Politique Nationale/Internationale

Algérie : réunion, Gouvernement – Walis les 16/17/ février 2020: quelle stratégie pour synchroniser la gouvernance


ALGERIE


mebtoul abderrahmane
Dimanche 16 Février 2020

UNE NOUVELLE POLITIQUE D 'AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE

Algérie : réunion, Gouvernement – Walis les 16/17/ février 2020: quelle stratégie pour synchroniser la gouvernance centrale et locale et favoriser le développement loin des mesures bureaucratiques?


Professeur des Universités, expert international Dr Abderrahmane MEBTOUL


Le gouvernement doit tenir une réunion avec les walis, les 17/18 février 2020 qui doit poser la problématique des nouvelles missions aux collectivités locales en ces moments de grandes tensions à la fois géostratégiques à nos frontières, sociales et budgétaires Et comment ne pas rappeler des dizaines de réunions Gouvernement- Walis depuis des décennies, mais avec un impact très mitigé où les mêmes comportements bureaucratiques paralysants ont été reproduits sur le terrain contredisant les résolutions. Cette présente analyse qui reprend les grands axes que j’ai tracés dans une contribution parue en 2004 (1) que certains redécouvrent en 2020, pose la problématique d’une nouvelle politique de l’aménagement du territoire inséparable d’une réelle décentralisation selon une vision stratégique. Car il s’agit d’éviter des replâtrages de court terme, avec des incidences négatives, économiques, sociales et sécuritaire où plus de 70% de la population algérienne vit dans des villes dont une grande partie a connu une urbanisation anarchique


1-Pour une nouvelle politique de l’aménagement du territoire


1.1-L'Algérie s'étend sur 2 380 000 km2 dont 2100 000 km2 d'espace saharien. La densité paraît faible, mais les 9/10e de la population sont concentrés sur les terres du Nord. Sa situation géographique est stratégique : en face de l'Europe, côtoyant la Tunisie, l'Atlantique Maroc/Mauritanie, la Libye, le Mali et le Niger comme point d'appui de l'Afrique sub-saharienne. L’objectif stratégique horizon 2010/2020 est d’éviter que plus de 95% de la population vive sur moins de 10% du territoire et avoir une autre vision de l’aménagement de l’espace. Nous assistons, hélas, à des constructions anarchiques avec le manque d’homogénéisation dans le mode architectural, un taux accéléré d’urbanisation avec des bidonvilles autour des grandes villes, avec le risque de l’extension de nouvelles formes de violence à travers le banditisme et de maux sociaux comme la drogue et la prostitution. Il suffit de visiter toutes les wilayas, sans exception, pour constater des routes, des infrastructures et des ouvrages d’art qui ont coûté à la collectivité nationale plusieurs dizaines de milliards de centimes inutilisables en cas d’intempéries, des routes éventrées à l’intérieur des villes où la plupart des autorités se complaisent uniquement aux axes principaux visités par les officiels, des ordures qui s’amoncellent depuis des années à travers la majorité des quartiers périphériques, des logements que les citoyens refont, surtout les secondes œuvres avec des VRD non finies, des espaces verts qui font place à du béton, la construction d’unités dangereuses et polluantes près des villes, des sites touristiques, près des côtes, contenant plusieurs centaines de lits et qui déversent à la mer leurs déchets sans compter le manque d’eau pour l’hygiène. Cela témoigne d’actions urgentes dont la responsabilité ne concerne pas seulement un département ministériel, mais plusieurs ainsi que les collectivités locales.


1.2.-De ce fait, l'aménagement du territoire plaçant l'homme pensant et créateur au cœur du développent doit réaliser un double objectif, d’une part, une société plus équilibrée, plus participative et solidaire, d’autre part, la croissance au service de l’emploi. L’aménagement du territoire devra répondre aux besoins des populations en quelque lieu qu'elles se trouvent et assurer la mise en valeur de chaque portion de l'espace où elles sont installées. Il ne s'agira pas d'opposer le rural à l’urbain, les métropoles aux provinces, les grandes villes aux petites mais d'organiser leurs solidarités à travers des réseaux rénovés qui tiennent compte des mutations, tant internes que de l'économie mondialisée en favorisant une armature urbaine souple à travers les réseaux par la fluidité des échanges, la circulation des hommes, des biens, les infrastructures et les réseaux de communication. Cela implique une nouvelle architecture des villes, des sous-systèmes de réseaux mieux articulés, plus interdépendants bien que autonomes dans leurs décisions, évitant le gigantisme. Elle devra forcément se situer dans le cadre d'une stratégie plus globale dépassant l’espace Algérie. Cela doit inclure la protection de l’environnement, impliquant un nouveau modèle énergétique pour un développent durable qui protège les générations futures, pour éviter la destruction dans un avenir proche de notre planète, et qui avec l’eau (cet or bleu) seront l’enjeu du XXIe siècle. Cette action devra s'inscrire dans le cadre de l'espace africain, maghrébin, et euro-méditerranéen qui est l'espace naturel de l'Algérie.


2- Pour des collectivités locales manager rapprochant l’Etat du citoyen


2.1-Le siège de la commune est le premier repère pour le citoyen dans son jugement sur la grandeur de l’Etat républicain. Il est bien évident que l’Etat de délabrement de la bâtisse, l’absence d’entretien des espaces ouverts, la tenue des fonctionnaires, le mauvais accueil, comme c’est souvent le cas, ne peuvent que renvoyer à une image négative de la perception de la notion d’Etat. Dans la pratique quotidienne, que ce soit pour un extrait de naissance ou tout autre document, le citoyen mal renseigné sur ses droits et livré à lui-même dans le labyrinthe de l’administration est ballotté de service en service. Quand ce type d’attitude devient répétitif, cela génère une forme de divorce entre le citoyen et l’Etat et souvent une perte de confiance pas seulement imputable aux présidents d’APC dans la mesure où actuellement le véritable pouvoir local est concentré aux mains des walis et chefs de daïra. Cellule de base par excellence, la commune algérienne est régie par des textes qui ne sont plus d’actualité, autrement dit frappés de caducité. L’implication du citoyen dans le processus décisionnel qui engage l’avenir des générations futures, est une manière pour l’Etat, de marquer sa volonté de justice et de réhabiliter sa crédibilité en donnant un sens positif à son rôle de régulateur et d’arbitre de la demande sociale. L’Etat soucieux de sa crédibilité devra se manifester par sa présence et sa disponibilité d’écoute au niveau des communes, voire des quartiers et centres ruraux, où ses actions doivent être les plus perceptibles. La commune devra donc assurer sa mutation profonde, pour devenir un espace de convivialité qui intègre dans sa démarche l’action citoyenne du mouvement associatif. Après la “commune providence” du tout-Etat, l’heure est au partenariat entre les différents acteurs de la vie économique et sociale, à la solidarité, à la recherche de toutes formes de synergie et à l’ingénierie territoriale pour une valeur ajoutée réelle et non se limiter à ces faux emplois où l’on refait annuellement les trottoirs. La commune doit apparaître comme un élément fédérateur de toutes les bonnes volontés et initiatives qui participent à l’amélioration du cadre de vie du citoyen, et au marketing de l’espace.

2.2-En tant que responsable de la politique économique et animateur-régulateur, l’Etat aura vraisemblablement à se dessaisir des charges d’administration en rapport avec la gestion des territoires des communes, pour permettre à ces dernières d’assumer pleinement leurs missions de managers de leurs espaces respectifs. A la commune pourront sans doute échoir les charges de production des services publics de base, de l’organisation du cadre de vie et de l’aide sociale de proximité. La commune devra être ainsi un service public de proximité, nécessairement attentif à l’écoute du citoyen et du mouvement associatif. En relation avec la responsabilité d’administration de son territoire, la commune aura aussi la charge directe de promouvoir et d’animer le développement de cet espace. Ce volet concerne certainement la mission la plus novatrice qu’aura à assumer la commune, dans la mesure où elle aura à s’assimiler à une entreprise rompue aux techniques modernes de management et capable de générer des richesses à partir de la valorisation de ses ressources propres pour le financement de son développement économique et social.

2.3-Le double objectif recherché serait la création de ressources fiscales et la promotion de l’emploi de proximité. Avec le nouveau système politique, la commune devra se constituer en centre d’apprentissage de la démocratie de proximité, qui la tiendra comptable de l’accomplissement de ses missions. La commune doit se préparer à une mutation radicale devant faire passer du stade de collectivité locale providence gestionnaire des concours définitifs de l’Etat, à celui de collectivité entreprise responsable de l’aménagement, du développement et du marketing de son territoire. La réforme de la fiscalité locale devra prendre en charge les ressources propres dont doivent disposer les communes, selon les compétences qui leur seront attribuées, ainsi que les péréquations qui permettront d’aider les moins favorisées d’entre elles. L’image de la commune-manager repose sur la nécessité de faire plus et mieux avec des ressources restreintes, évitant le gaspillage ce qui exclut obligatoirement le pilotage à vue, au profit des actions fiabilisées par des perspectives de long terme et les arbitrages cohérents qui implique la rigueur dans l’acte de gestion.


3.-Pour de grands pôles économiques régionaux


Les grands axes de quatre à cinq grands pôles régionaux ont été développés dans l’ouvrage collectif pluridisciplinaire sous ma direction « les enjeux stratégiques de l’Algérie : réformes et démocratie Casbah Editions (2004 Alger 2 volumes 500 pages), reprenant une analyse réalisée en 1980 faisant suite à ma visite aux USA à Washington, New York, et notamment en Caroline du Sud où lors d’une séance de travail, j’ai pu constater l’expérience réussie de Greenville combinant l’action de l’Université » de Clemson- La Nation Bank, les entreprises et la régulation de la chambre de commerce et du gouverneur sans s’immiscer dans le choix d’investissement des entrepreneurs


3.1.-La structure qui me semble la plus appropriée pour créer ce dynamisme, ce sont les chambres de commerce régionales qui regrouperaient l’Etat, les entreprises publiques/privées, les banques, les centres de formation professionnelle, et les universités/centres de recherche. L’action des chambres de commerce, lieu de concertation mais surtout d’impulsion pour la concrétisation de projets devrait s’articuler autour de cinq objectifs : premièrement, dynamiser les infrastructures de base et préparer des sites confiés à des agences de promotions immobilières publiques et privées. Actuellement nous constatons que les anciennes zones industrielles qui ont couté des milliards de dinars servent d’entrepôts commerciaux alors que le gouvernement se propose d’en créer de nouvelles souvent sans utilités (routes, téléphones, électricité gaz ect.) ; deuxièmement, mettre à la disposition des sociétés une main-d’œuvre qualifiée grâce à un système de formation performant et évolutif allant des ingénieurs, aux gestionnaires, aux techniciens spécialisés et ce, grâce aux pôles universitaires et des centres de recherche, évitant ce mythe d’une université par wilaya. Exemple la chambre de commerce offrirait un poste pour 10 candidats en formation, les 90 % non retenus ne constituant pas une perte pour la région. L’apprentissage en dynamique est un capital humain pour de futures sociétés qui s’installeraient dans la région, une société installée payant des impôts qui couvriront largement les avances en capital de la formation avancée. Cette formation devra être adaptée pour tenir compte de la norme qualité standard, le label qualité étant exigé pour tout exportateur en direction de la CEE, des USA ou de l’Asie. Ainsi, nous assisterons à une symbiose entre l’université et les entreprises. Car les sociétés ont besoin de l’accès aux chercheurs, aux laboratoires pour les tests d’expérimentation et l’université a besoin des sociétés comme support financier et surtout d’améliorer la recherche. Les étudiants vivront ainsi la dialectique entre la théorie et la pratique; troisièmement, favoriser des entreprises souples reposant sur la mobilité et les initiatives individuelles, l’ensemble des dispositifs pour l’emploi des jeunes ayant eu un résultat mitigé ; quatrièmement, à travers cette structure régionale animée par la chambre de commerce, lieu de concertation et de dialogue, intensifier les courants d’échange à travers différentes expériences entre les régions du pays et l’extérieur et l’élaboration de tableaux de prospectifs régionaux, horizon 2020/2025/2030. Cette symbiose entre ces différentes structures et certains segments de la société civile doit aboutir à des analyses prospectives fondamentales, à un tableau de bord d’orientation des futures activités de la région et cinquièmement, comme je le rappelais dans une contribution parue courant 2010 (voir www.google.com 2010), garante de la sécurité de nos frontières, ne plus considérer les zones frontalières sous l’angle de l’assistanat mais dans le cadre d’un développement global profitable aux régions limitrophes afin de lutter contre la sphère informelle dont la contrebande. Dans ce cadre, je rappelle mes propositions de la concrétisation du programme spécial au profit des wilayas frontalières, d’une nouvelle loi relative aux collectivités locales et la création d’une instance nationale pour la réhabilitation des zones frontalières. Mais l’Algérie ne pouvant supporter à elle seule toutes les dépenses, devant les mutualiser. La problématique qui se pose dans les zones frontalières, qui englobent 57 communes et 12 wilayas, est le fait d’être excentrées par rapport au reste du territoire national. Le cadre juridique devrait prendre en charge les spécificités des régions frontalières pour la promotion et le développement socio-économique devrait s’articuler autour de quatre axes : premièrement, la mise à niveau et l’équité des territoires en matière d’éducation, de formation, de santé ; deuxièmement, l’introduction du numérique, la diversification économique et du développement local, à travers notamment le renouveau agricole et rural ; troisièmement, la mise en synergie des territoires en renfonçant les infrastructures de transport (chemin de fer, réseaux routier) et développer les énergies renouvelables notamment dans le sud et les grands plateaux , rentrant dans le cadre de la transition énergétique ; quatrièmement, l’organisation et le rééquilibrage du réseau aggloméré en respectant l’environnement et le développement durable, les universités/centres de recherche devront apporter leur contribution au développement territorial.


3.2.-Ces axes directeurs devraient s’inscrire dans le cadre d’une véritable décentralisation qui renforcera le rôle de l’Etat régulateur, l’efficience économique et contribuera à l’unité nationale par la cohésion sociale régionale et intégrer progressivement la sphère informelle qui représente plus e 50% de la superficie économique s’installant autour de la périphérie des villes, qu’aucun gouvernement de puis l’indépendance malgré ses discours, n’a pu intégrer. Cette situation peut avoir des conséquences graves, avec la « bidonvilisation » tant sur le plan sécuritaire qu’économique avec un coût que supporte le trésor public. De ce fait, la mise en place de pôles régionaux économiques doit avoir pour conséquence un meilleur gouvernement réel ressenti comme tel par la population, l’argument de base résidant dans la proximité géographique. Cela signifie qu’il existe une solution locale aux problèmes locaux et que celle-ci est nécessairement meilleure qu’une solution nationale et que la diversité des situations locales impose une diversité de solutions pour s’adapter aux conditions locales spécifiques, qui permettrait un nouveau cadre de pouvoir avec de nouveaux acteurs, de nouvelles règles et de nouveaux enjeux avec de nouvelles stratégies élaborées. Elle devrait favoriser un nouveau contrat social national afin d’optimaliser l’effet de la dépense publique et rendre moins coûteux et plus flexible le service public. La création d’un nouvel espace public générerait une nouvelle opinion publique, voire une nouvelle société civile. Le débat permet l’émergence de thématiques communes, des modes de propositions communs et donc déterminerait des choix collectifs optimaux. La nouvelle vision doit renforcer la cohésion sociale, l’efficacité économique et sociale à travers l’implication tant des élus locaux que des citoyens reposant sur l’efficacité des institutions à travers la bonne gouvernance centrale et locale qui doit être synchronisée. Une centralisation bureaucratique à outrance favorise un mode opératoire de gestion autoritaire des affaires publiques, une gouvernance par décrets, c’est-à-dire une gouvernance qui s’impose par la force et l’autorité loin des besoins réels des populations et produit le blocage de la société. L’Algérie a besoin d’une nouvelle stratégie, s’adaptant au nouveau monde fondée sur le savoir et la bonne gouvernance autour de réseaux décentralisés, de la CONFIANCE pour sécuriser son avenir afin de s’éloigner des aléas de la mentalité rentière. C’est un pari politique majeur, car il implique tout simplement un nouveau contrat social et politique entre la nation et l’Etat, selon une démarche véritablement démocratique, renvoyant à la refondation de l’Etat algérien fondée sur une véritable décentralisation, loin de la déconcentration vision bureaucratique centralisatrice du passé qui paralyse les actions créatrices. ademmebtoul@gmail.com


(1)-Voir l’Algérie face aux enjeux de la mondialisation Office des Publications Universitaires ( OPU) Alger 2 volumes 1980 où plusieurs chapitres ont été consacrés à l’aménagement du territoire et à la décentralisation autour de pôles régionaux


PS- Une thèse de doctorat sous la direction du Professeur Abderrahmane Mebtoul a été soutenue, avec mention très bien et félicitation du jury, après quatre années de recherche, sous ma direction à l’Université d’Oran Douar Belgaid le 03 février 2020 par Mme Taiebi Khadidja sur un sujet d’une brulante actualité au moment où le gouvernement préconise l’amélioration du pouvoir d’achat sur le thème « la rémunération : un facteur de motivation au travail dans les entreprises Algériennes. Vu la situation dans laquelle se trouve l’entreprise publique Algérienne pendant cette dernière décennie, le travail essaie de cerner le problème économique du pays, du moins de le détecter et de proposer certaines solutions alternatives afin d'améliorer la gestion de l'entreprise publique certes soumise à de multitudes contraintes tant externes qu'internes . L’entreprise doit donc jouer sur une combinaison de plusieurs leviers pour assurer une gestion optimale de ses ressources humaines et mettre en place un véritable mix ressources humaines aux sens de mix marketing. Le travail part, premièrement, sur l’étude des salaires et les modèles de motivation, deuxièmement, les théories des salaires ; troisièmement, le contexte général des rémunérations en Algérie, quatrièmement, les mécanismes de la motivation au travail, cinquièmement les modèles de la motivation au travail et termine par des enquêtes sur le terrain pour valider les hypothèses en référence au contexte particulier de l’Algérie.


Dimanche 16 Février 2020


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