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Arkéa : le choix des dirigeants, pas au goût des salariés



Herve Prigent
Jeudi 12 Avril 2018

Arkéa : le choix des dirigeants, pas au goût des salariés
Arkéa : le choix des dirigeants, pas au goût des salariés


Qui soutient vraiment le projet sécessionniste du Crédit Mutuel Arkéa de Jean-Pierre Denis ? Si le principal intéressé se revendique comme le porte-parole de toute la Bretagne et des salariés d’Arkéa, il semblerait plutôt que ses soutiens se trouvent parmi le patronat et le monde de la FinTech. Une réalité qui interroge sur les véritables gagnants d’un éventuel divorce.

Contrairement à ce que la direction d’Arkéa prétend, ce n’est pas du côté des syndicats ou des salariés qu’il faut chercher les partisans de l’indépendance. La manifestation qui devait avoir lieu le 5 avril — celle-ci a été annulée à la dernière minute —, à laquelle les employés étaient « librement » invités à participer, avait provoqué la colère de la CFDT Bretagne et la CFDT Banques et Assurances qui dénonçaient dans Le Télégramme, « l’escalade des pressions exercées sur les salariés ».

Ces derniers étaient en effet vivement encouragés à participer à un rassemblement et un cortège dont l’objectif était d’« interpeller le gouvernement et les médias sur l’avenir du groupe Arkéa et obtenir son indépendance ». Le temps passé à la manifestation constituait même « du temps de travail effectif », et le transport et les repas devaient être « assurés et pris en charge par l’entreprise ».

L’offre se veut irrésistible, mais les organisateurs ont tout de même préféré s’assurer de la présence des salariés en livrant quelques petits conseils çà et là : « dans le cadre de ton évolution prochaine, je pense que la question de ta présence le 5 ne se pose pas », ou encore « ceux qui ne viennent pas n’ont rien à faire dans l’entreprise »… Des « recommandations » qu’ont ainsi pu entendre certains salariés au cours des derniers jours, relate le quotidien breton.

Sociétaires et salariés contre la scission

Leur présence était donc fortement souhaitée. Ce qui n’a pas toujours été le cas : dans un article publié le 13 février dans Ouest France, Jean-Pierre Denis et Ronan Le Moal affirmaient ainsi qu’après la mise en place de leur stratégie séparatiste, il appartiendrait « aux administrateurs des caisses locales de [leurs] trois fédérations, et à eux seuls, de décider de l’avenir du groupe Arkéa ». Étrangement, il n’a pas été prévu de faire appel aux salariés cette fois.

Ni aux sociétaires. Dans un article publié dans le média breton Breizh Info, Bernard Morvan s’interroge : « Ne serait-ce pas plutôt aux sociétaires (porteurs de parts) des caisses locales réunis en assemblée générale — organe souverain dans le système mutualiste — de décider si Arkéa et le CMB restent dans la Confédération ou bien s’en vont ? Et d’ajouter : “Jean-Pierre Denis et Ronan Le Moal ont raison de rappeler que le groupe Arkéa est ‘mutualiste et coopératif par conviction’ (sic). Encore faut-il s’en souvenir lorsqu’il s’agit de prendre une décision stratégique”.

Mais, puisque ces derniers n’ont pas été consultés, un “Collectif des mutualistes inquiets sur le projet de scission du CMB Arkéa” a vu le jour et décidé de lancer une pétition, que près de 5 000 personnes ont déjà signée. Le collectif exige “la tenue d’assemblées générales de tous les sociétaires dûment précédées d’une information individuelle complète sur le projet”.

“Attachés à une économie dynamique, soucieux du développement de l’emploi, engagés dans la vie des territoires et des entreprises de [leur] région”, les signataires se demandent notamment “pourquoi quitter une entité fédérative qui permet au CMB de bénéficier de circuits de financements, de coopération, de débouchés et d’une notoriété de dimension européenne et mondiale ?”.

Entrepreneurs, investisseurs et patrons pour le divorce

Certes, ils ne sont pas les seuls à s’être mobilisés : en février, une autre pétition appelait en effet à soutenir le projet de divorce. Le texte a même été signé par Pierre Kosciusko-Morizet, Fleur Pellerin et d’autres personnalités “bien connues de la vie des affaires… parisienne !”, comme le soulignait le journaliste de Médiapart, Laurent Mauduit.

Et ce n’est pas tout. Dans une tribune au Monde, “un collectif de vingt-quatre entrepreneurs et investisseurs spécialistes de la Fintech s’inquiètent de la mise en cause d’Arkéa”. Ces derniers précisent dès les premières lignes, qu’il s’agit de 24 “entrepreneurs ou investisseurs”, s’exprimant en tant que tels, et souhaitant apporter “leur” éclairage sur le dossier. Après tout, Arkéa, comme ils tiennent à le rappeler, “c’est aussi la banque des entrepreneurs, pour les entrepreneurs”.

C’est donc deux mondes qui s’affrontent : d’un côté celui des salariés et des sociétaires du Crédit Mutuel Arkéa et de l’autre celui des patrons, hommes politiques et investisseurs. Les premiers a priori en faveur du maintien, les seconds en faveur du divorce. Et pour ce qui est des administrateurs des caisses locales si chers à Jean-Pierre Denis, la solidarité avec le président d’Arkéa n’est pas des plus flagrante.

Si Arkéa devait obtenir son indépendance et créer une nouvelle banque, les caisses locales, aujourd’hui pleinement autonomes, seraient obligées de se fondre dans un nouvel ensemble dont le centre de décision serait à Brest. Une réalité qui n’est pas du goût de tous : dans une autre tribune au Monde, Bernard Belleville, ancien Secrétaire général du Crédit Mutuel du Sud-Ouest, appelle ainsi à “l’unité” avec le Crédit Mutuel, avant d’affirmer que “l’on est en droit de s’interroger sur les motivations de certains”. Et de conclure : “Le temps n’est plus à la quête d’ambition personnelle, mais à la recherche du bien commun”.


Jeudi 12 Avril 2018


Commentaires

1.Posté par Nolwenn le 18/04/2018 09:45 | Alerter
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Je suis désolée mais je ne peux pas vous laisser dire ça ! Il suffit de faire un rapide tour sur twitter par exemple pour voir à quel point, en tant que salariés, nous sommes de tout cœur pour ce projet ! Et ce malgré toutes les attaques que l'on peut subir au quotidien de l'extérieur... Quant à nos sociétaires qui s'expriment par la voix des administrateurs ils viennent de se prononcer, par vote, très largement favorable au projet d'Arkéa également. Pour ce qui est des pressions, je n'ai au contraire entendu que des messages très clair sur la liberté de chacun à y participer ou non !

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