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Après tout, ce n’est qu’un film…


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Tribunes et décryptages - 13 janvier 2006

Décryptage


Samedi 14 Janvier 2006

 

Dans notre précédente édition de Tribunes et décryptage, nous commentions la tribune de l’ancien candidat à la présidence slovène, Slavoj Zizek, qui dans le quotidien de gauche britannique The Guardian, anaysait la banalisation et la légitimation de la torture par la série 24. Cette tribune illustrait l’enjeu que représente le monde du divertissement dans le combat politique.
Les films et séries télévisées véhiculent une vision du monde. Pour satisfaire le public le plus large et amortir ainsi les coûts de production, elles sont généralement conformes au consensus dominant. Ce faisant, elles renforcent les présupposés des spectateurs. Mais elles peuvent aller plus loin encore et servir des intérêts précis se transformant alors en outils de propagande, indépendamment de savoir si elles sont financées ou non par l’État..
L’industrie hollywoodienne a été traditionnellement enrôlée par l’exécutif états-unien, y compris en temps de paix. L’acteur et néanmoins président Ronald Reagan fit appuyer sa politique étrangère par les productions de la Cannon, stigmatisant l’URSS et minimisant la défaite au Vietnam.
Cette pratique est revenue au goût du jour depuis le réarmement unilatéral entrepris par les États-Unis, en 1998. La CIA finança alors un long métrage, In the Company of Spies (version française : Mission d’élite). À l’arrivée de George W. Bush à la Maison-Blanche, les œuvres de propagande se multiplièrent : neuf films et trois séries de télévision (The Agency, Alias, et bien sûr 24) furent financées par l’agence de renseignement. De son côté, le Pentagone ne commande qu’exceptionnellement des films (quelques exceptions comme Black Hawk Down, en français La chute du faucon noir), mais prête ses hommes et ses matériels à de nombreuses superproductions en échange d’un droit de regard et de modification des scénarii. Après les attentats du 11 septembre 2001, la Maison-Blanche réquisitionna Hollywood dans un grand effort patriotique pour soutenir la « guerre au terrorisme ». Un premier accord fut conclu entre la présidence états-unienne et Jack Valenti, le président du syndicat patronal de l’industrie cinématographique (Motion Picture Association of America). Puis il fut étendu à la Paramount, CBS television, Viacom, Showtime, Dreamwork, HBO et MGM. Fin 2002, les acteurs Harry Bellafonte et Dany Glover tentèrent de créer un sursaut pour l’indépendance de la profession. Ils ne furent pas entendus.

À l’inverse, l’industrie cinématographique, télévisée ou ludique peut aussi tenir un discours dénonçant les représentations traditionnelles ou les politiques d’un État. Elle devient alors pour les tenants de ces politiques un adversaire dont il faut relativiser l’impact.
Ces derniers mois, on a vu sortir sur les écrans, des films à portée politique ayant volontiers des accents critiques contre l’action de l’administration Bush. Les cercles néo-conservateurs ou sionistes se sont alors mobilisés pour tenter de les disqualifier.

Syriana de Stephen Gaghan, avec l’acteur George Clooney, est ainsi décrié par le propagandiste néo-conservateur Amir Taheri dans une tribune très bien diffusée par le cabinet de relations publiques Benador Associates dans les journaux arabes anglophones Asharq Alawsat, Arab News et Morocco Times ainsi que dans la chronique hebdomadaire de l’auteur dans le New York Post.
Ce film, sorti en décembre aux États-Unis et prévu en février en France (et que par conséquent nous n’avons pas encore pu voir), retrace l’histoire d’un complot de la CIA visant à assassiner un dirigeant arabe progressiste ayant décidé de rompre ses relations commerciales avec une entreprise états-unienne au profit de la Chine. L’œuvre doit d’autant plus attiser la colère des partisans de l’administration Bush qu’elle est produite par Section 8, la compagnie du réalisateur Steven Soderbergh et de l’acteur-réalisateur George Clooney. Cette même société a récemment produit le deuxième film réalisé par George Clooney, Good night and good luck, dénonçant les méfaits du maccarthysme et sorti aux États-Unis presque en même temps que Syriana. L’acteur-réalisateur, qui ne cache pas ses sympathies démocrates et son opposition à la Guerre en Irak, a largement utilisé la promotion de ce film pour brocarder l’administration Bush et pour établir des parallèles entre l’action actuelle de la Maison-Blanche et la période mise en scène dans le long-métrage.
Pour Amir Taheri, Syriana raconte, bien entendu, une histoire totalement invraisemblable puisque l’objectif de la politique états-unienne est justement de voir l’émergence de dirigeants arabes « éclairés ». L’auteur feint de ne pas savoir pourtant que le film est inspiré du roman d’un ancien agent de la CIA, Robert Baer, qui fut pendant 20 ans en poste au Proche-Orient et qui tient même un petit rôle dans le film. Pour M. Taheri, cette œuvre ne peut toutefois être qu’un tissu de fadaises déformant la réalité pour plaire à la population arabe « conspirationiste » et pour céder à une mode états-unienne de la « haine de soi ».

Cette expression de « haine de soi » est une reprise de l’expression sioniste pour désigner les juifs condamnant la politique d’Israël ou le sionisme en général. Elle est également largement utilisée ou sous-entendue par les cercles attaquant le dernier film du réalisateur Steven Spielberg, Munich, sorti début janvier aux États-Unis et fin janvier en France (et que nous n’avons donc pas non plus pu voir par nous même). Cette œuvre subit une attaque en règle des milieux sionistes israéliens et états-uniens. Il est reproché au réalisateur de donner un portrait peu flatteur de la politique d’assassinat israélienne contre les militants palestiniens du groupe Septembre noir après la sanglante prise d’otage de Munich en 1972 et la mort des 11 athlètes israéliens aux Jeux olympiques.
Déjà très présents dans les médias pour condamner La Passion du Christ de Mel Gibson, l’ancien directeur de l’US Holocaust Memorial Museum, Walter Reich, affirme dans le Washington Post que le grave problème du film, c’est que le réalisateur, bien que juif, ne s’attache pas suffisamment à la profession de foi sioniste. Ainsi, il ne dit pas que la Palestine appartient historiquement aux juifs et, au contraire, montre un Palestinien étaler sa douleur après la perte de son foyer. Bref, le tort du film, est de ne pas faire une croix sur 2000 ans d’histoire et d’évolution du territoire.
Ce manque de soutien au sionisme est l’axe principale des critiques émises contre le film. Les attaques se concentrent sur la personnalité du scénariste Tony Kushner, auteur juif antisioniste qui aurait qualifié la création de l’État d’Israël d’« erreur » et de « calamité morale et historique » d’après ses détracteurs. Dans le Jerusalem Post, le directeur du Diaspora-Israel Relations Committee, Isi Leibler, affirme que le Munich de Steven Spielberg est l’illustration du développement pernicieux de l’antisionisme dans la Diaspora juive et regrette que « de bons juifs » soient affectés par la « haine de soi » diffusés par les « ennemis intérieurs ». Les traîtres désignés sont les éditorialistes du quotidien Ha’aretz, les dirigeants israéliens qui ont voulu faire la paix avec les Arabes et le scénariste Tony Kushner. Dans le Wall Street Journal, l’ancien rédacteur en chef du Jerusalem Post, Bret Stephens, déplore lui aussi le choix de Tony Kushner pour le scénario et rappelle, comme M. Leibler, les propos qu’aurait tenu le scénariste contre Israël. Ne s’arrêtant pas là, il affirme que le film est à deux doigt de tomber dans l’emploi de clichés antisémites sur les juifs et l’argent et donne une trop belle image des Palestiniens tout en mettant en scène un personnage central peu crédible abjurant sa foi dans le sionisme.

Le film est également critiqué pour son pacifisme affiché.
Le père du journaliste assassiné Daniel Pearl, Judea Pearl, utilise, une fois de plus, la mémoire de son fils disparu pour tenter de délégitimer le film de Steven Spielberg dans le Los Angeles Times. Pour lui, le film accentuerait le relativisme moral en mettant sur le même plan l’assassinat d’athlètes israéliens et celui des organisateurs de leur assassinat. Mais M. Pearl ne s’arrête pas là. Pour lui, les assassinats dénoncés par Steven Spielberg dans son film sont en fait une forme de justice. L’auteur utilise même l’expression « amener les criminels devant la justice » pour parler d’assassinats extrajudiciaires. Faut-il comprendre que M. Pearl parle de la justice divine ? Allant même plus loin, il estime qu’on ne peut pas comparer les morts en Afghanistan, en Palestine ou en Irak à celle de son fils car son fils était un innocent. On arrive donc à la conclusion que tous les morts des invasions de l’Irak, de l’Afghanistan ou des punitions collectives en Palestine sont coupables et que les actions contre eux sont une œuvre de justice. Pour l’auteur, ne pas l’admettre, ce serait faire preuve de « relativisme moral ». Cette tribune illustre une fois encore le peu de cas que la presse mainstream occidentale fait des vies arabes et afghanes.
De son côté, le chroniqueur néo-conservateur du New York Times et du Weekly Standard, David Brooks, déplore dans le New York Times les opinions exprimées par Steven Spielberg lors de la promotion de son film et regrette que le réalisateur ait choisi de mettre en image les assassinats qui ont suivi la prise d’otage de Munich. Craignant sans doute l’impact du film sur la vision actuelle que les spectateurs se font de la situation au Proche-Orient, l’éditorialiste affirme que, désormais, le monde est différent de ce qu’il était dans les années 1970 : il est plus dangereux car des fous islamistes (que Brooks décrit comme « Le Mal ») veulent détruire Israël et en retour Israël se montrerait moins violent, ne pratiquant plus les assassinats, mais les arrestations. Cette dernière affirmation sonne bien faux quand l’auteur conclut en rejetant le point de vue pacifiste du réalisateur et en faisant l’exaltation des violences « constructives » contre la violence « destructrice ».

Victime de l’acharnement médiatique, Munich a enregistré des résultats bien plus faibles aux États-Unis que les précédents films de Steven Spielberg.

Réseau Voltaire




13 janvier 2006

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Paris (France)

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Auteurs et sources des Tribunes et décryptages

  

« Quand la haine de soi américaine rencontre les théories de la conspiration arabes »

Auteur Amir Taheri


 Amir Taheri est journaliste iranien et rédacteur du journal français Politique Internationale. Il est expert du cabinet Benador Associates à New York. Il a récemment co-écrit Irak : Le Dessous des Cartes avec Patrick Wajsman.

Sources Arab News (Arabie saoudite), Asharqalawsat, Morocco Times (Maroc)
Référence « Where American Self Loathing Meets Arab Conspiracy Theories », par Amir Taheri, Asharq Alawsat, 6 janvier 2006.
« The Despicable Self-Loathing Preached by ‘Syriana’ », Arab News, 7 janvier 2006.
« The despicable self-loathing preached by ’Syriana’ », Morocco Times, 8 janvier 2006.
« Hollywood Arabs », New York Post, 8 janvier 2006.

Résumé Le futur dirigeant d’un État arabe, riche en pétrole, prépare une politique de réforme permettant notamment aux filles d’aller à l’école, mais s’apprête également à signer un contrat pétrolier avec la Chine. Mais quelques jours avant, il est assassiné par la CIA. Il s’agit du scénario du film Syriana avec George Clooney.
Pourquoi les États-Unis assassineraient-ils un dirigeant éclairé alors que George W. Bush appelle de ses vœux l’avènement de tels dirigeants ? La réponse des scénaristes est que le gouvernement états-unien est contrôlé par les intérêts pétroliers texans et qu’ils ne permettront jamais à un pays arabe de signer un contrat avec une entreprise chinoise.
J’ai vu le film lors d’une projection presse, mais il circule largement dans le monde arabe via des cassettes pirates. Là-bas, ce film est vu comme une « preuve » que les États-Unis ne tolèreront pas de dirigeants démocratiques dans le monde arabe. En fait, le film ne fait que prêcher à des convertis et renforce les Arabes dans leur martyrologie et leurs théories conspirationistes. Depuis 1900, la liste des dirigeants arabes assassinés est longue et tous l’ont été par des islamistes, des militants pan-arabes ou des membres de services de sécurité arabes radicaux. Beaucoup d’Arabes préfèrent voir ce problème comme venant de l’atrenger. C’est un réflexe compréhensible. Ce qui l’est moins, c’est quand des Américains font des films qui présentent leur nation comme l’incarnation du mal.
Syriana ne décrit pas qu’un meurtre, il décrit les États-Unis comme la principale main derrière le terrorisme au Proche-Orient. En fait, cela s’explique par le désir de faire de l’argent. La dissidence et la haine de soi sont à la mode en ce moment. Mais ce faisant, le parti de l’auto-dénigrement fait trois choses :
- En présentant les États-Unis comme le Mal, il légitime les attaques des Arabes radicaux contre l’Amérique.
- Il affirme que le discours sur la démocratie est un non-sens.
- Il fait preuve d’ethnocentrisme en présentant les Arabes comme des objets et non des acteurs de l’Histoire. Il vole l’histoire des Arabes.
 

« Quelque chose manque dans le « Munich » de Spielberg »

Auteur Walter Reich


 Walter Reich est psychiatre et professeur de relations internationales, d’éthique et de comportements humains à l’Université George Washington. Il a été directeur de l’U.S. Holocaust Memorial Museum (1995-1998).

Source Washington Post (États-Unis)
Référence « Something’s Missing In Spielberg’s ’Munich’ », par Walter Reich, Washington Post, 1er janvier 2006.

Résumé Steven Spielberg affirme à propos de son dernier film provocateur Munich qu’il ne nous dit pas quoi penser des problèmes qu’il soulève et qu’il ne fait que poser des questions. Quand on voit le film et qu’on lit les déclarations de Steven Spielberg, on constate que ce n’est pas vrai. Le réalisateur ne cesse, d’ailleurs, de répéter qu’il estime que répondre à une agression par une agression n’est pas une solution. Le film soutient ce point de vue. Et bien que Steven Spielberg prétend ne pas avoir de solutions pour lutter contre le terrorisme, il prétend au moins avec ce film que la riposte n’est pas une solution. C’est bien la preuve que ce film est un film à thèse, non seulement sur le terrorisme, mais sur la description du conflit israélo-palestinien.
Le réalisateur se pose en arbitre neutre du conflit et affirme que la paix n’aura lieu que si les deux parties en présences discutent. Spielberg montre un Palestinien expliquer la douleur qu’a été la perte de son foyer. Il montre un Israélien insister sur la nécessité pour les juifs d’avoir un endroit où vivre et d’avoir du le prendre par eux-mêmes. Mais il oublie de préciser que si les juifs se sont installés précisément là c’est parce qu’historiquement cette terre est à eux. Spielberg ne le dit pas et c’est ce que risquent de perdre de vue des dizaines, peut-être des centaines, de millions de personnes qui verront ce film.
 

« La validation de l’antisionisme juif »

Auteur Isi Leibler


 Ancien président du conseil des gouverneurs du Congrès juif mondial, Isi Leibler est président du Jerusalem Center for Public Affairs et du Diaspora-Israel Relations Committee. Il a reçu le prix Mahatma Gandhi pour sa contribution au renforcement des liens israélo-indien.

Source Jerusalem Post (Israël)
Référence « The validation of Jewish anti-Zionism », par Isi Leibler, Jerusalem Post, 11 janvier 2006.

Résumé Le film d’Otto Preminger, Exodus, a généré une énorme sympathie pour l’État juif. A l’inverse, Munich de Steven Spielberg sape la justification morale d’Israël pour prendre des mesures dures pour défendre son peuple contre des assassins. Comme Preminger, Spielberg est juif et il suscite beaucoup d’admiration depuis son film La Liste de Schindler. Pourtant, ce fier réalisateur juif a réalisé un film en se basant sur un livre d’un auteur discrédité qui a mal représenté le Mossad. Pis, il a confié l’adaptation du script à Tony Kushner, un juif ayant vilipendé Israël et ayant déclaré que la naissance de l’État juif était une « erreur » ainsi qu’une « calamité morale et historique ».
Qu’attendait le réalisateur en confiant le scénario à un tel homme ? Qu’est-ce qui peut pousser un bon juif à prétendre qu’il y a une équivalence morale entre le Mossad et des terroristes criminels ? Dans un sens, il ne faut pas blâmer Spielberg mais les dirigeants israéliens qui, après Oslo, ont présenté Arafat comme un partenaire pour la paix et ont demandé aux juifs de la Diaspora de ne plus soutenir Israël car cela serait « contre-productif ». Cela a amené une image internationale d’un Israël agresseur, tendance renforcée par la haine de soi de la gauche israélienne, bien représentée par les pages éditoriales du quotidien Ha’aretz. Ces pages, diffusées en anglais, ont un effet dévastateur dans le monde.
Dans cette ère, des juifs comme Kushner, autrefois jugés marginaux, sont jugés comme respectables. Aujourd’hui, les juifs antisionistes ont pigon sur rue. La dernière conférence du Limmud en Angleterre en était l’illustration. La diaspora juive doit purger cet ennemi intérieur.
 

« Munich »

Auteur Bret Stephens


 Ancien rédacteur en chef du Jerusalem Post, Bret Stephens est éditorialiste du Wall Street Journal.

Source Wall Street Journal (États-Unis)
Référence « Munich », par Bret Stephens, Wall Street Journal, 1er janvier 2006.

Résumé Steven Spielberg assure que son film Munich n’est pas une attaque contre Israël. Comment expliquer que tant de défenseurs d’Israël se soient attaqués au film dans ce cas ?
Peut-être que le problème vient du choix de Steven Speileberg de faire appel à Tony Kushner pour rédiger le script. M. Kushner est un auteur opposé à l’existence d’Israël, prétend qu’Israël veut détruire l’identité palestinienne et il demande qu’Ariel Sharon soit inculpé comme criminel de guerre.
Peut-être que le problème vient de cette curieuse obsession des juifs avec l’argent dans le film.
Peut-être est-ce parce que le film est adapté du livre Vengeance de George Jonas. Ce livre est fondé sur les souvenirs d’un individu dont le Mossad a toujours nié l’appartenance à ses services.
Peut-être que le problème est que les personnes visées par les assassinats sont présentées comme des personnes charmantes (ce qu’elles étaient peut-être) qu’on ne les voit en tout cas jamais commettre le moindre mal, contrairement aux agents du Mossad.
Peut-être est-ce parce que certains Israéliens du film expriment des points de vue racistes sans préciser le contexte.
Peut-être que le problème vient d’une soi-disant différence présentée dans le film entre la morale juive et les actions d’Israël.
Peut-être que le problème vient du choix du héros, au début, incarnation parfaite du militant sioniste qui finit par quitter Israël pour Brooklyn et qui craint un assassinat par le Mossad. Peut-être vient-il de la présentation du massacre de Munich comme une réponse à la violence israélienne.
 

« Justice doit être faite »

Auteur Judea Pearl


 Judea Pearl est président de la Daniel Pearl Foundation et père de Daniel Pearl, journaliste du Wall Street Journal assassiné au Pakistan.

Source Los Angeles Times (États-Unis)
Référence « Justice must be done », par Judea Pearl, Los Angeles Times, 1er janvier 2006.

Résumé Quand Steven Spielberg parle de son film Munich, il utilise des mots comme « violence », « empathie », « vengeance » et « doute ». mais il manque un mot : « justice ».
Il y a quatre ans, quand le monde a réagit avec indignation au meurtre de mon fils, Daniel Pearl, ma famille et moi avons espéré que les nations civilisées se mobiliseraient pour se protéger contre les attaques visant les civils. Au lieu de cela, on a continué à voir des exécutions filmées et on a vu naître un relativisme moral selon lequel le terroriste des uns est le combattant de la liberté des autres. Le Munich de Spielberg ajoute à cette confusion et à ce relativisme moral.
L’histoire suit la trace d’un agent israélien chargé d’assassiner les Palestiniens responsables du meurtre de 11 athlètes israéliens lors des Jeux olympiques de Munich de 1972 et qui va abandonner sa mission avant la fin car ses doutes moraux s’accroissent. Se faisant, le réalisateur perd de vue la distinction entre le meurtre d’innocents et le fait de mener des assassins à la justice. C’est la même logique qui a prévalu après l’assassinat de mon fils chez ceux qui déploraient sa mort, mais ne comprenaient pas qu’on fasse si grand cas de la mort d’un journaliste en comparaison des morts en Afghanistan, en Palestine et en Irak.
Munich ne justifie pas la violence, mais oublie un principe important : la justice. Il faut se souvenir que deux des assassins de Munich courent encore et qu’ils doivent être traduits devant la justice.
 

« Ce que "Munich" laisse de côté »

Auteur David Brooks


 Ancien responsable de la page éditoriale du Wall Street Journal, David Brooks est éditorialiste au New York Times et au Weekly Standard.

Source New York Times (États-Unis)
Référence « What ’Munich’ Left Out », par David Brooks, New York Times, 11 décembre 2006.

Résumé Chaque génération d’Américain voit Israël à travers son propre système de référence. Autrefois perçu comme un pays menant une lutte acharnée pour sa survie contre un adversaire plus grand, après Munich de Steven Spielberg, Israéliens et palestiniens sont perçus comme deux peuples captifs d’un cycle de la violence. Lors des interviews promotionnelle, Steven Spielberg en appelle à la raison et à la discussion entre les deux peuples. Il veut faire de son film une démonstration de ce point de vue en filmant la perte de foi en Israël et dans le sionisme d’un agent du Mossad. Pour cela, Spielberg transforme la réalité pour la plier à ses propres conceptions.
Il commence par filmer une histoire ayant lieu en 1972, ce qui lui permet de ne pas tenir compte de la montée en puissance de l’islamisme. Dans le Proche-Orient de Spielberg, il n’y a pas de Hamas, de Jihad islamique, d’antisémites acharnés, de négationnistes comme le président iranien ou de personnes voulant exterminer les Israéliens. Mais surtout, Spielberg refuse de voir l’existence du Mal. Dans le Proche-Orient de Spielberg, la meilleure façon d’arriver à la paix est de renoncer soi-même à la violence. Mais dans le vrai Proche-Orient, la seule issue est de vaincre militairement les fanatiques. De même, en choisissant de décrire l’action des années 70, Spielberg décrit les prémisses de l’action antiterroristes israélienne, quand Israël pratiquait les assassinats ciblés et non pas les arrestations qui ont fait leurs preuves.
Contrairement à ce qu’affirme Spielberg, toutes les violences ne doivent pas être rejetées, il y a des violences constructives.
 
Réseau Voltaire


Samedi 14 Janvier 2006

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