Conflits et guerres actuelles

Arrestation de Karadic: L'Occident se donne bonne conscience


«L’âne vint à son tour et dit: Je me souviens qu'en un pré passant la faim poussant, quelques diables aussi, j’ai tondu de ce pré la largeur de ma langue. Je n'avais nul droit puisqu'il faut parler net ! ... A ces mots on cria Haro sur le baudet!»
Jean de la Fontaine (Les animaux malades de la peste).


vdida2003@yahoo.fr
Lundi 28 Juillet 2008

Prof.Chems Eddine Chitour

On sait que c’est le maréchal Broz Tito, vainqueur du nazisme qui a su réunir des peuples et surtout des religions aussi différentes, provenant en partie de l’Empire ottoman qui fut dépecé grâce à la France et la Grande-Bretagne. Les malheurs de la Yougoslavie ont commencé avec la mort de Tito mais aussi avec l’éclatement de l’Union soviétique. Les sept Républiques de Yougoslavie éprouvèrent le besoin de s’émanciper de la Serbie. Quand sonna l’heure de la séparation, l’Europe et les Etats-Unis s’en mêlèrent, contribuant à l’effritement accéléré de ce qu’était la Yougoslavie. Chaque pays européen ayant une entité à défendre, la Serbie perdit graduellement sa position centrale. Le dernier morceau de l’ex-Yougoslavie: le Kosovo s’est vu octroyer l’indépendance malgré les vaines protestations de la Serbie. C’est d’une façon, le début d’une «balkanisation du monde» en fonction des intérêts des puissants; même la Russie contemple, atterrée et impuissante comment ses anciens satellites s’en vont, attirés entre autres par le miroir aux alouettes de l’Union européenne. On dit que le droit d’entrée de la Serbie est la tête de Karadzic et Mladic. L’Europe l’a promis: la Serbie aura un traitement de son adhésion à la vitesse du TGV. La Turquie peut toujours attendre.
Pour l’histoire, le massacre de Srebrenica, ou génocide de Srebrenica a eu lieu entre le 11 et le 16 juillet 1995 en Bosnie-Herzégovine. Il s’agit des massacres de grande ampleur perpétrés par l’armée serbe de Bosnie, du général Ratko Mladic, sur les habitants bosniaques de la ville de Srebrenica. On estime généralement à environ 8000 le nombre de disparus. À peu près six cents Casques bleus néerlandais de la Forpronu ont été déployés pour protéger les citadins mais furent impliqués dans des escarmouches. En mai 1995, 400 Casques bleus sont pris en otage par les forces bosno-serbes suite à un raid aérien de l’OTAN contre un dépôt de munitions. Le 4 juin 1995, le commandant français des forces militaires de l’ONU en ancienne Yougoslavie, le général Bernard Janvier, rencontre secrètement le général Ratko Mladic pour obtenir la libération des otages, dont plus de la moitié étaient français. Mladic a exigé de Janvier qu’il n’y ait plus de frappe aérienne. Le 7 juillet 1995, les forces serbes de Bosnie menées par le général Ratko Mladic prirent d’assaut la ville.
Des soldats bosniaques mais aussi des vieillards et des adolescents - formèrent une colonne pour éviter les mines et tenter de rejoindre la ville bosniaque de Tuzla, située à cinquante kilomètres. Cette colonne - on estime à environ 12.500 le nombre de personnes - fut rapidement encerclée par les forces serbes, qui ouvrirent le feu à l’aide de canons antiaériens et de mitrailleuses lourdes. Cette embuscade fit plusieurs centaines de tués, ainsi que de nombreux blessés. Ceux qui choisirent de se rendre furent emmenés puis exécutés, tandis que les forces serbes continuèrent à poursuivre le reste du groupe, faisant des victimes jusqu’au territoire bosniaque. Les survivants accusèrent les Serbes d’avoir utilisé des armes chimiques ou biologiques, apparemment il s’agissait d’un gaz incapacitant composé de benzoate, qui désoriente les victimes et leur donne des hallucinations L’estimation la plus haute est sans doute celle du ministre allemand de la Défense, Scharping, qui parla, le premier, de «génocide» à ce sujet, le 28 mars 1999, quatre jours après le début des bombardements de l’OTAN, affirmant que les Casques bleus des Nations unies «assistèrent à l’assassinat de 30.000 hommes à Srebrenica».
La région de Srebrenica a scandaleusement été laissée, par les Accords de Dayton, sous l’autorité de la «République serbe de Bosnie», installée par l’agression serbe de 1992. Sur le front juridique international, des associations de juristes se mobilisent pour faire progresser cette justice internationale encore balbutiante. Quant à l’ONU, elle se contente de dénier ses propres responsabilités et de regretter que la «communauté internationale» n’ait pas «fait davantage pour empêcher la chute de Srebrenica». La responsabilité est partagée entre Belgrade et l’ONU. Le Tribunal pénal international (TPI) pour l’ex-Yougoslavie a publié, en 1995, l’acte d’inculpation, notamment pour génocide lors du massacre de Srebrenica, du chef politique des Serbes de Bosnie, Radovan Karadzic, arrêté lundi 21 juillet 2008. On dit qu’il veut retarder son extradition vers le TPI. Pour gagner du temps, son avocat a annoncé qu’il déposerait vendredi un recours contre son transfèrement. Radovan Karadzic assurera, par ailleurs, lui-même sa défense devant le TPI pour l’ex-Yougoslavie.

Les vrais responsables
Comme le reconnaîtra le rapport présenté par son Secrétaire général Kofi Annan, en novembre 1999, devant l’Assemblée générale de l’ONU: «La communauté des nations, en décrétant un embargo sur les armes, a laissé les Serbes dans une position de supériorité militaire écrasante et a, en fait, privé la République de Bosnie-Herzégovine de son droit de légitime défense, consacré dans la Charte des Nations unies.» «La fourniture d’une aide humanitaire n’était pas une initiative suffisante face aux opérations de ´´nettoyage ethnique´´ et de génocide.» «Poursuivant leur objectif qui était de créer la ´´Grande Serbie´´, ils ont occupé le territoire des enclaves qu’ils voulaient pour eux tout seuls». «Srebrenica a été le révélateur d’une vérité que l’ONU et le reste du monde ont comprise trop tard, à savoir que la Bosnie était une cause morale autant qu’un conflit militaire. La tragédie de Srebrenica hantera à jamais notre histoire.» Alors qu’entre 1992 et 1995, le génocide perpétré par les forces serbes était qualifié par l’ONU «d’actes de nettoyage ethnique», cette même ONU a laissé se dérouler le génocide de Srebrenica de juillet 1995.
Le rapport sur le massacre de Srebrenica fait apparaître que ni les Hollandais ni leurs alliés occidentaux n’acceptent aucune responsabilité. L’agitation des autorités hollandaises, siège du TPIY, ne saurait les absoudre de la faute de leur contingent à Srebrenica.L’opinion publique bosniaque, surtout les familles des victimes de Srebrenica, tuées par les Serbes de Bosnie sous les ordres de Ratko Mladic, attendaient les résultats de l’enquête hollandaise. Dans un communiqué de presse du 1er juin, l’avocate Liesbeth Zegveld accuse formellement les Pays-Bas de ne pas avoir protégé les habitants de Srebrenica. En 1995, on s’en souvient, les forces paramilitaires serbes entraient dans la zone de Srebrenica et exécutaient près de 8000 personnes. Les Casques bleus étaient restés passifs. Mme Zegveld avait annoncé une action juridique le 16 juin à La Haye: c’était la première action civile menée par des parents de victimes du génocide.(1)
Les plaignants entendent mettre en évidence que les Pays-Bas portent une lourde responsabilité, celle de l’inefficacité de leurs forces armées sur place. Bien qu’agissant sous la bannière des Nations unies, le commandement était exercé par les Pays-Bas. Les Casques bleus, selon des témoins, ont assisté passivement à des abus et des violences sur des femmes et enfants, tout comme ils ont assisté à la séparation des femmes et des hommes, ces derniers étant ensuite convoyés vers un lieu d’exécution. L’avocate exposera que le gouvernement batave et le commandement de la Forpronu sont responsables de négligence, leur seul souci à l’époque étant d’assurer la sécurité des membres du contingent. «The Dutch state failed in his duty to protect civilian victims of genocide at Srebrenica»(2)
En fait, c’est toute la Serbie de l’époque qui a laissé faire le massacre. Karadic et Mladic n’ont fait que traduire dans les faits un état d’esprit qui était dans l’air. Par contre, le grand coupable c’est l’ONU de Kofi Annan nobélisé pour son «travail». C’est Philippe Morillon, et c’est surtout Bernard Janvier qui a rencontré en secret le général Mladic pour protéger les Casques bleus, dont la moitié étaient français. Les autres peuvent mourir sous le regard indifférent des Casques bleus hollandais qui ont assisté au massacre. Une image particulièrement tragique, on voit Mladic en train de caresser les cheveux d’une jeune bosniaque qui fut peut-être par la suite fusillée!!!
Pour la Russie, le Tribunal s’est totalement déconsidéré en acquittant les officiers bosniaques eux-aussi responsables de massacre. On voit là une compétition de victimes: «Les informations provenant du TPIY attestent que cette juridiction s’est complètement discréditée aux yeux de la communauté internationale», a affirmé la source qui a souhaité conserver l’anonymat. «La tendance du Tribunal à punir uniquement les Serbes est devenue une règle après l’acquittement de Naser Oric, commandant bosniaque des Forces armées de Srebrenica qui ont massacré au moins 1500 Serbes.»

La boite de Pandore
Tout donne à penser, écrit Andrei Fedyashin, qu’un autre prévenu bosniaque, le chef d’état-major de l’armée des musulmans de Bosnie-Herzégovine Rasim Delic, sera également acquitté. Les crimes ont été perpétrés par des mercenaires étrangers de la division El Moudjahid placée sous son commandement... Pour la majorité des Serbes de Bosnie et de nombreux Serbes en Serbie, il est un héros, un combattant consciencieux pour la terre et les droits des Serbes.
Pour les musulmans de Bosnie et les Croates c’est le diable en personne, dont les mains sont pleines de sang. Richard Holbrooke, le diplomate états-unien qui élabora les accords mettant fin à la guerre de Bosnie, l’a décrit en apprenant son arrestation comme «l’Oussama Ben Laden européen».(3)
Reconnaissons- le, la Russie elle-même a abandonné la Yougoslavie et la Serbie si durement (d’abord sous Gorbatchev et ensuite Eltsine) que peu de Serbes peuvent sérieusement croire en son aide. Qu’est-il arrivé au fameux dicton, dit-on serbe, «Dieu est au ciel, la Russie sur la terre»? Manuel Barroso a dit que c’était très important pour les ambitions européennes de la Serbie. Voilà un bien étrange échange: un billet d’entrée en Europe contre une arrestation. Quand une partie seulement est constamment accusée d’atrocités, se pose la question: la Justice est-elle vraiment impartiale? Les Serbes de Bosnie-Herzégovine furent accusés de «séparatisme» et d’avoir déclenché une guerre, mais à la fin, la Bosnie a du être divisée en deux parties, musulmane-croate et serbe.(3)
L’analyse du professeur Danilo Zolo nous semble résumer parfaitement la complexité de la situation. Ecoutons le: «On ne peut pas ignorer, avant tout, qu’une fois de plus, dans les Balkans, le rôle de l’Europe - dans ce cas soutenue par les Etats-Unis - a été d’exaspérer le nationalisme, de favoriser la fragmentation des ethnies et de leurs structures politiques, et d’aggraver la dépendance de leurs économies vis-à-vis de l’étranger. On a réitéré la logique des stratégies impériales qui, des siècles durant, ont dominé la ´´Question d’Orient´´, depuis l’expansionnisme de la Russie tsariste et de l’Autriche habsbourgeoise jusqu’à l’invasion de la Yougoslavie par les troupes fascistes et nazies pendant la Seconde Guerre mondiale».(4)
«La» Guerre humanitaire «déclenchée au printemps 1999 par l’Otan contre la Fédération yougoslave, motivée par la nécessité de défendre la minorité albanaise du Kosovo, n’a pas échappé à cette logique impériale. La guerre de l’Otan - qu’Antonio Cassese, premier président du Tribunal de La Haye, a justement définie comme portant gravement atteinte à la Charte des Nations unies - a comporté dix mille missions d’attaque et l’usage de plus de 23 mille engins explosifs. Les attaquants ont provoqué des massacres de civils et dévasté le pays en utilisant des armes de destruction massive, y compris des bombes à fragmentation et des projectiles à l’uranium appauvri. Le Tribunal de La Haye, bien qu’il en ait l’entière compétence, a ignoré les très graves crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis très sûrement par les autorités politiques et militaires de l’Otan, à commencer par son secrétaire, Javier Solana, qui applaudit aujourd’hui la capture de Karadzic».(4)
«Comme toute autre guerre, la guerre du Kosovo a laissé un long sillage de haine, peur, corruption, misère et mort. La protection des droits des citoyens kosovars-albanais n’a pas arrêté l’´´épuration ethnique´´. Celle ci a continué sans pitié, mais dans l’autre direction: contre les Serbes vaincus, par les milices de l’Uck, sous les yeux des troupes de l’Otan. Jusqu’à devenir, contre tout le droit international, la légitimation d’une indépendance unilatérale. Aujourd’hui, la capture de Karadzic, loin de favoriser la renaissance du pays serbe et le renforcement de la démocratie, peut aggraver la situation. Après la séparation illégale du Kosovo de l’Etat unitaire Serbe, la nouvelle intervention du Tribunal de La Haye pourrait conduire non pas à la paix et à une entrée heureuse de la serbie en Europe, mais à de nouvelles tensions nationalistes et à de nouvelles crises de violence. Le cauchemar, malheureusement, n’est pas terminé».(4) Autrement dit, la boite de Pandore risque à tout moment de s’ouvrir du fait des exaspérations des peuples de la région.
1.Rapport sur le massacre de Srebrenica:Pas de responsabilité occidentale, 22 avril 2002

2.http//: Srebrenica- genocide Blogspot.com.

3.Andrei Fedyashin L’arrestation de Karadzic: l’étrange façon de Belgrade d’entrer dans l’Union européenne Ria-Novosti, 24 juillet 2008.

4.Danilo Zolo: Karadzic, le cauchemar n’est pas fini:Revue d’études géo-politiques Eurasia. 25 juillet 2008 il manifesto du 24 juillet 2008.

Pr Chems Eddine CHITOUR
Ecole Poytechnique Alger


Lundi 28 Juillet 2008

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