Néolibéralisme et conséquences

Appréciation de la culture de l’opacité dans les échanges commerciaux et l’investissement à l’échelle internationale


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Vendredi 9 Décembre 2016 - 08:29 SECURITE DES MOYENS DE PAIEMENT 


Il faut savoir pour commencer par savoir que les pays à économie avancée comme le Japon ont reçu à un certain moment des blâmes de la part de la communauté internationale pour leur expansion et leur avancée fulgurantes, matérialisées par un excédent insolent de leur balance commerciale. Les instances à vocation planétaire et en particulier l’Organisation Mondiale du Commerce ont reproché à l’empire nippon de créer des barrières non tarifaires pour freiner l’accès à leur marché, notamment en multipliant les réglementations tatillonnes à l’importation et en changeant de façon soudaines les différentes normes y afférentes.


Hatem Karoui, Conseiller en Exportation
Mercredi 13 Octobre 2010

Appréciation de la  culture de l’opacité dans les échanges commerciaux et l’investissement à l’échelle internationale
Avant d’aller plus loin, il faut rechercher les raisons d’une telle
fermeture hermétique du marché japonais : L’une des raisons est évidente,
c’est la perte de la deuxième guerre mondiale, aggravée par la catastrophe
du largage des bombes nucléaires à Hiroshima et Nagasaki. Il s’en est suivi
une telle envie d’absoudre un tel affront et d’effacer l’impact du
désastre économique et social qui en avait résulté…
Le choc provoqué par la perte spectaculaire d’une guerre peut par
conséquent impacter une prise de position économique…mais aussi culturelle
d’enfermement sur soi ! Le Japon a aussi une tradition séculaire
d’enfermement provenant sans doute de sa géographie insulaire…
Qu’a donc fait le Japon pour satisfaire aux doléances de l’OMC ? Il a
bien sûr compris qu’il serait vain de continuer à adopter une telle
politique car il s’exposait à des sanctions et il avait commencé à mieux
informer sur marché, en l’ouvrant notamment aux pays en développement. Dans
ce sens il a pris en charge l’organisation de séminaires et de foires au
Japon pour mieux expliquer le mécanisme de fonctionnement du marché japonais,
il a accueilli des stagiaires en vue de leur faire entreprendre des études
sectorielles sur le commerce extérieur nippon, il a délégué des experts
partout dans le monde pour mieux expliquer la configuration de la demande
japonaise et les différentes règles et procédures d’accès au marché et il
a crée des facilités financières pour l’importation au japon de produits et
services étrangers et a même mis en place des organismes et des institutions
pour gérer ce flux vers le Japon, sans compter le système généralisé de
préférences mis en place au niveau de la réglementation tarifaire pour rendre
plus compétitifs sur le marché japonais  les produits représentant un
intérêt pour le consommateur japonais comme ceux appartenant à l’artisanat.

Une autre mesure prise par le Japon est d’ installer dans les pays
d’accueil appartenant aussi bien aux autres pays développés qu’aux pays
émergeants des bureaux publics et privés dont les attributions ne sont pas
seulement de mieux permettre aux entreprises japonaises d’investir localement
mais également de mieux acheter. Dans ce cadre les sociétés de commerce
international japonaises ont par exemple créé en Tunisie des filiales pour
surveiller l’emballage et le conditionnement des produits qu’ils achètent
comme le fameux thon frais dont la tête est découpée en leur présence selon
les normes qu’ils préconisent ! D’où que pour eux il ne s’agit pas
seulement d’aider les autres pays à vendre aux Japon mais aussi de permettre
aux entreprises japonaises de bien acheter, engageant de la sorte un partenariat
gagnant-gagnant.  
Mais cette posture d’ouverture n’est pas propre au Japon, d’autres pays
développés comme les Etats Unis et certains pays européens du nord comme la
Norvège et la Suède ont adopté une attitude parallèle et parfois de manière
plus systématique compte tenu de leur tradition confirmée d’économies
libérales.
Cependant il ne faut pas se tromper et croire que l’économie de ces pays
n’est pas protégée car en fait les mesures qu’ils prennent pour faciliter
l’accès à leurs pays servent bien souvent à dissimuler une protection
informelle de leur industrie. Souvent il faut d’ailleurs une crise majeure
pour les démasquer comme celle de l’acier aux Etats Unis…Les guerres
commerciales sont par conséquent implacable quand l’intérêt vital des
grandes puissances le requiert et les actions de représailles se suivent et se
succèdent…A condition de posséder les ressorts de la riposte
nécessaire…Les lois anti-dumping font partie de la panoplie des mesures à
prendre mais il en existe d’autres.
Il existe par contre un domaine où les pays occidentaux font davantage preuve
de transparence, c’est celui de l’attraction des investissements. Surs de la
solidité de leurs fondamentaux, ils savent qu’en fin de course, ils seront
toujours gagnants dans le partenariat.
La question qui se maintenant est de savoir si les pays émergents ont des
capacités similaires de riposte ? Malheureusement non et bien souvent, la
riposte se traduit par le louvoiement et la dissimulation.  
Les pays émergents n’ont pas bien sûr tendance comme les pays développés
à encourager l’importation…même dans un souci tactique ou stratégique…
Parmi les motivations des pays émergents de fermer partiellement leurs
marchés figure l’intérêt patriotique et national pour freiner la
concurrence apportée aux industries nationales en apportant à ces dernières
un répit en dépit de l’engagement officiel de libéraliser l’économie
devant les instances officielles comme celles de l’OMC, qui proscrit la
création de barrières non tarifaires pour interdire l’accès au marché en
détournant les règles préconisés de libéraliser l’économie des pays
membres.
Ces obstacles non tarifaires créés se matérialisent par exemple par
l’absence de communication claire des droits et taxes appliquées aux produits
qu’ils importent. Certains pays émergents comme l’Afrique du sud se plient
à la règle de la transparence et communiquent dans un site Web (SARS)
comportant un moteur de recherche les droits de douane et autres taxes qu’ils
appliquent aux produits commercialisés sur leur marché.
D’autres pays créent par contre les leurres et bien que se soumettant à la
demande du Centre de Commerce International (organe de l’OMC) de leurs
communiquer leurs statistiques et leur réglementation du commerce extérieur
ils n’en communiquent pas les détails.
Pour donner un exemple plus précis, si la Tunisie veut vendre de confiture à
la Libye, le CCI mentionne que le tarif (Nation la Plus Favorisée) acquitté
par l’importateur libyen est de 30% alors que le tarif préférentiel pour
appartenance à la zone de libre échange arabe est nul sans indiquer que les
produits agroalimentaires ne sont pas inclus dans l’accord de libre échange
induisant l’importateur libyen en erreur.
Pour y pallier il aurait fallu que la Libye fasse publier sur son site web
officiel sa réglementation tarifaire complète. N’y est-elle pas encore
préparée car elle n’a encore que le statut d’observateur à l’OMC ?
N’a-t-elle pas les compétences nécessaires pour informatiser les données de
son commerce extérieur ? Souhaite-t-elle masquer sa réglementation ? Peu
importe. C’est un exemple de camouflage recherché ou non recherché de la
réglementation du commerce extérieur dans les pays du Sud.
On peut imaginer de multiples scénarios : Notamment que la Libye est un pays
traditionnellement pétrolier qui n’a pas eu encore le temps de développer
son industrie locale, qu’étant encore observateur à l’OMC elle n’est pas
convaincue des règles mises en place par les instances internationale,
qu’étant un pays au revenu appréciable à cause du pétrole, elle n’a que
faire de s’imposer des restrictions… Ses responsables se mettent en conclave
et décident de dissimuler les règles d’accès au marché libyen en attendant
de se mettre à niveau…
Une autre raison justifie l’opacité surtout dans les pays de l’Afrique
subsaharienne, c’est le niveau élevé de corruption. A la place des droits de
douane que l’on acquitte aux autorités on substitue un règlement «
personnalisé ».  
Peut-être faudrait-il aussi pour éviter tout cela que le CCI fasse plus
d’efforts, et au lieu de faire publier sur son site des statistiques-miroir
(1) ou une information réglementaire tronquée, il vérifie mieux ses sources
et les mette à jour…
Un dernier point à signaler est que pour éviter la dissimulation et
connaitre la réalité du marché que l’on veut appréhender, le meilleur pour
les entreprises des pays émergeants est de s’implanter dans le pays
d’accueil et de juger par eux-mêmes des opportunités qui leur sont offertes
que cela soit dans les pays occidentaux récepteurs ou dans les pays du Sud. Là
il leur est plus loisible de coopérer avec les institutions gouvernementales de
promotion des importations et de l’investissement.
Mais en matière d’attraction des investissements, il existe encore une
différence au niveau du degré d’opacité du marché entre pays développés
et pays émergeants ou à économie fragile dominée par le secteur pétrolier.
Si pour les pays développés occidentaux les règles sont claires car leurs
fondamentaux sont solides, il existe une différence entre les pays émergeants
déjà engagés dans une politique de partenariat avec l’Union Européenne
comme la Tunisie, le Maroc, l’Egypte, l’Afrique du Sud et la Jordanie, qui
accueillent volontiers les investissements étrangers et les pays pétroliers
comme le Libye et l’Algérie qui sont avant tout soucieux de transférer la
technologie occidentale et font peu de cas du partenariat de sous-traitance à
faible valeur ajoutée.
Ils multiplient alors les obstacles non tarifaires et les réglementations
pour freiner et ralentir l’investissement qui ne leur convient pas.
Ont-ils raison de faire cela ? Sans doute que la manne pétrolière dont ils
disposent les protège provisoirement, mais la diversification du tissu
économique et industriel est nécessaire et ils doivent trouver les moyens de
la développer dans les plus brefs délais car le temps est toujours court…
(1)    Statistiques non communiquées par l’exportateur mais par
l’importateur. Ainsi bien souvent, le CCI rassemble et publie les statistiques
communiquées par l’UE et les autres pays occidentaux dans leurs échanges
avec les pays de l’Afrique subsaharienne car le département statistiques dans
le pays africain n’est pas encore outillé et compétent pour publier
lui-même ses propres statistiques du commerce extérieur. Mais ces statistiques
sont bien souvent soit approximatives soit fausses.


Mercredi 13 Octobre 2010


Commentaires

1.Posté par Ulysse le 14/10/2010 13:18 | Alerter
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L’implantation en Afrique pour les pays émergeants est nécessaire au développement du partenariat Sud –Sud. La Chine l’a compris et a entamé la poursuite de cet objectif, créant un maelstrom dans la région et entrainant les européens, colonisateurs attitrés du continent dans des calculs sordides pour l’éjecter et la faire disparaitre en tant qu’éventuel paramètre dans l’équation. D’où la création de la crise du Darfour et par la suite la création de la nébuleuse de l’AQMI en tant qu’éléments perturbateurs susceptible d’entrainer une intervention militaire des grandes puissances. Et les Etats Unis se sont joints à la partie…Mais la Chine tient bon. Maintenant les autres pays émergeants doivent prendre l’exemple de l’Empire du milieu en Afrique et y affirmer leur présence pour ne pas être exclus de la nouvelle donne. Jusqu’à présent l’économie mondialisée encourageait le partenariat régional dans l’idée de réaliser plus tard un maillage plus conséquent profitant à l’occident car structurellement les économies des pays en développement dépendaient de ce dernier mais un rééquilibrage s’opère et les grands axes de la coopération sous régionale avec leur modèle suranné s’effritent car ils sont contreproductifs pour la réelle intégration régionale. L’axe Cape Cairo par exemple ne peut marcher sans une reconsidération du rôle des pays émergeants et de la chine en particulier dans la croissance mondiale.

2.Posté par Nostradamus le 29/10/2010 23:36 | Alerter
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Il est certain que les nouveaux enjeux mettent en compétition les pays émergents de l’Afrique elle-même comme la Tunisie, l’Afrique du Sud et l’Egypte pour mieux se positionner sur le continent. Il existe un terrain particulier où la la compétition est ardue entre les pays émergents africains, celui de leur capacité à drainer des investissements étrangers. Ici certains facteurs comme la modernisation de l’infrastructure routière, la compréhension des ressorts culturels de l’investisseur, la création de zones industrielles et de zones franches sont des éléments importants pour faire valoir les atouts dont on dispose…Et l’implantation permet aussi à l’état non seulement de donner plus de visibilité du marché visé aux entreprises privées mais aussi de procéder à une politique de veille relative aux efforts du concurrent pour attirer les investisseurs. Quand par exemple le Maroc progresse dans la réduction des tracasseries et des formalités administratives, la Tunisie doit faire attention à ne pas stagner en la matière ou même parfois ajouter des formalités tatillonnes de nature à pousser l’investisseur à ne plus demander son reste et partir en catastrophe…En fait la transformation des mentalités est essentielle et représente une composante de poids pour pondérer les facteurs de réussite, et pour y arriver les instances de l’état doivent prendre de la distance, réfléchir et abandonner leurs vieux démons issus de la dépendance coloniale.

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