La médiatrice du journal Le Monde, Véronique Maurus, se félicite que l’élection d’Obama permette «d’appeler un noir un noir » sans «recevoir une volée de messages criant au racisme» (édition du 16 novembre 2008, page 18). Elle note, non sans satisfaction, que le journal a qualifié 21 fois le candidat démocrate de « noir » dans la seule édition du 6 novembre. Cette comptabilité est édifiante. On se doute que si Mc Cain avait été vainqueur, Le Monde n’aurait pas répété 21 fois que c’était un « blanc ». Sans que cela semble être le propos de son article, Véronique Maurus nous révèle indirectement que de nombreux lecteurs du Monde (dont le journal ne peut garantir la couleur...) protestent régulièrement contre cette tendance à vouloir imposer une vision raciale. Comment expliquer alors l’obstination du Monde à maintenir le cap coûte que coûte ? Les articles publiés dans ce journal sur ces questions sensibles laissent si peu transparaître les protestations à mon sens parfaitement justifiées de ces lecteurs indignés que je ne les aurais pas soupçonnées si Véronique Maurus n’en avait fait état. Pour ma part, j’ai pu observer, depuis trois ans, que Le Monde a adopté une ligne apparemment favorable à la fabrication, par des manipulateurs, d’une pseudo-communauté fondée sur le critère de la couleur et à la banalisation du racialisme. Le différentialisme renforce toujours la discrimination et va à l’encontre de tous les principes républicains auxquels les Antillo-Guyanais et les Afro-Français sont majoritairement attachés. La médiatrice du Monde appelle cela une «approche décomplexée». C’est ainsi que le journal donne l’impression d’avoir activement participé à la médiatisation du CRAN par une succession d’articles ouvertement promotionnels qui ne reflètent guère l’influence réelle de ce mouvement qui est absolument insignifiante. Le problème, c’est que malgré trois ans de promotion, le CRAN ne représente toujours rien et se trouve actuellement déchiré par des contestations internes qui pourraient avoir des prolongements judiciaires dont on peut douter que le quotidien rendra compte.

Les deux champions du communautarisme racialiste que certains journalistes du Monde présentent depuis trois ans comme représentants des "noirs" de France : MM. Tin et Lozès, lors du plus important meeting jamais organisé par le Cran qui avait rassemblé 14 manifestants devant France Télévisions en décembre 2006 (photo Régis Durand de Girard in blog FXG Paris Caraïbe)

Le livre de Pap N'Diaye, porté aux nues dans Le Monde autant qu'il était possible, au motif que Pap N'Diaye, co-fondateur du Cran, fut le propagandiste de Pétré-Grenouilleau (qui n'a jamais été judiciarement attaqué pour son travail d'historien, mais pour des déclarations intempestives) ne s'est guère vendu. Autre exemple : on a pu voir il y a quelques semaines Louis-Georges Tin, interviewé dans la série "grands entretiens" comme un penseur de référence. Pour être engagé dans un combat légitime contre l'homophobie ? Pour avoir publié en 2000 : Séquence bac français 2e 1re histoire littéraire, éditions Breal ? Non, parce qu'il valide l'idéologie de la "race" et parce qu'il serait représentatif des "noirs". De qui se moque-t-on ? Une journaliste du Monde a fait ouvertement, obstinément, aveuglément campagne pour l’introduction dans la statistique publique de critères racistes (elle se croyait excusée en les qualifiant d’ «ethniques», ignorant sans doute que ce mot a été inventé par Vacher de Lapouge). Dans cet esprit de confusion, on a même lu une légende s’étonnant que dans les années trente des Guadeloupéens fussent "vêtus à l’européenne" (voir Le Monde du 9 novembre 2007 et mon billet sur ce blog du 11 novembre 2007). Cette légende trahissait un sophisme sous-jacent : Tout noir est un sauvage. Les Guadeloupéens sont des noirs. Donc les Guadeloupéens sont des sauvages. D’un point de vue déontologique, c’est d’autant moins convenable que Le Monde n’a jamais donné aucune possibilité à ceux qui, comme moi, défendent une position différente, d’exprimer leur point de vue sur la question. J’ai pu l’éprouver plus d’une fois en voyant plusieurs de mes articles proposés à la page Débats-Opinions, mais contraires à la ligne éditoriale adoptée par le journal, systématiquement rejetés, ce qui, dans le cas d’espèce équivaut à une censure. C’était d’autant plus grave que même si Le Monde me qualifie parfois d’auteur «guadeloupéen» (un sauvage déambulant cul nu ?) je méritais a priori autant de respect que d’autres auteurs auquel Le Monde ouvre régulièrement ses tribunes, et que j’écrivais en qualité de membre de la commission nationale consultative des droits de l’homme (où j’étais le seul Afro-descendant à siéger). J’ai pu observer également qu’un journaliste des pages littéraires semblait me vouer une haine d'une extrême férocité que ne justifie pas le fait que je ne partage pas son admiration pour Napoléon. Ce que Véronique Maurus ne nous explique pas, c’est pourquoi son journal s’obstine à mettre une majuscule au substantif «noir». On sait que la majuscule ne se justifie que pour les substantifs désignant un peuple homogène. Je ne savais pas qu’un fils de ministre de la Françafrique et un rmiste de Villers-le-Bel étaient du même peuple, eussent-ils la même couleur. Quant aux contorsions pour expliquer qu’Obama, qui ne fait pas partie du groupe homogène des Afro-Américains, est bien un « noir », elles ne sont guère convaincantes. Une négrification d’autant plus déplacée que l’intéressé s’est défendu de faire campagne sur ce thème. Non le choix typographique du Monde n’a rien d’anodin. Mais puisque ce journal se veut si "décomplexé", qu’il nous révèle donc, dans un prochain numéro, combien de ses collaborateurs sont des «noirs» ? Car si Le Monde veut donner des leçons de discrimination positive fondée sur la "race" qu'il commence donc par appliquer des quotas dans son journal et, pourquoi pas, dans sa direction.