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Alors quand les banques vont-elles accorder des prêts ?


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Jeudi 30 Octobre 2008

New York Times, Joe Nocera, 24 octobre 2008


    « Récemment, Chase a reçu 25 milliards de dollars en financement fédéral. Quels effet cela aura-t-il sur le marché des affaires et est-ce que ça va changer la stratégie de notre politique de prêts ? »


    C’était le 17 octobre, quatre jours seulement après que le directeur général de JPMorgan Chase, Jamie Dimon, ait accepté l’injection d’un capital gratuit de 25 milliards de dollars du gouvernement des États-Unis, qu’un employé de la banque a posé cette question. Elle est venue vers la fin d'une téléconférence avec un employé unique, largement consacrée à l’engrènement de certaines divisions de JPMorgan avec sa nouvelle acquisition, Washington Mutual.


    Laquelle, bien sûr, a aussi été réalisée grâce au gouvernement fédéral. Noël est arrivé tôt chez JPMorgan Chase.


    Le cadre de JPMorgan, qui chapeautait l’employé lors de la téléconférence, n'a pas hésité à répondre à une question très sensibles politiquement, compte tenu des événements de ces dernières semaines.


    Étant donné la manière d’utiliser la première tranche des 700 milliards de dollars de l'argent du renflouage, décidée par le Ministre des Finances, Henry M. Paulson Jr, pour recapitaliser les banques au lieu de racheter leurs titres toxiques, qu'il a ensuite vendu au Congrès et au peuple étasunien comme la meilleure et la plus rapide façon de faire que les banques recommencent à prêter, et aide à empêcher que cette récession devienne beaucoup, beaucoup plus grave.

    En fait, le sale petit secret du secteur bancaire est qu'il n'a pas l’intention d'utiliser cet argent pour accorder de nouveaux prêts. Mais ce cadre a été le premier initiés à s’être montré suffisamment indiscret pour le dire à portée de voix d'un journaliste.


    (Il n’en avait pas l’intention, bien sûr, mais j’ai obtenu l’enregistrement de la ligne ouverte et l’ai écouté.)


    « Les vingt-cinq milliards de dollars vont évidemment aider les gens qui se débattent plus que Chase, » a-t-il commencé. « Ce qui nous fait penser que ça va peut-être nous aider à être un peu plus réactifs dans l'acquisition opportuniste de certaines banques qui sont encore en difficulté. Et je ne feindrais pas devoir faire des acquisitions supplémentaires juste à cause de la fusion de Washington Mutual et Bear Stearns. Je crois que nous aurons quelques grandes occasions de nous agrandir dans cet environnement, et je pense que nous avons la possibilité d'utiliser ces 25 milliards de dollars de cette façon, et évidemment de compter sur eux au cas où la récession se transformerait en dépression ou quoi qu’il puisse arriver dans l'avenir, vous savez, nous les avons en tant que secours. »


    Lisez cette réponse autant de fois que vous le voulez. Vous n’y trouverez pas un seul mot sur l'octroi de prêts pour aider l'économie étasunienne. Au contraire, à un autre moment de la conférence, le même cadre (que je ne puis nommer puisqu'il ne savait pas que je pourrais l'écouter) a expliqué que « le prêt d’argent est en forte baisse. » Ajoutant : « Nous pensons que le volume des prêts continuera à baisser car nous continuons à resserrer le crédit pour refléter pleinement le coût élevé des prix dans ce secteur. » En d'autres termes JPMorgan n'a pas l'intention d’ouvrir le robinet du prêt.


    Il commence à poindre que l'un des arguments clés du trésor public en faveur du programme de recapitalisation, c’est-à-dire, de permettre aux banques de recommencer à prêter, est un paravent pour sa version d’armes de destruction massive.


    En fait, le trésor public souhaite que les banques s’achètent les uns les autres, et il se sert de son pouvoir d'injecter des capitaux pour forcer une nouvelle et déchirante salve de consolidations bancaires. Comme l’a signalé Mark Landler dans le New York Times plus tôt cette semaine, ils nous disent désormais que « non seulement le gouvernement veut stabiliser ce secteur, mais aussi le réorganiser. »


    En fait, l’article de M. Landler notait que le trésor public voulait même canaliser l'argent de certains renflouages pour aider des banques à racheter d'autres banques. Et, dans une démarche quasi inaperçue, il a récemment mis en place un nouvel allégement fiscal pour le secteur bancaire, se chiffrant en milliards et qui n'a qu'un seul but : encourager les fusions bancaires. En tant qu’expert en fiscalité, Robert Willens, a dit : « Ça n’aurait pu être plus clair qu’en passant une annonce. »


    Vendredi a fourni le premier élément de preuve de la réalité de ce projet. PNC a annoncé qu'elle rachète National City, une acquisition qui sera grandement aidée par le nouvel allégement fiscal. Il lui permettra de déduire immédiatement toute perte dans les registres de National City.


    Dans le cadre du marché, la banque PNC a aussi puisé 7,7 milliards de dollars dans les fonds de renflouage, donnant au gouvernement ses actions préférées en retour. Au moins un peu des 7,7 milliards de dollar seraient allé à National City si le gouvernement avait jugé utile de la sauver. En d'autres termes, le gouvernement donne à PNC, en récompense de son rachat de National City, l'argent qui serait allé autrement à National City.


    Je ne sais pas pour vous, mais je commence à voir ça comme s’il s’agissait de la vente d’une facture de marchandises.


    Les marchés ont connu une autre rude journée vendredi. Les marchés asiatiques se sont écrasés. L'Allemagne et l'Angleterre ont baissé de plus de 5 pour cent. Dans les heures précédant l’ouverture des marchés étasuniens, tous les signes suggéraient que ce serait encore le pire jour de crise. Le Dow a dévissé de plus de 400 points dès l'ouverture, mais heureusement ça ne s’est pas aggravé.


    Quantité de raisons font que les marchés restent instables : craintes de récession mondiale, entreprises offrant de pauvres prévisions de profit pour le reste de l'année, et incertitude constante due à la crise du crédit. Mais une autre raison, désormais je pense, est que les investisseurs ne font plus confiance au trésor public. D'abord, on a dit qu'il y aura 700 milliards de dollars pour racheter les titres empoisonnés adossés à des dettes. Ensuite, comme l’a divulgué M. Paulson au Times cette semaine, il s'avère qu’avant même l’adoption du projet de loi à la Chambre, il a demandé à son personnel de commencer à élaborer un plan d'injection de capitaux. Craignant la réaction du Congrès, il n'a pas parle de son changement d’avis à Capitol Hill.


    Maintenant, il a encore changé de braquet, et la direction du trésor public utilise l'argent pour forcer les acquisitions de banques. L'allégement fiscal furtif n'inspire pas non plus précisément de la confiance. (Et ça n’entre même pas dans les justifications après coup, moins que crédibles, pour avoir laissé disqualifier Lehman, ce qui apparaît comme la pire erreur faite par le gouvernement dans la crise.)


    Jeudi, lors d'une audition du comité sénatorial des banques, le président, Christopher J. Dodd, un démocrate du Connecticut, a pressé Kashkari Neel, jeune fonctionnaire du trésor public, fer-de-lance du plan de renflouage de M. Paulson, sur la réticence des banques à accorder des prêts. Comment, a demandé le sénateur Dodd, le trésor public va-t-il assurer que les banques se servent de leurs nouveau capitaux gouvernementaux pour accorder des prêts, sans qu’ils soient mendiés avec emphase ? »


     « Nous partageons votre point de vue, » a répondu M. Kashkari. « Nous voulons que nos banques prêtent à nos communautés. »


    Sénateur Dodd : « Insistez-vous pour cela ? »


    M. Kashkari : « Nous insistons pour cela dans toutes nos actions. »


    Mais ils ne font rien de ce genre. À la différence du gouvernement britannique, qui rend le prêt obligatoire en échange des apports de capitaux, notre gouvernement semble avoir peur de faire quelque chose, à part implorer. Et, dans cet environnement, ces appels tombent dans des oreilles de sourds.


    Oui, il existe des cas où une banque en difficulté doit être reprise par une autre banque plus solide. Étant donné que le gouvernement fédéral assure les dépôts, il a un intérêt permanent à ce que ces fusions se déroulent dans les meilleures conditions possibles. Personne ne peut dire que ce genre d’affaire ne devraient pas exister.


    Mais Citigroup tombe maintenant sans doute dans la catégorie des banques en difficulté, et personne ne semble plaider pour qu'elle soit prise en charge. Elle est dans la catégorie des « trop grosses pour choir, » et le gouvernement fera en sorte qu’elle retombe sur ses pieds, peu importe combien d'argent il faudra. L'une des raisons pour lesquelles M. Paulson a forcé l’ensemble des neuf plus grandes banques à accepter l'argent du gouvernement était de masquer le fait que certaines d'entre elles étaient beaucoup plus faibles que les autres.


    Longtemps nous avons été un pays qui tenait beaucoup à la diversité de ses banques ; jusque dans les années 80, en fait, il n'y avait pas du tout de banque nationale. Si le trésor public utilise le projet de loi de renflouage pour transformer le système bancaire en oligopole d’institutions nationales géantes, il est difficile de voir comment ça pourra aider quiconque. Sauf, bien sûr, les banques géantes déclarées vainqueurs par le trésor public.


    JPMorgan sera l'une des gagnantes, et à juste titre finalement.


    M. Dimon dirigeait si bien la société durant la bulle immobilière qu’il n’est pas trop accaparé par les problèmes qui ont désemparé des concurrents comme Citigroup. Le gouvernement lui a remis Bear Stearns et Washington Mutual, car il était assez fort pour avaler les deux institutions sans même un rot.


    De tous les dirigeants de banques présents dans cette salle avec M. Paulson, aucun n’avait autant besoin de l'argent du gouvernement que M. Dimon il y a quelques semaines. Le porte-parole d’une société m'a dit, « Nous avons accepté l'argent pour le bien de l'ensemble du système financier. » Il a ajouté que JPMorgan pourrait utiliser l'argent pour le bien des clients et des actionnaires. Nous sommes formés pour essayer d’accorder des prêts que les gens puissent rembourser. »


    Personne ne dit de faire des prêts que les gens ne peuvent pas rembourser. Ce que je veux dire, c'est que M. Dimon a pris les 25 milliards de dollars à condition que sa banque recommence à faire des prêts. Il y a beaucoup d’entreprises petites et moyennes qui sont en train d'étouffer car elles n'ont pas accès aux capitaux, et qui sont parfaitement capables de rembourser l'argent. Comment faire un programme de prêts pour elles, M. Dimon ?


    Jeudi en fin d’après-midi, j'ai rattrapé le sénateur Dodd, et lui ai demandé ce qu'il allait faire si la situation du prêt ne s’améliorait pas. Il a répondu :

    Tout ce que je peux vous dire, c'est que nous allons avoir les banquiers ici, probablement dans quelques semaines, et nous aurons une conversation très franche. 

    S'il s'avère qu’ils thésaurisent, vous aurez une révolution sur les mains. Les gens vont être livide de rage sur le fait que les impôts vont gonfler leurs poches au lieu de servir à de bonnes choses. Il y aura du chambard.


    Je l'espère.



Original : www.nytimes.com/2008/10/25/business/25nocera.html
Traduction libre de Pétrus Lombard pour Alter Info



Jeudi 30 Octobre 2008


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