Politique Nationale/Internationale

Attention au râteau ukrainien



Mark Ournov
Mercredi 4 Avril 2007

Attention au râteau ukrainien
Par Mark Ournov, président de la fondation Ekspertiza, pour RIA Novosti

L'une des raisons de la crise parlementaire en Ukraine est le "racolage" intense auquel la coalition s'est livrée ces derniers temps pour créer une majorité constitutionnelle. Strictement parlant, il n'y a là rien d'extraordinaire du point de vue de la vie parlementaire. Naturellement, ce processus n'avait pas manqué de préoccuper la partie opposée parce que l'acquisition de la majorité constitutionnelle par le Parti des régions aurait signifié pour Viktor Iouchtchenko la perte totale du pouvoir.

Comment la confrontation actuelle en Ukraine pourrait-elle influer sur les relations avec la Russie? Si la Russie se comporte intelligemment, cette influence sera nulle. Quels que soient les nouveaux dirigeants du pays, l'Ukraine, située entre la Russie et l'Europe, continuera de jouer sur sa situation géopolitique. Et de dériver vers l'Europe unie. Une dérive qui sera plus lente si Ianoukovitch triomphe et plus rapide si Iouchtchenko l'emporte.

Seulement en principe le gros du business et de l'intelligentsia de l'Ukraine sont favorables à cette dérive qui par conséquent est inévitable. Contrairement à ce que nous avions fait la fois précédente, lorsque nous avions activement soutenu Ianoukovitch, dans les relations avec l'Ukraine il faudra s'abstenir de toute immixtion, de se livrer à des commentaires indignés et de claironner nos sympathies. Il serait quand même plus utile d'observer quel groupe l'emportera et ensuite d'établir des rapports normaux avec les leaders politiques sortis vainqueurs. Dans ce cas tout se passera bien. Nous ne pourrons entretenir avec l'Ukraine des rapports amicaux très chaleureux et développer une coopération économique avec elle qu'à condition de ne pas considérer ce pays comme faisant partie de notre sphère d'influence, comme une zone dans laquelle nous aurions le droit inaliénable de dicter nos conditions et d'attendre que l'on nous dise: "Moscou vient enfin de dire ce que nous devions faire et que nous ne savions pas!" Si de telles attentes exagérées sont absentes, alors nous pourrons avoir des rapports parfaitement normaux tant avec Iouchtchenko qu'avec Ianoukovitch.

A notre avis, une élection présidentielle anticipée est très possible en cas de victoire du bloc de Ianoukovitch. D'un autre côté, pour que cette victoire soit, il faut que la Cour constitutionnelle déclare inconstitutionnel le décret de Iouchtchenko et que la pression de la rue favorable à Ianoukovitch soit plus forte que l'appui dont bénéficie Iouchtchenko. Si les bleu et blanc triomphent, ils chercheront évidemment à se débarrasser le plus vite possible de Iouchtchenko. Leur victoire initiera à coup sûr la tenue d'une élection présidentielle anticipée.

En ce qui concerne d'éventuels affrontements de rue, il est malaisé de se livrer à des pronostics quand on se trouve à Moscou où il est impossible de sentir le pouls émotionnel de la rue. Cependant, d'après les images et les commentaires de la télévision, les passions ne sont pas loin de leur paroxysme.

Les forces de l'ordre, en particulier la police, sont acquises à Ianoukovitch. L'armée a pris le parti de Iouchtchenko. Elle a à sa tête un civil, mais nous ignorons dans quelle mesure il pourrait donner l'ordre à la troupe d'intervenir. D'ailleurs, en Ukraine comme en Russie on souhaite une normalisation pacifique de la situation dramatique.


Mercredi 4 Avril 2007

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