times, qui furent lus de manière présumée par les banquiers et les hommes d’affaire à cette époque. De surcroi, comme nous le verrons dans le chapitre 10, les cercles financiers qui soutenaient le bureau soviétique à New York formèrent également à New York “l’United Americans”, une organisation violemment anti-communiste prédisant une révolution sanglante, une famine de masse et la panique totale dans les rues de New York.
Chapitre 8
120 Brodway, New York City
 
“William B. Thompson, qui était à Pétrograde de Juillet à Novembre derniers, a fait une contribution personelle de 1 million de dollars aux bolchéviques avec pour but qu’ils répandent leur doctrine en Allemagne et en Autriche…”
~ Washington Post, le 2 Février 1918 ~
En collectant le matériel historique pour écrire ce livre, une adresse dans la zone de Wall Street devint omni-présente, le 120 Broadway, New York City. Ce livre aurait pu être écrit en incorporant seulement les personnes, les firmes et les organisations dont l’adresse était 120 Broadway, New York City en 1917. Bien que cette méthode eut été un peu forcée et peu naturelle, cela n’aurait en fait exclu qu’un tout petit segment de l’histoire complète sur le sujet.
Le bâtiment original du 120 Broadway fut détruit dans un incendie avant le première guerre mondiale. Par la suite, le bâtiment fut vendu à l’Equitable Office building Corporation, organisé par le général T.Coleman du Pont, président de la compagnie Du Pont de Nemours Powder. Un nouveau building fut achevé en 1915 et l’Equitable Life Insurance Company revint sur à son ancienne adresse [...]
[...] Quoi qu’il en soit, en 1917, le 120 Broadway était connu comme étant le bâtiment d’Equitable Life Insurance. C’était un grand bâtiment mais pas le plus grand bâtiment administratif de New York loin s’en faut, il occuppait une zone d’un bloc complet sur Broadway et Pine et avait 34 étages. Le club des banquiers se situait au 34ème étage. La liste des membres en 1917, reflétait en fait l’implication américaine dans la révolution bolchévique et ce qui s’en suivît. Par exemple, le QG du deuxième district du système de la réserve fédérale, celui de la zone de New York, de loin le plus important de tous les districts de la réserve fédérale, était domicilié au 120 Broadway. Les bureaux de plusieurs directeurs de la banque de la réserve fédérale de New York et, le plus important l’American International Corporation (AIC), étaient aussi situés au 120 Broadway. Par contraste, Ludwig Martens, nommé par les soviétiques comme le premier “ambassadeur” bolchévique aux Etats-Unis et chef du bureau soviétique, était en 1917, le vice-président de Weinberg & Posner, domiciliée… au 120 Broadway, New York City.
Cette concentration est-elle accidentelle ? La contiguité géographique a t’elle une quelconque signifiance ? Avant que de tenter de suggérer une réponse, nous nous devons de changer notre cadre de références et d’abandonner le spectre classique d’analyse politique gauche-droite.
Avec un manque de perception quasi-unanime, le monde académique a décrit et analysé les relations politiques internationales dans le contexte d’un conflit perpétuel entre capitalisme et communisme et une adhérence rigide à ce concept marxiste a déformé l’histoire moderne. De temps en temps peut-on trouver quelques remarques incongrues stipulant que cette polarité est fallacieuse, mais ces remarques sont très vite balayées. Par exemple, le professeur en relations internationales de l’université de Georgetown, Carroll Quigley, a fait ce commentaire concernant la maison des Morgan:
“Il y a plus de cinquante ans, la firme Morgan a décidé d’infiltrer les mouvements politiques de gauche aux Etats-Unis. Ceci fut relativement facile à faire, car ces groupes avaient grand besoin d’argent et voulaient une voix pour atteindre les gens. Wall Street leur donna les deux. Le but n’était pas de détruire, dominer ou récupérer…”
Le commentaire du professeur Quigley, apparemment fondé sur une documentation confidentielle, a tous les ingrédients pour être une bombe historique si cela peut-être concrètement soutenu et prouvé. Nous suggérons que la firme Morgan a non seulement infiltré la gauche américaine, comme le nota Quigley, mais aussi la gauche étrangère, à savoir, le mouvement bolchévique et la troisième internationale. Plus avant, au travers d’amis dans le département d’état américain, les Morgan et leurs alliés financiers, particulièrement la famille Rockefeller, ont exercé une grosse influence sur les relations américano-soviétiques de la première guerre mondiale jusqu’à maintenant. La preuve présenté dans ce chapitre va suggérer que deux des véhicules opérationnels pour infiltrer ou influencer les mouvements révolutionnaires étrangers étaient domiciliés au 120 Broadway: le premier étant la banque de la réserve fédérale de New York, lourdement influencée par des cadres de chez Morgan, le second: l’American International Corporation, contrôlée par la firme Morgan. De plus, il y avait une interaction importante entre la banque de la réserve fédérale de New York et l’American International Corporation en la personne de C.A. Stone, président d’American International et aussi un des directeurs de la banque de la réserve fédérale.
L’hypothèse apportée ici est que la concentration inhabituelle sur une même adresse était le reflet d’actions spécifiques entreprises par des firmes et des personnes spécifiques et que ces actions et évènements ne peuvent pas être analysés au sein de l’approche politique antagonistique classique de la “gauche contre la droite”.
L’American International Corporation
L’American International Corporation (ci-après nommée AIC) fut créée a New York le 22 Novembre 1915 par les intérêts de la maison Morgan, impliquant une participation majeure de la National City Bank de Stillman et des intértêts des Rockefeller. Le bureau principal de l’AIC était au 120 Broadway. La charte de la compagnie l’autorise à s’engager dans n’importe quel type de business, sauf la banque et les utilités publiques et ce dans quelque pays du monde que cela soit. La mission déclarée de la corporation était de développer des entreprises aux Etats-Unis et à l’étranger, d’étendre les activités américaines à l’étranger et de promouvoir les intértêts des banquiers americains et étrangers, des affaires et de l’ingénierie [...]
[...] Dès 1916, les investissements d’AIC à l’étranger se chifraient à plus de 23 millions de dollars et en 1917 à plus de 27 millions. La compagnie établît des représentations à Londres, Paris, Buenos Aires et Pékin, ainsi qu’à Pétrograde en Russie. Moins de deux ans après sa création, AIC opérait à bonne échelle en Australie, Argentine, Uruguay, Paraguay, Colombie, Brésil, Chili, Chine, Japon, Inde, Ceylan, Italie, Suisse, France, Espagne, Cuba, Mexique et d’autres pays d’Amérique centrale [...]
[...] AIC investît également dans United Fruit Company, qui était impliquée dans les révolutions d’Amérique centrale des années 1920 (NdT: plus tard dans les années 1950 l’American Fruit Company fut impliqué dans le renversement du régime démocratiquement élu du Guatémala pour sauvegarder leur monopole sur l’import export, la compagnie appartenait en partie aux frères Dulles dont l’un était le président de l’United Fruit et l’autre… Directeur de la CIA…) [...]
[...] Les directeurs d’AIC en 1917 et quelques unes de leurs associations étaient:
 
-       J. Ogden Armour de Meatpacker de l’Armour & Co de Chicago, directeur de la Natonal City Bank de New York et mentionné par A.A. Heler en connexion avec le bureau soviétique.
-       George Johnson Balwin de Stone & Webster, 120 Broadway. Pendant la 1ère guerre mondiale, Baldwin ´´tait le président du comité directeur d’American International Shipbuilding (succursale de construction navale d’AIC), senior vice-président d’AIC, directeur de G. Amsinck (Von Pavenstedt d’Amstinck était le trésorier des affaires d’espionage allemandes aux Etats-Unis) et un administrateur de la fondation Carnegie (NdT: intérêts Rockefeller), qui finança le plan Marburg pour un socialisme international devant être contrôlé de derrière le rideau par la haute finance internatonale.
-       C. A. Coffin président de la General Electric (bureau directeur au 120 Broadway), président du comité de coopération de la Croix Rouge américaine.
-       W.E. Corey 814 Wall Street) directeur de l’American Bank Note Company, Mechanics and Metals Bank, Midvale Steel and Ordnance et le l’International Nickel Company; il devint plus tard le directeur de la National city Bank.
-       Robert Dollar magnat du transport de San Francisco, qui tentait d’importer les roubles or tsaristes au nom des soviétiques aux Etats-Unis en 1920, ceci en contravention des règlementation américaines.
-       Pierre S. duPont de la famille duPont
-       Philip A. S. Franklin directeur de la National City Bank
-       J.P. Grace directeur de la National City Bank
-       R.F. Herrick directeur de la New York Life Insurance, ancien président de l’association des banquiers américains, administrateur de la fondation Carnégie
-       Otto H. Kahn associé de Kuhn, Loeb. Le père de Kahn arriva en Amérique en 1848 “après avoir pris part dans la révolution avortée de cette année là.” D’après JH Thomas (socilaiste britannique financé par les soviétiques), “Otto Kahn regarde la lumière”.
-       H.W Pritchett administrateur de la fondation Carnégie
-       Percy A. Rockefeller fils de John D. Rockefeller, marié à Isabel, fille de J.A. Stillman de la National City Bank
-       John D. Ryan directeur des compagnies minières du cuivre, de la National City Bank et de Mechanics and Metals Bank
-       W.L. Saunders directeur de la banque de la réserve fédérale de New York, sise au 120 Broadway et chairman d’Ingersoll-Rand. D’après l’encyclopédie nationale (26:81): “Durant la guerre il fut un des conseillers les plus suivis du président des Etats-Unis.
-       J.A. Stillman président de la Natio al City Bank à la suite de son père (J. Stillman, chairman de NCB), qui mourut en Mars 1918.
-       C.A. Stone Directeur de la banque fédérale de New York (1920-22), sise 120 Broadway, chairman de Stone & Webster, sise 120 Broadway, président (1916-23) d’AIC, sise 120 Broadway.
-       T.N. Vail président de la NCB de Troy, New York
-       F.A. Vanderlip président de la NCB
-       E.S. webster de Stone & Webster, sise au 120 Broadway
-       A.H. Wiggin directeur de la banque de la réserve fédérale de New York dans les années 1930.
-       Beckman Winthrope directeur de la NCB
-       William Woodward directeur de al banque de la réserve fédérale de New york, sise 120 Broadway et de la Hanover National Bank.
L’intrication des 22 directeurs d’AIC avec d’autres institutions est très significatif. La National City Bank (NCB) n’avait pas moins de dix directeurs dans le comité directeur d’AIC; Stillman de la NCB était à cette époque un intermédiaire entre les intérêts des Rockefeller et des Morgan, et les intétêts des Rockefeller et des Morgan étaient représentés directement dans l’AIC. Kuhn, Loeb et les duPont avec chacune un directeur; Stone & Webster en avait trois. Pas moins de 4 directeurs d’AIC (Saunders, Stone, Wiggin et Woodward) étaient ou furent plus tard directeur de la banque de la réserve fédérale de New York. Nous avons vu dans un chapitre précédent que William Boyce Thompson, qui contribua au financement et à donner son prestige à la révolution bolchévique, était aussi un directeur de la banque de la réserve fédérale de New York. Le directorat de la banque de la réserve fédérale de New York ne comprenait que neuf directeurs.
L’influence d’AIC sur la révolution
Après avoir identifé les directeurs d’AIC, nous devons maintenant identifier leur influence révolutionnaire [...]
[...] Alors que les bolchéviques n’avaient qu’un contrôle précaire de la Russie et furent en fait très près de perdre au printemps 1918, William Franklin Sands (secrétaire exécutif d’AIC) écrivit que déjà (janvier 1918) les Etats-Unis avaient trop retardé la reconnaissance de Trotsky. Il ajouta même: “quelque soit le terrain perdu, il doit être regagné maintenant même au prix d’un triomphe quel que peu personnel pour Trotsky.”
Les entreprises sises ou proches du 120 Brooadway:
 
-       AIC: 120 broadway
-       National City Bank: 55 Wall Street
-       Bankers Trust Co Bldg: 14 Wall Sreet
-       New York Stock Exchange (NYSE): 13 Wall Street/12 Broadway
-       Morgan Building: angle Wall Street et Broadway
-       Banque de la réserve fédérale de New York: 120 Broadway
-       Equitable Building: 120 Broadway
-       Bankers Club: 120 Broadway
-       Simpson, Thather & Barlett: 62 cedar Street
-       William boyce Thompson: 14 Wall Street
-       Hazen, whipple & Fuller: 42ème rue
-       Chase National Bank: 57 Broadway
-       McCann and Co: 57 Broadway
-       Stetson, Jennings & Russel: 15 Broad Street
-       Guggenhein Exploration: 120 Broadway
-       Weingerb & Posner: 120 Broadway
-       Bureau soviétique: 110 Ouest, 40ème rue
-       John McGregor Grant Co; 120 Broadway
-       Stone & Webster: 120 Broadway
-       General Electric Co: 120 Broadway
-       Morris Plan of NY: 120 Broadway
-       Sinclair Gulf Corp. 120 Broadway
-       Guaranty Securities: 120 Braodway
-       Guaranty Trust: 140 Broadway
Sands élabore ensuite la manière par laquelle les Etats-Unis pourraient regagner le temps perdu et met en parallèle la révolution bolchévique et “notre révolution” pour conclure: “J’ai beaucoup de raisons de croire que les plans du gouvernement pour la Russie vont recevoir tout le soutien possible de la part du congrès ainsi que la reconnaissance affective et sincère de l’opinion publique américaine.”
En bref, Sands, secrétaire exécutif d’une corporation dont les directeurs étaient parmi les plus prestigieux de Wall Street, donna son soutien emphatique aux bolchéviques et à leur révolution et ce dans l’intervalle de quelques semaines après que la révolution ait débuté. En tant qu’un des directeurs de la banque de la réserve fédérale de New York, Sands venait juste de contribuer de la somme de un million de dollars envers les bolchéviques. Un tel soutien des bolchéviques par les intérêts banquiers est au moins consistant. De plus Sands était un homme qui avait des contacts peu commun au sein du département d’état américain.
La carrière de Sands s’est alternée entre Wall Street et le département d’état de la fin du XIXème au début du XXème siècle, période durant laquelle il tînt plusieurs postes diplomatiques de haute importance. En 1910 il rejoignit la firme banquaire de James Speyer pour négocier les emprunts de l’Equateur… Il alla en Russie en 1916 pour un “travail avec la Croix Rouge”, en fait une mission de deux personnes avec Basil Miles; il retourna aux Etats-Unis pour rejoindre l’AIC.
En 1918, Sands devint le récipiendaire de certains “traités secrets” russes. Il fut un courrier et eut accès à certains documents avant le département d’état [...]
[..] Mis à part la question du pourquoi un citoyen privé aurait pu porter des traités secrets russes et la question du contenu de ces traités (probablement une version antérieure des “documents Sisson”), nous pouvons au moins en déduire que le secrétaire exécutif de l’AIC voyagea de Pétrograde à Stockholm à la fin de 1917 et devait être en fait un citoyen privilégié et influent pour avoir accès à ces traités en première main.
Quelques mois plus tard, le 1er Juillet 1918, Sands écrivit au ministre des finances (NdT: secrétaire au trésor aux Etats-Unis) McAdoo suggérant la création d’une commission pour “une assistance économique de la Russie” … Sands avait l’évidente intention d’inclure le 120 Broadway dans toute exploitation commerciale de la Russie [...]
La Banque de la Réserve Fédérale de New York
[...] En 1917, les trois directeurs de classe A de la banque étaient: Franklin D. Locke, William Woodward et Robert H. Treman. William Woodward était un directeur de l’AIC (120 Broadway) et de la Hanover National Bank contrôlée par les intérêts Rockefeller. Ni Locke, ni Treman ont eu quoi que ce soit à faire avec notre affaire ici présentée. Les trois directeurs de la classe B en 1917 étaient: William Boyce Thompson, Henry R. Towne et Leslie R. Palmer. Nous avons déjà notifié la participation fnancière substantielle de Thompson à la cause bolchévique. Henry Towne était le chairman du comité directeur de Morris Plan de New York, sise au 120 Broadway, son siège fut pris par la suite par Charles Stone de l’AIC (120 Broadway) et de Stone & Webster (120 Broadway). Leslie R. Palmer n’a rien à faire dans notre histoire. Les trois directeurs de classe C de la banque de la réserve fédérale en 1917 étaient: Pierre Jay, W.L Saunders et Georger Foster Peabody. Nous ne savons rien de Pierre Jay, mis à part que son bureau était au 120 Broadway… William Laurence Saunders lui, était un directeur de l’AIC et a publiquement avoué sa sympathie pour les bolchéviques comme nous l’avons vu ultérieurement, l’avouant même dans une lettre au président des Etats-Unis Woodrow Wilson. George Peabody était un socialiste actif.
En bref, des neuf directeurs de la banque, quatre étaient physiquement présents au 120 Broadway et deux étaient directement connectés avec l’AIC. Au moins quatre membres de comité de direction de l’AIC ont été à un moment ou à un autre des directeurs de la banque de la réserve fédérale de New York. Nous pourrions établir que tout ceci a une signification importante, mais regardez-le comme n’étant pas d’un intérêt vital.
Le consortium industriel américano-russe
La proposition de William Franklin Sands de créer une commission économique pour la Russie ne fut pas adoptée. Au lieu de cela, un groupe d’industriels, sis au 120 Broadway forma le consortium industriel américano-russe pour développer et parainer ces opportunités. Le soutien financier de cette nouvelle entreprise vint de Guggenheim Brothers, sise au 120 Broadway, anciennement associée avec William boyce Thompson (Guggenheim contrôlait American Smelting and Refining et les compagnies du cuivre de Kennecott et d’Utah), de Harry F. Sinclair, président de la Sinclair Gulf Corp, sise également au 120 Broadway et de James White de J.G. White Engineering Corp, sise 43 Exchange Place, l’adresse du consortium industriel américano-russe.
Nous pouvons conclure ici que les intérêts de Wall Street avaient une idée bien définie de la manière selon laquelle le nouveau marché russe se devait d’être exploité. L’assistance et les conseils donnés aux bolchéviques par les parties intéressées de Washington et d’ailleurs ne restèrent pas sans récompense.
John Reed: un révolutionnaire de l’establishment
Une relation particulière de l’AIC avec le ministère des affaires étrangères, fut sa relation intime, que l’AIC appelait elle-même “le contrôle”, avec un bolchévique connu en la personne de John Reed. Reed était un écrivain prolifique, abondamment lu, à l’époque de la première guerre mondiale et qui contribua à écrire pour la revue “Masses” enclines à suivre les idées bolchéviques et pour le journal contrôlé par la firme Morgan: le “Metropolitan”…
Après la révolution, Reed devint un membre du comité exécutif de la troisième internationale. Il mourut du typhus en Russie en 1920.
L’opportunité cruciale qui se présente ici ne sont pas les activités pro-bolchéviques de Reed bien connues, mais comment Reed avait la pleine confiance de Lénine (qui déclara à propos du livre de Reed “Les dix jours qui firent trembler le monde”: “Voici un livre que je désirerai voir publié en millions d’exemplaires et traduit en toutes les langues”, qu’il était un membre de la troisième internationale et qui possédait un laisser-passer du Comité Militaire Révolutionnaire (no 955, issus le 16 Novembre 1917), ce qui lui donnait accès à tout moment au Smolny Institute, le QG révolutionnaire, en tant que représentant de la “presse socialiste américaine”, il était aussi, malgré tout cela, une marionnette sous le contrôle de la firme Morgan et de ses intérêts financiers à travers l’AIC. Une preuve documenté existe de ce conflit (voir l’appendix 3 de ce livre).
[...] Le biographe de Reed Granville Hicks a suggéré dans son livre “John Reed”, qu’ “il était le porte-parole des bolchéviques aux Etats-Unis”. D’un autre côté, son soutien fnancier de 1913 à 1917 venait de manière quasi totale du “Metropolitan”, propriété de Harry Payme Whitney, un directeur de la Guaranty Trust, une institution citée dans chaque chapitre de ce livre et aussi du banquier privé new-yorkais et commerçant Eugene Boissevain, qui faisait parvenir des fonds à Reed soit directement, soit par le biais de la publication pro-bolchévique “Masses”.
En d’autres termes, le soutien fnancier de Reed venait de deux sources supposées être concurrentes dans le spectre politique [...]
[...] Une troisième catégorie de financement se doit d’être également mentionnée: Reed reçût  des fonds mineurs et apparemment non connectés du commissaire de la Croix Rouge américaine de Pétrograde Raymond Robins. Il recevait également de l’argent pour des articles publiés dans d’autres journaux et des droits d’auteur de ses livres. Il n’y a pas de traces des sommes reçues pour cela.
John Reed et le magazine Metropolitan
[...] En 1915, John Reed fut arrêté en Russie par les autorités tsaristes et le Metropolitan intervint auprès du ministère des affaires étrangères en soutien de Reed [...]
[...] Une hypothèse qui cadre d’autres preuves concernant Wall Street et la révolution bolchévique est que John Reed était de fait un afgent des intérêts de la maison des Morgan, probablement qu’à moitié averti de son double rôle et que ses écrits anti-capitalistes maintenaient la validité que tous les capitalistes sont en perpétuelle guerre contre les socialistes révolutionnaires. Carroll Quigley, comme nous l’avons déjà noté, a rapporté que les intérêts de la maison Morgan soutenaient les organisations révolutionnaires domestiques et les écrits anti-capitalistes; de plus nous avons présenté dans ce chapitre des preuves documentées irréfutables (NdT: voir à cet effet et pour tous les chapitres, les notes de fin qui référencient touts les documents ayant servi de preuves et de documentation pour la rédaction du livre, ils sont légions et beaucoup proviennent des archives du ministère des affaires étrangères américain), que les intérêts des Morgan affectaient également le contrôle d’un agent soviétique, intercédant en sa faveur et, de manière encore plus importantes, intervenant de manière générale en faveur des intérêts soviétiques auprès du gouvernement américain. Ces activités étaient concentrées à une seule adresse: 120 Broadway, New York City.
Chapitre 9
La Guaranty Trust va en Russie
“Le gouvernement soviétique désire que la Guarantee (sic) Trust Company devienne l’agent fiscal des Etats-Unis pour toutes les opérations soviétiques et envisage un achat américain de la Eestibank avec pour but de relier les fortunes soviétiques avec les intérêts financiers américains.”
(William H. Coombs, rapportant à l’ambassade américaine de Londres le 1er Juin 1920 (archive décimale du département d’état américain, 861.51/752 – Note: Eestibank était une banque estonienne)
En 1918, les soviétiques devaient faire face à un grand nombre de problèmes à la fois intérieurs et extérieurs. Ils n’occupaient qu’une petite fraction de la Russie. Pour avoir raison du reste du pays, ils avaient besoins d’armes venant de l’étranger, d’importations de nourritures, de soutien financier extérieur, d’une reconnaissance diplomatique et par dessus tout, de commerce avec l’extérieur. Pour gagner la reconnaissance de l’étranger et le commerce attenant, les soviétiques avaient besoin en premier lieu d’une représentation en pays étranger; cette représentation à son tour, demandait un financement par de l’or ou des devises étrangères. Comme nous l’avons déjà vu, la première étape fut d’établir un bureau soviétique à New York sous l’égide de Ludwig Martens. En même temps eurent lieu les efforts de transferts de fonds aux Etats-Unis et en Europe pour les achats de biens de consommations et autres. Puis, une influence fut exercée aux Etats-Unis pour gagner la reconnaissance de l’URSS et d’obtenir les licences d’exportation n´´cessaires afin d’exporter des marchandises vers la Russie.
Les banquiers et les avocats de New York apportèrent une assistance signifiante, voire dans quelques cas, critique, pour chacune de ces tâches. Quand le professeur George. V. Lomonosov, l’expert technique du bureau soviétique, avait besoin de transférer des fonds d’un agent en chef de Scandinavie, un avocat important de Wall Street vint l’assister, en utilisant des réseaux officiels du ministère des affaires étrangères et le faisant fonction de ministre des affaires étrangères comme intermédiaires. Quand de l’or devait être transféré aux Etats-Unis, c’était AIC, Kuhn, Loeb & Co et la Guaranty Trust qui en faisaient la demande et utilisaient leur influence à Washington pour faciliter les opérations. Et quand vint le temps de la reconnaissance, on trouva les firmes américaines plaidant au congrès et devant le public américain pour endorser le régime soviétique.
Le lecteur ne doit pas hâtivement penser d’après ces faits que Wall Street était rouge (comme le laisse deviner le dessin pamphlétaire mis en exergue au début de l’ouvrage); nous verrons dans un chapitre suivant, que la firme J.P. Morgan finançait également l’amiral Kolchak en Sibérie; celui-ci combattait les bolchéviques pour installer son propre régime autoritaire. La firme a aussi contribué à l’organisation anti-Communist United Americans.
Wall Street vient en aide au professeur Lomonosov
Le cas du professeur Lomonosov est un cas détaillé de l’histoire de Wall Street à aider les débuts du régime soviétique. A la fin de 1918, le professeur George V. Lomonosov, membre du bureau soviétique de New York puis plus tard commissaire de l’URSS aux chemins de fer, se retrouva cloué aux Etats-Unis sans argent. A cette époque, les fonds bolchéviques n’avaient pas le droit d’entrer aux Etats-Unis car il n’y avait aucune reconnaissance officielle du régime. Le 24 Octobre 1918, le professeur Lomonosov était l’objet d’une lettre du ministère de la justice au ministère des affaires étrangères Etats-unien. La lettre se rapportait aux attribus et discours pro-bolchéviques de Lomonosov et l’enquêteur de conclure: “Le professeur Lomonosov n’est pas un bolchévique même si ses discours constituent une preuve de son soutien incontestable à la cause bolchévique.” Ainsi Lomonosov fut capable de tirer les ficelles au plus haut niveau du gouvernement pour avoir 25 000 dollars transférés d’URSS par un agent espion soviétique de Scandinavie (qui devint lui-même un assistant confidentiel de Reeve Schley, un des vice-présidents de la Chase Bank). Tout ceci fut accomplit avec l’assistance d’un membre d’un cabinet légal très important de Wall Street !
Nous présentons les preuves ici en détail car ceux-ci pointent la relation très étroite entre certains intérêts qui ont été pensés jusqu’à maintenant comme étant des ennemis farouches. La première indication du problème Lomonosov est une lettre datée du 7 Janvier 1919 de Thomas L. Chadbourne de Chadbourne & Babitt, sise angle 8ème étage du 14 Wall Street (même adresse que William Boyce Thompson) à Frank Polk, le faisant fonction de ministre des affaires étrangères. Notez la salutation amicale et la référence nonchalante à Michael Gruzenberg alias Alexander Grumberg, agent soviétique en chef en Scandinavie et plus tard assistant de Lomonosov [...]
Note des traducteurs: s’ensuit ici une longue série de reproduction de lettres et de télégrammes en rapport avec l’affaire Lomonosov.
[...] Notons au passage qu’un avocat d’une frme importante de Wall Street avait l’adresse de Gruzenberg, agent en chef bolchévique en Scandinavie, à une époque où le faisant fonction de ministre des affaires étrangères américains et la délégation américaine de Stockholm n’avaient aucune trace de l’adresse, ni la délégation était en mesure de la tracer. Chadbourne présume égalemet dans sa correspondance que les soviets étaient le gouvernement officiel de la Russie, alors même que le gouvernement soviétique n’était pas reconnu par les Etats-Unis; la position officielle de Chadbourne pour le gouvernement au comité du commerce de guerre aurait requiérait qu’il le sache [...]
Note: s’ensuit encore une série de correspondance sur l’affaire.
[...] Il est évident que pour des raisons soit de relation amicale particulière entre Polk et Chadbourne ou soit par influence politique, le ministère des affaires étrangères se sentit obligé de “porter les valises” d’un agent bolchévique, qui venait juste d’être expulsé de Norvège. Mais pourquoi une firme légale prestigieuse de Wall Street serait-elle si intimement intéressée pour le bien-être d’un émissaire bolchévique ? Peut-être qu’un rapport du ministère des affaires étrangères, contemporain de l’affaire, nous donnera un indice:
“Martens, le représentant bolchévique et le professeur Lomonosov tablent sur le fait que Bullitt et sa clique va émettre un rapport favorable pour la mission et le président en regard des conditions en Russie soviétique et que sur la base de ce rapport, le gouvernement des Etats-Unis sera en faveur  de coopérer avec le goivernement soviétique comme proposé par Martens.” – Le 29 Mars 1919 –
Le terrain est préparé pour l’exploitation commerciale de la Russie
C’était l’exploitation commerciale de la Russie qui excitait à ce point Wall Street et Wall Street ne perdit pas de temps à préparer son programme. Le 1er Mai 1918, date fétiche pour les révolutionnaires, l’American League to Aid and Cooperate with Russia fut établie et son programme approuvé dans une conférence qui s’est tenue dans le bâtiment du bureau du sénat à Washington D.C. [...]
[..] Ceci était un comité exécutif hybride, il représentait des éléments révolutionaires américains, le congrès des Etats-Unis et les intérêts financiers impliqués de manière importante dans les affaires russes.
Un programme avait été approuvé par le comité exécutif; ce programme insistait sur la création d’une division russe officielle au sein du gouvernement américain et “dirigé par des hommes forts”. Cette division s’assurerait la coopération des universités, des organisations scientifiques et d’autres institutions afin d’étudier la “question russe”, elle coordonnerait et unifierait les organisations aux Etats-Unis pour la “sauvegarde de la Russie” et arrangerait pour un “comité spécial de renseignement sur la question russe” et de manière générale étudierait elle-même ce qui se rapporterait “à la question russe”. Le comité exécutif passa ensuite une résolution soutenant le message du président Woodrow Wilson au congrès soviétique à Moscou et la ligue affirma son propre soutien à la nouvelle Russie soviétique. [...]
[...] En conséquence, nous trouvons un effort concerté vers la mi-1918 par un segment du monde des affaires états-unien, manifestement préparé à ouvrir la voie du commerce, pour prendre avantage de sa position en regard des soviétiques.
L’Allemagne et les Etats-Unis luttent pour le commerce avec la Russie
En 1918, une telle assistance au régime embryonnaire bolchévique était justifié par la volonté de battre l’Allemagne et de l’empêcher d’exploiter le marché russe par la suite. Ceci fut l’argument utilisé par William Boyle Thompson et Raymond Robins pour justifier de l’envoi de propagande bolchévique et de révolutionnaires en Allemagne en 1918. Cet argument fut aussi utilisé en 1917 lorsque Thompson rencontra le premier ministre britannique Lloyd George afin d’obtenir le soutien de la Grande-Bretagne dans l’émergence du régime bolchévique[...]
[...] Des statistiques exagérées furent utilisées pour soutenir les propositions, comme par exemple établissant que le gouvernement soviétique représentait 90% du peuple russe et “que les autres 10% étaient constitués de l’ancienne classe dirigeante et de propriétaires… qui bien sûr sont mécontents.” Un officiel américain déclara: “si nous ne faisons rien et laissons les choses dépérir, nous aiderons à affaiblir le gouvernement soviétique et cela jouera en faveur des Allemands.” Ainsi il fut recommandé “qu’une commission armée de crédits et de bons conseils commerciaux pourrait aider beaucoup.”
Pendant ce temps, en Russie, la situation économique était devenue critique et l’inévitabilité d’une embrasse avec le capitalisme avait commencé à se faire jour dans le parti communiste et ses planificateurs. Lénine cristallisa cette prise de conscience devant le 10ème congrès du parti communiste de l’URSS (NdT: Mars 1921):
“Sans l’assistance du capital, il sera impossible pour nous de conserver le pouvoir prolétarien dans un pays incroyablement ruiné dans lequel la paysannerie, tout aussi ruinée, constitue une majorité écrasante et bien sûr, pour obtenir cette assistance, le capital va nous presser de centaines de pourcents. Ceci est ce que nous devons comprendre. En l’occurence, ou bien ce type de relations économiques ou rien…”
Puis Leon Trotsky fut cité pour avoir dit: “Ce dont nous avons besoin ici est d’un organisateur comme Bernard M. Baruch”.
[...] Les premiers contrats effectués par le bureau soviétique de New York indiquent que le soutien financier et moral précédent des bolchéviques commençaient à être récompensés sous forme de contrats.
La plus grande commande en 1919-20 fut contratée par Morris & Co, Chicago  Meatpacker pour 23 000 tonnes de produits alimentaires et pour une valeur approximative de 10 millions de dollars. La famille Morris était liée par alliance à la famille Swift, dont Harold H. Swift fut un élément majeur de la mission de la CR américaine en Russie en 1917 [...]
L’or soviétique et les banques américaines
L’or était le seul moyen pratique avec lequel l’URSS pouvait payer ses achats étrangers et les banquiers internationaus étaient très flexibles piur faciliter les envois et transferts d’or russe. Les exportations d’or russe, principalement les pièces en or de l’époque impériale, commencèrent au début de 1920 ver la Norvège et la Suède. L’or fut ensuite transféré en Hollande et en Allemagne et vers d’autres destinations, incluant les Etats-Unis.
En Août 1920, une cargaison de pièces d’or russes fut reçue par la Den Norske Handelsbank een Norvège pour une garantie de paiement de 3 000 tonnes de charbon par la compagnie Niels Juul and Co aux Etats-Unis pour le compte du gouvernement soviétique. Ces pièces furent transférées à la Norges Bank pour y être stockées. Les pièces y furent expertisées comme étant de véritables pièces impériales russes [...]
[...] Simultanément, il fut reporté que trois navires avaient quitté Reval sur la Mer Baltique avec de l’or soviétique à destination des Etats-Unis. Le S.S Gauthod (NdT: S.S est ici l’acronyme de “Steam Ship” ou navire à vapeur) avait à son bord 216 caisses d’or sous la supervision du professeur Lomonossov, qui retournait alors aux Etats-Unis. Le S.S Carl Line avait à son bord 216 autres caisses d’or sous la supervision de trois agents russes. Le S.S Ruheleva avait lui 108 caisses à bord. Chaque boîte contenait 2,36 kg d’or à une valeur de 60 000 roubles or chacune. Tout ceci fut suivit par un autre transfert à bord du S.S Wheeling Mold
[...] L’or arriva à New York au bureau Assay et ne fut pas déposé par Kuhn, Loeb and Co mais par la Guaranty Trust Company de New York City. La Guaranty Trust en référa au comité directeur de la réserve fédérale qui elle en référa au ministère des finances américain afin d’accepter le paiement[...]
[...] En bref, nous pouvons lier l’American International Corporation, le professeur d’influence Lomonossov, la Guaranty Trust et Olof Aschberg (que nous avons identifié préalablement) aux premiers imports d’or soviétique aux Etats-Unis.
Max May de la Guaranty Trust devient directeur de la RuskomBank
En Janvier 1922, le ministre du commerce Herbert Hoover intercéda auprès du ministère des affaires étrangères en faveur du plan de la Guaranty Trust pour créer des relations d’échanges avec la “New State Bank at Moscow”. Ce plan, écrivit Herbert Hoover, “ne serait pas sujet à objection si une stipulation spécifique était faite concernant le fait que tout l’argent venant en leur possession devra être utilisé pour l’achat de biens de consommation civiles aux Etats-Unis”, Hoover ajouta: “Il pourrait être avantageux d’avoir ces transactions organisées de telle manière que nous sachions de quoi il retourne au lieu des échanges évasifs actuels.” [...]
[...] Guaranty Trust alla de l’avant (avec le soutien de Herbert Hoover) et participa à la formation de la première banque soviétique international dont Max May de la Guaranty Trust, devint le chef du département des transactions étrangères de la RuskomBank (ou banque commerciale russe).
 
Antony C. Sutton “Wall Street et la révolution bolchévique” ~ 3ème partie ~
**Traduit de l’anglais par Résistance 71 **
 
1ère partie
2ème partie
 


Dimanche 1 Janvier 2012


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