L’auteur est professeur
agrégé en droit public à l'Université Paul Verlaine – Metz, “Emile Noël
Fellow” à la Harvard Law School (2001-2002). Pour des compléments,
questions et critiques contacter pollmann@univ-metz.fr. Tous les sites Internet
ont été visités le 21 mai 2007 ; pour faciliter leur consultation,
le fichier de ce texte peut être envoyé.
On
croit savoir ce qui s’est passé le 11 septembre 2001. On tient donc
pour responsables Al Qaïda et
son chef présumé Oussama ben
Laden, nonobstant le démenti de ce dernier [2]. L’affirmation d’un
complot islamiste a provoqué de multiples doutes et contre-versions
tantôt fantaisistes, voire délirants, tantôt étayés. Toutefois, les
média français ont largement refusé de refléter cette diversité d’enquêtes
et d’analyses. La “pensée unique” régit y compris la presse habituellement
animée par un esprit critique à l’égard des vérités officielles.
Les
enjeux sont pourtant considérables : Le 11-septembre, peut-être
l’un des événements les plus cruciaux de l’histoire moderne, a permis
de déclencher deux guerres, et dans tous les États du
monde, il est invoqué pour justifier des mesures de surveillance et
de répression accrues. C’est pourquoi il est nécessaire de présenter
quelques-uns des doutes émis contre la version officielle et de réfléchir
à la fois à la signification d’une possible implication américaine et
à l’obéissance médiatique en la matière. Cette dernière est d’ailleurs
d’autant plus néfaste qu’elle favorise chez les citoyens critiques une
méfiance généralisée, voire paranoïaque. Mais commençons par préciser
la piste d’un nouveau Pearl Harbor.
Le précédent historique révélateur
En septembre 2000, le
“think-tank” Projet pour le nouveau
siècle américain publie un rapport intitulé Reconstruire les
défenses de l’Amérique. Rédigé sous la direction de Dick Cheney (aujourd’hui vice-président), Donald Rumsfeld, Paul Wolfowitz (devenus ministre et vice-ministre de la défense)
et quelques autres, ce document préconise la transformation des États-Unis
en la « puissance dominante de demain »,
tout en avertissant que cela serait laborieux en l’absence d’un « événement
catastrophique et catalytique – comme un nouveau Pearl Harbor ».
[3]
Le 11 septembre 2001
a souvent été comparé à Pearl Harbor. Cette comparaison est plus révélatrice
qu’on ne le pense au premier abord. Si nous voulons, nous pouvons en
effet savoir aujourd’hui que le président Franklin D. Roosevelt connaissait sans doute la date de l’attaque japonaise
trois semaines avant qu’elle n’eût lieu, le 7 décembre 1941. C’est d’ailleurs
ce que le New York Times a indiqué dès le lendemain. [4]
Nous pouvons également apprendre que l’assaut fut facilité par le déplacement,
de San Diego/Californie vers Hawaii, de la flotte américaine du Pacifique.
C’est ce que préconisait le mémorandum du 7 octobre 1940 rédigé par
le capitaine de corvette Arthur H. McCollum,
l’expert américain le plus réputé d’avant-guerre en matière d’espionnage
naval sur le Japon. Le gouvernement avait besoin, face à une population
fortement pacifiste, d’un prétexte pour entrer en guerre contre les
puissances de l’Axe. Ce sont là les résultats saillants des recherches
menées par Robert Stinnett qui estime d’ailleurs justifiée
la démarche présidentielle face à la menace fasciste. [5]
La presse américaine
a rendu compte de cette publication. Ainsi, The Wall Street Journal
commente : « reproduisant beaucoup de ses documents récemment
découverts », « Mr. Stinnett a écrit un livre fascinant et
lisible qui est exceptionnellement bien présenté ». [6] Le
New York Times reste plus réservé, mais résume néanmoins qu’
« il est difficile, après avoir lu le livre abondamment documenté
de Mr. Stinnett, de ne pas douter de quelques suppositions, auparavant
non contestées, sur Pearl Harbor. » [7]
En France, en revanche,
aucun journal ni magazine ne semble avoir évoqué cet ouvrage. Pourtant,
quand de futurs dirigeants des États-Unis préconisent indirectement un nouveau Pearl
Harbor, dans le document précité de septembre 2000, il serait judicieux
de questionner ce précédent historique. Et cela d’autant plus que depuis
la publication du livre de R. Stinnett en 1999, la référence à Pearl
Harbor devait apparaître pour le moins comme ambiguë, voire comme synonyme
d’une attaque simulée [8].
Concernant le 11-septembre
lui-même, il ne s’agit pas nécessairement d’aller aussi loin que Robert
M. Bowman, docteur en
aéronautique et ingénierie nucléaire, l’un des soldats les plus primés
et l’un des plus éminents experts de sécurité nationale aux États-Unis
: Dans une interview radiophonique avec The Alex Jones Show
diffusée dans tout le pays, il a récemment estimé, preuves à l’appui,
que le principal instigateur du 11-septembre pourrait être... le vice-président
Dick Cheney [9] ! Mais il s’agirait de rendre compte
d’une prise de position aussi autorisée.
Mystères inexpliqués de la version
officielle
Les faits, événements
et autres phénomènes que n’explique guère l’hypothèse d’une conspiration
islamiste se chiffrent par centaines. [10] On ne peut donc en
mentionner que les plus importants ou intrigants. Parmi de multiples
sources, le lecteur curieux pourra d’ailleurs regarder de nombreux films. [11]
1) Il y a tout d’abord les questions qui concernent
ce qui s’est passé le jour fatidique :
-
Alors que le détournement simultané de quatre avions
était déjà connu, aucun intercepteur ne quitta à temps, pendant 75 minutes,
les bases aériennes de McGuire (New Jersey) et d’Andrews (Virginia),
pourtant seulement à quelques minutes de vol de New York et de Washington
D.C. [12] Est-ce à cause de la confusion provoquée par d’importants
exercices militaires qui, le matin du 11 septembre, simulèrent des
attaques d’immeubles éminents par des avions [13] ? Qui les
organisa ?
-
Pourquoi le bâtiment 7 du World Trade Center s’est-il
effondré aussi, sept heures après les tours jumelles, alors qu’il n’a
pas été heurté par un avion ? Cet immeuble de 47 étages hébergeait
des services de la C.I.A. et plusieurs autres services secrets et
centres de commande militaire...
-
Comment ces trois immeubles ont-ils pu descendre
à une vitesse proche d’une chute libre ? Aucun bâtiment encadré
d’acier ne s’étant jamais écroulé du fait du feu, qu’en est-il de l’hypothèse
d’une démolition contrôlée, fondée sur des témoignages et des indices
d’explosions ? [14] Comment expliquer que les tours se soient
effondrées si régulièrement et d’un seul coup, en tombant sur leurs
propres fondations, et aussi vite après l’impact, au bout de seulement
56 minutes dans le cas de la tour du Sud ? Précisons que le milliardaire
Jimmy Walter a offert
1 millions de dollars à qui prouverait qu’elles auraient pu s’écrouler
sans recours à des explosifs ; le prix n’a pas encore été réclamé. [15]
-
Comment expliquer l’expression du visage de George
W. Bush juste après qu’il
avait reçu la nouvelle de l’attaque contre la deuxième des tours de
New York ? Pas de stupeur, pas d’horreur ; on y voit quelqu’un
qui mord ses lèvres et ferme et rouvre ses yeux, comme s’il était momentanément
surmonté par la mauvaise conscience. [16]
2) Il y a ensuite des événements suspects autour
du 11 septembre :
-
De hauts responsables du Pentagone annulèrent leur
vol prévu le matin du 11 septembre. [17]
-
Pendant les jours précédant le 11 septembre, de
fortes spéculations boursières permettaient des gains de douze à quinze
millions de dollars contre les actions de United Airlines et d’American
Airlines [18], les deux compagnies aériennes affectées par les
attentats.
-
Le soir du 12 septembre, les noms des kidnappeurs
furent présentés au public alors qu’ils ne figuraient pas sur les listes
des passagers. Toutefois, plusieurs de ces personnes sont encore en
vie. [19] Le F.B.I. présenta d’ailleurs en parfait état le passeport
de Satam al Suqami, l’un des kidnappeurs présumés
du vol d’American Airlines n° 11 qui avait heurté la tour du Nord. En
revanche, la boîte noire et l’enregistreur vocal de la cabine de pilotage,
réputés indestructibles, de cet avion (comme de son successeur frappant
la tour du Sud) étaient introuvables ; dans le cas des deux autres
avions enlevés, les données enregistrées par ces précieux outils sont
ou bien inutilisables ou bien secrètes. [20]
-
Selon Le Figaro, Larry Mitchell, délégué de la C.I.A. à Doubaï,
rencontra, entre le 4 et le 14 juillet 2001, O. ben Laden à l’hôpital américain de l’émirat où celui-ci séjournait
pour une dialyse. [21]
-
En août 2001, rapporte le quotidien Times of
India, le service secret du Pakistan effectua un virement de 100.000
$ à Mohammed Atta. [20],
[22] Son directeur, le général Mahmoud
Ahmad, rencontra
George Tenet, chef de la C.I.A., le 5 septembre,
puis, le matin du 11 septembre 2001 (ou la veille), Bob Graham et Porter Goss qui étaient présidents des commissions
sur les services secrets du Sénat et de la Chambre des représentants,
respectivement. [23]
3) Enfin, certains éléments pourraient éclaircir
l’arrière-plan du 11-septembre :
-
Depuis son investiture comme président des États-Unis
, George W. Bush bloquait
ou suspendait les investigations et mesures concrètes du F.B.I., de
la C.I.A. et d’autres agences contre O. ben
Laden et sa famille, à tel point que John O’Neill,
enquêteur en chef du F.B.I., démissionna de son emploi en juillet-août
2001. Nommé par la suite chef de sécurité du W.T.C., il compta parmi
les victimes le jour fatidique. [24]
-
Après les attentats, une enquête a été considérée
contraire à la sécurité nationale. [25]
-
On peut se demander quelles étaient les raisons
pour cette hostilité : les relations commerciales étroites entre
les familles Bush et ben Laden [26] ou le possible rôle
d’O. ben Laden en tant
qu’agent double ?
-
Lors de la guerre contre l’Afghanistan, selon un
ordre du Pentagone, un couloir de Konduz jusqu’au Pakistan ne devait
pas être bombardé, pour que des dirigeants d’Al Qaïda et des talibans et plusieurs milliers de leurs
combattants puissent être évacués. [27]
... contre quelles révolutions ?
Pour autant, ces derniers
éléments ne suffisent pas pour expliquer les raisons et motifs d’une
éventuelle implication américaine, voire gouvernementale. En l’absence
d’études approfondies, nous sommes réduits à formuler des hypothèses,
en prenant soin d’appliquer raison et bon sens. Bien entendu, on n’a
pas besoin d’adhérer à ces analyses provisoires pour partager les doutes
évoqués ci-dessus (et inversement).
L’explication la plus
connue avance l’approvisionnement en hydrocarbures. Ainsi, déjà lors
des négociations de juillet 2001 sur la construction d’un gazoduc traversant
l’Afghanistan, les talibans gouvernant ce pays se sont vus opposés
des menaces militaires par la délégation américaine. [28] Suite
à la guerre d’automne 2001, les vainqueurs nomment Hamid Karzai,
ancien consultant de la United Oil of California, nouveau premier ministre
de l’Afghanistan. [29] Dans le cadre de cette guerre, les États-Unis
ont pu installer de nouvelles bases militaires
dans plusieurs pays de la région. Le 11-septembre leur a également permis,
il est vrai au prix de mensonges variés et d’une perte de légitimité
considérable, de prendre contrôle des ressources pétrolières de l’Irak.
Plus incertaine, une
explication géopolitique [30] tient à la disparition de l’U.R.S.S.
Paradoxalement, le régime soviétique était peut-être le soutien le
plus précieux du monde capitaliste : Moscou stimulait, canalisait
et neutralisait les espoirs de changement social à travers le monde.
En effet, l’U.R.S.S. a été majoritairement perçue comme concrétisation
du projet socialiste ou communiste. (Certes, cette perception était
fausse puisqu’elle ne correspondait visiblement pas au Manifeste
communiste où nous lisons que la société sans classes se caractérise
par « le libre épanouissement de chacun comme condition du libre
épanouissement de tous » [31].)
Ainsi, les désirs d’émancipation
sociale et nationale étaient orientés vers des ambitions d’industrialisation
et récupérés au profit de la stabilité politique recherchée par Moscou.
L’Union soviétique constituait ainsi une police politique du changement
social, tout en le discréditant. En même temps, elle donnait cohésion
et légitimité au “monde libre”.
Après la dislocation
de l’U.R.S.S., n’existe plus de puissance capable de contrôler les divers
mouvements de révolte contre le désordre capitaliste, qu’ils soient
altermondialistes, islamistes ou plus traditionnellement nationalistes
et protectionnistes. Pire, certains pays, notamment en Amérique latine,
pourraient s’extraire de la domination néocoloniale exercée à travers
le marché capitaliste mondial, voire – comme la Chine – rivaliser avec
le monde occidental.
C’est dans cette perspective
que se situe « le nouvel impérialisme libéral » sur l’Est
et le Tiers Monde prôné par le diplomate britannique Robert Cooper [32]. Il s’agit de reprendre
le contrôle de ces pays si nécessaire, ambition contre-révolutionnaire
si l’on conçoit leur accès à l’indépendance face aux puissances coloniales
comme étant des révolutions. Le 11-septembre serait alors une pièce
maîtresse dans un projet de revenir sur la décolonisation.
Cette explication prend
une tournure particulière sous la plume d’un des hommes les plus puissants
de la planète, Zbigniew Brzezinski.
L’ancien conseiller pour la sécurité nationale sous le président Carter
estime que les États-Unis sont
probablement la « dernière puissance suprême ». [33]
Ce statut lui semble de moins en moins compatible avec la mondialisation
et la tendance à la démocratisation dans différentes parties du monde.
C’est dans ce contexte qu’il faut apprécier son sentiment que la « démocratie
est peu favorable à la mobilisation impériale » et que l’« Amérique
est trop démocratique chez elle pour être autocratique à l’étranger » ;
« un consensus en matière de politique étrangère est difficile
à façonner, sauf en cas d’une menace extérieure directe, vraiment massive
et largement perçue. » [34]
Cette analyse (qui anticipe
celle du Projet pour le
nouveau siècle américain citée au début) suggère que Z. Brzezinski juge
nécessaire un sursaut impérial permettant aux États-Unis de profiter de leur statut de puissance suprême
et de le prolonger tant qu’ils l’ont encore.
En dernier lieu, on
peut avancer une explication socio-économique. Le 11-septembre a permis
« les plus fortes restrictions dans notre histoire » des droits
individuels et libertés publiques [35], aux États-Unis notamment par le “Patriot Act” I. Adopté
déjà le 26 octobre 2001, ce document de 345 pages regroupant de multiples
mesures législatives et réglementaires a dû être préparé bien avant
le 11-septembre. Partout dans le monde, l’invocation de la menace “terroriste”
légitime le renforcement de l’appareil d’État et le contrôle accru sur la population en général
et à l’encontre des minorités et des contestataires en particulier.
Or, cette vague répressive
se déroule en même temps qu’une politique d’austérité visant à transférer
des ressources vers les couches et les contrées les plus puissantes.
C’est pour cela qu’on peut penser que la restriction des droits et des
libertés a pour objectif de faciliter ces transferts en entravant les
mouvements de refus et de résistance. Il s’agirait donc de revenir sur
les “acquis sociaux” obtenus grâce à la pression populaire et consentis
par les États occidentaux pour maintenir leur légitimité dans
la soi-disant concurrence des systèmes, donc face à l’Union soviétique.
En ce sens également, les attentats semblent relever d’un projet quasi
contre-révolutionnaire, initié par les couches dirigeantes américaines
et partagé par de nombreuses autres élites nationales.
Le 11-septembre serait
donc une contre-révolution à la fois internationale et intérieure.
Démonologie et supériorité occidentale
Dans ces conditions,
ce n’est que logique que les média dominants de (presque) tous les pays
cautionnent la version officielle du 11-septembre. Toute contestation
signifierait mise en cause des privilèges obtenus ou espérés par les
élites nationales (qui contrôlent ces média). Il est beaucoup plus difficile
d’expliquer les raisons pour lesquelles même la presse, les individus
et les groupes réservés ou hostiles aux élites taisent leur sens critique.
Douter de la version
officielle semble toucher une corde sensible et provoquer un rejet viscéral,
dans le monde occidental en général et notamment en France. J’en veux
pour preuve la réaction haineuse que les livres critiques de Thierry
Meyssan [36] ont provoqué chez un
rédacteur de l’hebdomadaire de gauche Politis, Fabrice Nicolino. Celui-ci reproche à cet « insupportable
montage » « une construction délirante », grâce à une
« méthode qui est aussi celle des négationnistes », assimilée
également aux « si fameuses notes des Renseignements généraux ».
Il termine par l’injure : « Meyssan est un imposteur, Meyssan
est un salaud [...] ». [37]
On pourrait se contenter
de rappeler que les propos de Th. Meyssan sont confirmés et corroborés
par de nombreuses publications et personnalités, notamment aux États-Unis
, dont certains sont cités dans cet article. Mais il est encore plus
important d’étudier le surinvestissement émotionnel de F. Nicolino.
Si l’on écarte la possibilité d’une querelle de personnes, il ne peut
s’expliquer que par un ébranlement de quelque chose de fondamental.
En effet, suggérer que des autorités américaines ont laissé faire,
ont peut-être même contribué aux attentats heurte de front une conviction
profonde : Les sociétés dites modernes se voient comme “civilisées”,
rationnelles et transparentes et donc gouvernées par le droit et la
raison. En dépit des multiples précédents historiques contraires [38],
nous y somme nombreux à croire, tout au moins, en une telle intelligibilité
du monde occidental. Ce besoin n’est sans doute pas sans rapport avec
le fait que la croyance en l’État y a largement supplanté la foi en Dieu.
Si l’hypothèse d’une
implication américaine apparaît monstrueuse à nos yeux, les autres –
arriérés hier et islamistes aujourd’hui – sont censés pouvoir commettre
des actes toujours aussi monstrueux. En définitive, ce parti pris révèle
le sentiment de supériorité morale occidentale comme peut-être dernier
ressort de l’acceptation de la version officielle.
Une autre raison pourrait
consister en la capacité d’auto-immunisation des théories conspiratrices
contemporaines dirigées contre le monde arabe et musulman. Ces théories
s’apparentent ainsi à la démonologie développée lors de la chasse aux
sorcières à la fin du Moyen Âge. A cette époque, tout doute émis contre
la présence du diable attestait sa perfide capacité de dissimulation
et le rendait encore plus dangereux. Aujourd’hui, toute réserve à l’encontre
de l’idée d’une conspiration islamiste se voit elle-même, aussitôt,
qualifiée d’obsession d’un complot d’État , voire de complicité avec
les kidnappeurs. [39]
Mutisme médiatique et extrême-droite
Il est d’ailleurs révélateur
que les média dominants réservent les termes de conspiration,
complot et conjuration aux impensables activités secrètes
fomentées par des factions de l’appareil d’État à l’intérieur des pays occidentaux. L’action
attribuée à Al Qaïda n’est pas
qualifiée de complot. Pourtant, les trois termes désignent des « menées
secrètes et concertées de plusieurs personnes contre quelqu’un ou contre
une institution » (Larousse), ces personnes pouvant donc être des
étrangers. Les média font comme si l’enlèvement et la conduite de quatre
avions de ligne par Al Qaïda ne
nécessitaient pas clandestinité et dissimulation, comme si de telles
opérations pouvaient être élucidées et comprises grâce aux seules déclarations
des autorités n’ayant dès lors plus besoin de mener d’enquêtes. La version
officielle s’impose par la force magique de l’évidence.
Ces trois termes acquièrent
ainsi une connotation de fiction malsaine, permettant de les coller
à toute mise en doute pour lui donner une allure obsessionnelle. Les
analystes qui doutent sont par-là excommuniés de la communauté des gens
sérieux. Symptomatique de ce biais est le sentiment formulé par la rédactrice
en chef du magazine Alternatives internationales face à la « thèse
du complot, qui m'ennuie beaucoup » [40], puisqu’elle ne parle
évidemment pas du complot attribué à Al Qaïda .
Son appréciation indique
également à quel point l’information en la matière dépend de sentiments
et d’idées préconçues, comme si l’investigation d’un crime aussi retentissant
devait être déterminée par des considérations étrangères aux faits.
Cela dit, l’autocensure est particulièrement forte dans le microcosme
médiatique parisien, probablement le plus centralisé de tous les pays
occidentaux. Ailleurs, par exemple aux États-Unis et
en Allemagne, la défaveur médiatique à l’égard des contestataires de
la version officielle n’a pas pu empêcher l’édition d’innombrables livres
critiques ; certains d’entre eux se sont même vendus à plusieurs
centaines de milliers d’exemplaires [41]. Aux États-Unis , au
moins un important magazine à diffusion nationale, The Nation,
a mis en question le récit officiel. [42] D’ailleurs, 81% des citoyens
y partagent désormais ces doutes, d’après un récent sondage commandé
par le New York Times et la chaîne de télévision CBS. [43]
Encore une fois, le silence règne : ni le New York Times,
ni CBS, ni d’ailleurs les grands média français ne semblent avoir
rendu public ce sondage...
Ce mutisme médiatique
n’a pas seulement pour effet de discréditer les incertitudes à l’égard
de la version officielle et les explications alternatives du 11-septembre.
Il a également comme conséquence de provoquer chez les individus critiques
l’impression d’être seuls et incompris dans leur scepticisme. Se voyant
déconsidérés et dévalorisés, ils seront alors susceptibles de se sentir
méconnus, voire persécutés. Face à la connivence médiatique, pourrait
se développer une méfiance généralisée contre tout ce qui relève de
l’“officiel” et du socialement visible : les médias, les institutions
publiques, les grandes entreprises. Une telle vision paranoïaque et
potentiellement antisémite du monde pourrait facilement être récupérée
par l’extrême-droite. Celle-ci y trouverait d’ailleurs un terreau fertile
pour son anti-américanisme.
Cette analyse n’est
pas purement spéculative, mais peut-être étayée par l’évolution de la
pensée d’Eric Hufschmid,
essayiste et réalisateur de films. Après le 11-septembre, il s’est rapidement
imposé comme l’un des analystes critiques les plus convaincants, avec
son livre Painful Questions et son film Painful Deceptions. [44]
Or, ces derniers mois, il a rédigé plusieurs textes qui frôlent le délire
à relents antisémites, voire contribuent à mettre en question la réalité
de l’Holocauste. [45]
Signalons pour terminer
que l’absence de questionnement à l’égard de la vérité officielle ne
signifie pas nécessairement absence de critique même radicale. Ainsi,
Jean Baudrillard (qui ne dit mot de ces incertitudes)
conteste fondamentalement l’idée dominante d’un occident innocent :
à travers le “terrorisme”, sécrété au sein même du capitalisme mondialisé,
« l’Occident, en position de Dieu, de toute-puissance divine et
de légitimité morale absolue, devient suicidaire et se déclare la guerre
à lui-même ». Et face au 11-septembre, le sentiment d’innocence
se décline en deux branches, la compassion et sa « sœur jumelle »,
l’arrogance : « On pleure sur soi-même, et en même temps on
est les plus forts. Et ce qui nous donne le droit d’être les plus forts,
c’est qu’on est désormais des victimes. C’est l’alibi parfait [...] ». [46]
Ces puissantes interrogations rejoignent d’ailleurs ma propre exploration
politique et philosophique du 11-septembre qui part de la prémisse que
les attentats se soient déroulés conformément à ce qu’en disent les
média. [47]
D’où enfin cette question :
Est-il impossible de mener un travail de recherche sur deux fronts parallèles ?
A savoir, d’un côté criminologique étudier le 11-septembre comme
acte “terroriste” recelant une part de responsabilité américaine et
occidentale. Puis, de l’autre, criminalistique, mettre en doute
l’existence d’un tel acte dit terroriste pour examiner l’éventualité
d’une complicité du gouvernement des États-Unis ? En tout cas,
« parfois, le récit officiel s’avère être un mensonge – regardez
par exemple ce que l’Administration Nixon prétendait et que la presse
reportait généralement quand l’affaire Watergate était à ses débuts.
L’alternative à la thèse d’une conspiration [dans l’appareil d’État
] est la “thèse de la coïncidence”. Mais à un certain moment, quand
assez de “points” [suspicieux] forment une ligne, l’idée que tout est
juste coïncidence devient la théorie la plus folle. » [48]
Références
1 L’idée de ce titre m’est venue
suite à la rencontré avec Claude Mazauric,
professeur émérite d’histoire moderne à l’Université de Rouen, qui parle
de contre-révolution pour désigner l’apparent retour en arrière à l’intérieur
des pays occidentaux.
2 Cf. l’interview avec O. ben Laden au quotidien pakistanais
Ummat (www.ummat.com.pk/, en ourdou), 28
sept. 2001, entre autres sur le site http://freemasonrywatch.org/obl_denies.html.
La vidéocassette sur laquelle il aurait approuvé les attentats semble
manipulée, cf. http://www.whatreallyhappened.com/articlesosama.html
ainsi que Mathias Bröckers,
Verschwörungen, Verschwörungstheorien und die Geheimnisse des 11.9.,
Zweitausendeins : Frankfurt/M. 2002, p. 196 à 198.
3 Project for the New American
Century, Rebuilding America’s Defenses. Strategy, Forces and Resources
for a New Century, Washington D.C. 2000, (www.newamericancentury.org/RebuildingAmericasDefenses.pdf),
p. 50 s.
4 New York Times, “Attack Was Expected”, Pearl Harbor special
ed., 12 déc.1941, p. 13.
5 Robert Stinnett, Day
of Deceit. The Truth about FDR and Pearl Harbour, Free Press :
New York 1999 ; interview de l’auteur en anglais sur http://www.disinfo.com/archive/pages/article/id1488/pg1/index.html.
V. également le résumé chronologique des événements in “Pearl Harbor :
Mother of all Conspiracies”, sur What Really Happened, http://www.whatreallyhappened.com/pearl/www.geocities.com/Pentagon/6315/pearl.html.
6 Bruce Bartlett, “The
Latest Sortie on That Fateful Surprise Attack”, The Wall Street Journal,
7 déc. 1999 (notre trad.), voir http://online.wsj.com/public/page/3_0466.html?mod=topnav_0_0012.
Spécialiste en la matière, B. Bartlett est l’auteur de Coverup :
The Politics of Pearl Harbor, 1941 – 1946, Crown Pub : New
York 1979.
7 Richard Bernstein, “On
Dec. 7, Did We Know We Knew ?”, New York Times, 15 déc.
1999, http://query.nytimes.com/gst/fullpage.html?res=9F0CE0D91E31F936A25751C1A96F958260
(notre trad.).
8 Telle est la thèse de David Ray
Griffin, Le Nouveau
Pearl Harbor. 11 Septembre : questions gênantes à l’administration Bush,
DemiLune 2006.
9 http://prisonplanet.tv/audio/030406bowman.htm.
Pour un compte-rendu écrit de l’interview, v. Paul J. Watson & Alex Jones,
“Former Head of Star Wars Program Says Cheney
Main 9/11 Suspect” sur Prison Planet.com, http://www.propagandamatrix.com/articles/april2006/040406mainsuspect.htm,
4 avril 2006.
10 On en trouvera un relevé fort
étendu chez Paul Thompson,
“Complete 9/11 Timeline”, http://www.cooperativeresearch.org/project.jsp?project=911_project.
11 Voir http://reopen911.online.fr, par
exemple : Carlo Revelli,
“11 septembre 2001 : le nouveau film qui dérange l’Amérique”, http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=8104,
avec lien vers la vidéo gratuite de Dylan Avery,
Loose Change (V.O.S.T., 2ème éd. fév. 2006, http://www.dailymotion.com/video/76435).
V. également Michel Chossudovsky
(professeur d’économie politique à l’Université d’Ottawa), Guerres
et mondialisation. La vérité derrière le 11 septembre, Serpent à
plumes 2002 ; l’un des chapitres centraux figure sur http://globalresearch.ca/articles/CHO205A.html
(en français). Par ailleurs, l’éditeur français DemiLune vient de publier
les traductions de cinq livres américains mettant en cause la version
officielle (voir, entre autres, ci-dessus note 8).
12 Michael C. Ruppert, “A
Timeline surrounding September 11th”, n° 65 avec réf., http:\\www.fromthewilderness.com/free/ww3/02_11_02_lucy.html.
13 Alex Jones & Paul
J. Watson, “Wargames Were
Cover for the Operational Execution of 9/11”, sur Prison Planet.com,
20 sept. 2004, http:\\www.prisonplanet.com/articles/september2004/080904wargamescover.htm.
14 Cf. Andreas von Bülow,
Die CIA und der 11. September. Internationaler Terror und die Rolle
der Geheimdienste, Piper : München 2003, p. 201 à 210. Docteur
en droit, l’auteur fut, en RFA de 1969 à 1994, député fédéral, ministre
de la recherche et de la technologie et secrétaire d’État à la défense chargé des services secrets.
15 Cf. Jimmy Walter, “$1 Million Contest Details”,
http://reopen911.org/Contest.htm,
avec une démonstration scientifique prouvant la nécessité d’explosifs.
16 Cf. la séquence de photos avec analyse détaillée chez M. Bröckers & Andreas Hauß, Fakten, Fälschungen und die
unterdrückten Beweise des 11.9., Zweitausendeins : Frankfurt/M.
2003, p. 149 à 154.
17 Cf. Newsweek, 24 sept. 2001.
18 Cf. Christian Berthelsen
& Scott Winokur, “Suspicious
profits sit uncollected. Airline investors seem to be lying low”, San
Francisco Chronicle, 29 sept. 2001, http:\\www.sfgate.com/cgi-bin/article.cgi?file=/chronicle/archive/2001/09/29/MN186128.DTL,
et Rolf Bovier & Pierre
Matthias, “Insidergeschäfte vor den Terroranschlägen
in den USA?”, magazine économique Plus Minus de la Radio bavaroise :
http:\\www.br-online.de/geld/plusminus/beitrag/20010925/thema_2.html,
cités et commentés par M. Bröckers,
op. cit., p. 107 à 109, 133 à 135.
19 M. Bröckers, op. cit.,
p. 89, 293.
20 Gerhard Wisnewski, Operation
9/11. Angriff auf den Globus, Knaur : Munich 2003, p. 191 à
195, 226, 248.
21 Alexandra Richard, Le Figaro, 31 oct. 2001,
http:\\www.globalresearch.ca/articles/RIC111A.html.
Cette information a cependant été démentie par la C.I.A. et O. ben
Laden, M. Bröckers, op. cit., p. 159.
22 Manoj Joshi, “India helped FBI trace ISI-terrorist links”, Times
of India, 9 oct. 2001, http://timesofindia.indiatimes.com/articleshow/1454238160.cms,
cité et étudié par M. Chossudovsky
sur http://globalresearch.ca/articles/CHO205A.html
et M. Bröckers, op. cit.,
p. 139 à 142.
23 G. Wisnewski, op. cit.,
p. 325 s.
24 Cf., par exemple, le décret « W199I »,
rendu public par le journaliste Gregory Palast (http://www.gregpalast.com/september-11-what-you-ought-not-to-knowrndocument-199-i-and-the-fbis-words-to-chill-the-soul)
et le programme Newsnight de la BBC :
http://news.bbc.co.uk/hi/english/events/newsnight/newsid_1645000/1645527.stm,
cité et commenté par M. Bröckers,
op. cit., p. 167 à 172 ; puis Rashmee Z. Ahmed,
“Bush took FBI agents off Laden family trail”, Times
of India & Indiatimes,
8 nov. 2001,