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Allocution prononcée le 10 mai 2010 à Paris, place du général-Catroux, pour l’abolition de l’esclavage.


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Claude Ribbe
Jeudi 13 Mai 2010

Allocution prononcée le 10 mai 2010 à Paris, place du général-Catroux, pour l’abolition de l’esclavage.
Pour la cinquième année consécutive, après un long silence, la France commémore l’abolition de l’esclavage qu’elle avait institué dans ses anciennes colonies, ainsi que l’abolition de la traite humaine qui alimentait ce système. D’aucuns ne comprennent pas ou feignent de pas comprendre le sens de cette commémoration. Comme si elle ne concernait qu’une partie de la population : celles et ceux qui, Français ou non, ont un nombre d’ancêtres assez significatif pour que l’esclavage laisse encore dans leur vie d’aujourd’hui des traces économiques, sociales, culturelles, morales. C’est vrai que ceux là, qui sont tout de même plusieurs millions en France, dix millions en Haïti, ce qui n’est pas négligeable, sont les premiers concernés. Les Haïtiens, par leur révolution, ont su dès 1802, créer une identité nouvelle et n’ignorent rien de leur histoire. Pour les autres, les Français, dont les ancêtres ont subi le rétablissement de l’esclavage, après une première abolition, la commémoration d’aujourd’hui contribue à réinventer une identité que l’histoire leur a volée. Car, après l’abolition de 1848, l’esclavage a été nie. Comme si tout avait été définitivement réglé et qu’on pouvait tourner la page. Mais comment construire son avenir, sans savoir qui l’on est ni d’où l’on vient ? Si une partie des Français porte encore aujourd’hui les stigmates de l’esclavage, les autres aussi sont concernés. Non pas que les Français qui ne sont pas descendants d’esclaves doivent se repentir de l’esclavage qu’ont subi les ancêtres de certains de leurs compatriotes. Mais simplement parce que l’esclavage a laissé une trace profonde qui concerne la nation tout entière. Tant que cette trace n’est pas complètement effacée, tant que l’esclavage, qui en est la cause, est encore occulté, il faut que l’esclavage soit commémoré parce qu’il produit encore ses effets. Et tant qu’il produit encore ses effets, il n’est pas complètement aboli. Quelle est cette trace ? Il n’est pas bien difficile de l’apercevoir au quotidien. Rien de moins que la discrimination qui frappe encore celles et ceux dont la couleur de peau rappelle les esclaves de jadis. Pas seulement les descendants d’esclaves, les Antillais, les Guyanais, les Réunionnais, mais tous les Africains aussi. La trace de l’esclavage, encore évidente au XXIe siècle, s’appelle le racisme. Il ne s’agit pas d’une fatalité qui serait propre à la nature de l’homme, comme les racistes, qui ne croient pas à la perfectibilté de cette nature, le soutiennent volontiers. Le racisme c’est une conséquence logique de la pratique dont nous commémorons aujourd’hui l’abolition. Pour justifier cette pratique, l’Europe avait en effet déclaré que les victimes de l’esclavage étaient prédéterminées à l’esclavage par la couleur même de leur peau. Ainsi, tout Africain était un esclave potentiel. Pour beaucoup de nos contemporains, cette idée absurde a survécu. Elle transparaît dans le langage, où le « nègre » est un esclave et rien de plus. Pour les Français de l’outre mer ou originaires d’Afrique, cela veut dire : discriminations au logement, à l’emploi, à l’éducation, à la participation à la vie politique, pour les autres, discrimination pour entrer et demeurer sur le territoire français, pour accéder à la nationalité française, Et c’est l’esclavage, oui, c’est l’esclavage, pourtant aboli depuis cent soixante deux ans qui est responsable de tout cela. Comment, dans ces conditions, pourrions-nous refuser d’en parler ? Le déni n’est-il pas une manifestation du racisme, donc encore un effet de l’esclavage ? Ce n’est pas la crainte d’une prétendue repentance qui explique le silence et l’occultation, c’est la croyance que l’esclavage concernerait principalement des hommes et des femmes qui sont méprisés par une certaine élite : politique, économique, culturelle. Leur histoire n’intéresse pas cette élite. Pourtant le racisme est un fléau dont tout le monde peut-être victime. L’esclavage a produit le racisme. Le racisme était d’abord la justification de l’esclavage. Il est devenu ensuite le principe de la colonisation et ce sont toutes les populations colonisées, et plus seulement les Africains subsahariens, qui en ont été victimes. Il s’est enfin appliqué à d’autres populations qui n’avaient jamais été mises en esclavage, qui n’avaient pas été colonisées, mais qui étaient traditionnellement à l’écart, méprisées, persécutées. On a fait de ces populations des « races ». La suite est connue. Oui, tout le monde a été ou peut être un jour victime du racisme. On le voit : si la liberté générale a bien été proclamée d’une manière définitive en 1848, l’égalité et la fraternité sont encore des buts à atteindre plus que le reflet de la réalité quotidienne. Une nation sans égalité, sans fraternité est-elle une nation prospère, une nation heureuse, une nation capable de faire l’admiration des autres nations, capable de solidarité vis-à-vis de nations moins favorisées, surtout quand ces nations sont d’anciennes victimes, comme Haïti, comme les pays d’Afrique dont on célèbre l’anniversaire de l’indépendance ? Certainement pas ! La commémoration de l’abolition de l’esclavage est une manière de parvenir à une autre abolition, bien nécessaire, celle du racisme, et de satisfaire ainsi à l’exigence de liberté et d’égalité inscrite parmi les principes fondateurs, donc fondamentaux de la nation française. Pour commémorer l’abolition de l’esclavage et lutter ainsi contre le racisme, nous avons choisi d’honorer un héros de l’histoire de France, le général Alexandre Dumas. L’occultation de son existence, y compris dans la personne de son fils, le fait qu’il soit privé de récompenses symboliques depuis plus de deux cents ans, montre que le racisme ne frappe pas que les humbles. C’est le signe qu’il est vivace et dangereux. Nous avons besoin, nos enfants ont besoin, la France a besoin, de pareils héros, qui ont triomphé non seulement des ennemis de la République, mais aussi de l’esclavage et qui, par notre combat, triompheront un jour du racisme. Le monument au général Dumas érigé ici, place du général-Catroux, outre qu’il est le seul mémorial parisien à la fois significatif et accessible, puisqu’il est sur la voie publique, nous permet désormais, à travers le général Dumas, de rendre hommage à tous les esclaves, à toutes les victimes du racisme, à toutes celles et à tous ceux qui luttent, chacun à leur manière, pour son abolition, c'est-à-dire, à la majorité des Français. Cette cérémonie est donc juste et nécessaire, comme est juste et nécessaire le combat que nous menons pour la défense de la liberté, l’avènement de l’égalité et de la fraternité entre Français et, d’une manière générale, entre tous les êtres humains.

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Jeudi 13 Mai 2010


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