Géopolitique et stratégie

Algérie : Plaidoyer pour programme dynamique pour le quinquennat


"Il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre ni de réussir pour preséverer"

Guillaue d'Orange


vdida2003@yahoo.fr
Jeudi 21 Mai 2009

Algérie : Plaidoyer pour programme dynamique pour le quinquennat
Avant- hier 19 mai : Journée nationale de l’étudiant ; en théorie, l’Algérie a rendez-vous avec son histoire. Sur «l’Unique», 3 minutes, l’orateur devant une salle quasi vide parle de la dimension symbolique de nos ainés à un auditoire qui est mentalement à des années lumière de l’évènement. A force de commémorer toute l’année, l’Algérien devient blasé et allergique au discours. Trop de commémorations tuent la commémoration. Les «professionnels de la commémoration» font en lieu et place des concernés les mêmes discours qui n’intéressent pas les jeunes. 75% sont nés après 1962 et de ce fait, ils ne connaissent pas, démagogie mise à part, -l’épopée de ce peuple qui «existe» depuis près de trois mille ans. Le même jour, le Premier ministre présente à une Assemblée nationale au nom d’un rituel bien rodé, le programme pour les cinq prochaines années. L’environnement politique du pays fera l’objet d’un grand lifting durant ce quinquennat. Tous les chantiers programmés depuis longtemps seront tirés du tiroir. Le découpage administratif, les Codes communal et de wilaya. Dans les deux premiers chapitres, le gouvernement reprend soigneusement tous les projets en relation avec le paysage politique et l’administration publique. Comme il prévoit de doter les communes de cadres et de techniciens spécialisés et de développer la police communale et des polices spécialisées. Pour concrétiser les promesses électorales, le Plan d’action propose «la poursuite du développement humain dans ses diverses dimensions, la couverture des besoins sociaux de la population et l’amélioration des prestations, notamment dans les domaines de la santé et de la protection sociale de la culture, ainsi que de la jeunesse et des sports». Concrètement, ce plan mise sur la construction d’un million de logements durant les cinq prochaines années et la création de 3 millions d’emplois d’ici à 2014. Le gouvernement Ouyahia entend mobiliser «tous» les moyens pour combattre la fraude économique. Il est prévu également de maintenir le soutien des prix des produits de première nécessité (pain, lait, eau, énergie). Par ailleurs, dans le domaine agricole, il est annoncé qu’un projet de loi portant codification des conditions de la concession agricole sera prochainement introduit. Dans le domaine de l’habitat, il est prévu la livraison d’un million de nouvelles habitations durant les cinq années à venir. S’agissant de l’alimentation en eau potable, il est indiqué qu’un seuil de 98% de raccordement de la population à l’eau potable est à atteindre en 2014. D’importants dispositifs seront mis à contribution dans cet objectif : il est, entre autres, question d’un dispositif d’aide à l’insertion professionnelle, y compris en entreprise, qui pourra générer jusqu’à 400.000 placements par année, ainsi que la création de cellules spécialisées au niveau des universités et des établissements de formation professionnelle pour assister les jeunes porteurs de projets. Le but étant de créer 3 millions d’emploi en cinq ans C’est en définitive un catalogue classique qui ne sort pas des sentiers battus, avec les méthodes classiques, il sera impossible à l’Etat de créer 3 millions d’emplois. La mentalité actuelle est celle de la distribution de la rente sans solliciter le génie créatif qui est en chacun des Algériens. Au contraire, tout semble être fait pour inciter à la paresse d’autant que tout est conçu comme une distribution de la rente d’une façon inversement proportionnelle à la productivité, au savoir, au savoir-faire, à l’effort et à la sueur. Ce sont les mêmes promesses qui ont été faites il y a cinq ans. Pourtant, nous devons savoir que nous sommes à une croisée de chemins. Nous ne pouvons plus continuer à ronronner sur d’anciens schémas où tout est important, où la «bazarisation» a tué les dernières entreprises pour cause de «mise à niveau» et autres balivernes du fait d’une mondialisation que l’on nous dit inéluctable alors qu’elle a été conçue pour laminer les plus vulnérables. Qu’on se le dise, on ne sait plus rien faire. Nous sous-traitons aux Chinois, Français Turcs et même plus loin aux Argentins, Equatoriens à qui nous achetons des pommes, des bananes qui font 15.000 km pour venir satisfaire nos petites lubies. La situation est analogue à celle des pays du Moyen-Orient avec la mentalité du farniente et de fatalisme qui va avec. Sans être des surhommes et avec le respect que nous leur devons, nous sommes et Je voudrais apporter ma contribution sur ce qui me paraît essentiel sur trois domaines qui me semblent primordiaux : le système éducatif qui devrait être en continuelle adaptation, la stratégie concernant l’emploi et le problème des ressources énergétiques avec la stratégie à mettre en place. C’est une bonne nouvelle que le Conseil national de l’énergie soit réhabilité, mais il faut bien savoir que ses délibérations ne seront pertinentes que si elles sont adossées à une stratégie énergétique du pays en étant convaincu que le problème de l’énergie est un problème transversal qui intéresse tous les départements ministériels. Nous savons tous que l’énergie est le moteur de notre civilisation actuelle. De par le monde, l’évolution des idées et des technologies, la prise de conscience des implications de notre dépendance aux énergies fossiles convergent vers la possibilité d’un changement radical de paradigme énergétique. Que faisons-nous en Algérie pour cela? Doit-on continuer à pomper sans retenue une ressource de plus en plus rare qui appartient en partie aussi aux générations futures et qui est payée avec un prix dérisoire dans une monnaie qui s’effrite dans les banques américaines. Notre meilleure banque est encore notre sous-sol. On sait déjà que la première étape pour accélérer le taux de pénétration des énergies renouvelables est d’investir pour mettre un terme aux gaspillages les plus flagrants. Que faisons-nous pour cela? Nous gaspillons (a minima) 20% de la totalité de notre consommations énergétique. Il est clair que la lutte contre le gaspillage est le meilleur, bien plus rentable que de nouveaux équipements. On sait qu’on pourrait diviser par 2 la consommation d’énergie des logements. Pourquoi le million de logements ne serait-il pas des logements verts? N’est-il pas possible de recommander aux sociétés de construction chinoises de faire comme chez elles où les règles de construction sont drastiques en ce qui concerne l’énergie. Ils en sont à 100kWh /m2/an En Algérie c’est quatre fois plus. De plus, sur le 1 million de logements, pourquoi ne pas imposer dans le cahier des charges un plan chauffe solaire, le surcoût est qui insignifiant devant, à terme, les gains d’énergie seront énormes et d’un facteur similaire la consommation dans les transports. Savons-nous que nous importons du gasoil alors que nous avons la possibilité d’aller vers le sirghaz en abondance? Des efforts louables sont faits par le ministère de l’Energie seul, mais ils manquent de soutien du fait de l’absence d’un modèle énergétique de consommation global Tout le monde a entendu parler du plan Obama concernant les énergies renouvelables, un plan de 150 milliards de dollars. On sait aussi qu’il conditionne l’aide à l’industrie automobile à la nécessité de réduire la consommation. L’objectif fixé par le président américain serait donc une consommation d’un gallon de carburant, soit 3,78 litres, pour une distance de 45,5 miles soit 73 km. Le président américain a présenté son plan comme un tournant historique vers une «économie de l’énergie propre». En vertu du plan, les véhicules vendus aux Etats-Unis devront rejeter environ un tiers de moins de dioxyde de carbone d’ici 2016. De nouvelles normes imposent également une baisse de 30% de la consommation de carburant des automobiles. «En cette période de crise historique pour notre industrie automobile, cette réglementation apporte la certitude claire qui permettra à ces entreprises´´ de se préparer à «construire les voitures du XXIe siècle.» Le président américain a précisé que le plan permettrait une économie de carburant équivalente au retrait de la circulation de 177 millions de voitures sur les six ans et demi à venir. Ce qui représenterait le volume de pétrole importé par les Etats-Unis en provenance d’Arabie Saoudite, du Venezuela, de Libye et du Nigeria en 2008. La France, championne du nucléaire -le Premier ministre français a ainsi salué «la force» de la filière nucléaire, «atout majeur pour la compétitivité» que «le gouvernement entend bien conforter» -conforte son avance mais se lance à marche forcée dans les énergies renouvelables. Notamment par la création d’une Equipe de France dans la recherche et l’innovation dans les énergies nouvelles. Le Grenelle Environnement va permettre de passer à la vitesse supérieure en termes de recherche, notamment dans le solaire (130 M€ sur 2009-2012), En Algérie, à titre d’exemple, dans le secteur des transports, c’est la cacophonie, on autorise plus d’une trentaine de marques à nous vendre certaine fois des véhicules invendables en Europe ou ailleurs. Quel est le gain à acheter pour 3 milliards de dollars de véhicules sans aucun contrôle et surtout sans aucune norme et retombées en termes, d’emplois si ce n’est les showrooms? L’eau, l’énergie, l’environnement doivent être le dénominateur commun sur lequel devrait être bâtie toute la stratégie du gouvernement. Nous avons pour le moment des logiques sectorielles A titre d’exemple, dans la filière bois pourquoi rien d’important n’est fait pour créer de la richesse? On sait que nous avons un potentiel qui peut générer chaque année 3, 5 millions de tonnes équivalent pétrole, soit 10% de notre consommation. Où est-il? De plus et au risque d’être redondant, le problème des changements climatiques semble ne pas intéresser les décideurs dans le cadre justement d’une stratégie cohérente ; nous verrons qu’il nous faut peut-être réhabiliter le «Barrage vert» en plantant des millions d’arbres qui, outre la production de bois et de biomasse, feront véritablement barrage contre la désertification. On l’aura compris, la création de microclimat permettra à nos milliers d’ingénieurs et de techniciens de s’installer et de créer des emplois. On se souvient que l’essentiel des transports dans le monde utilise le moteur à explosion et que les prix ont connu en l’espace de 6 mois un pic à 140$ et un creux à 35 $. Devons-nous continuer à faire des voeux pieux et à scruter le destin du pays qui est indexé à la bourse de New York ou de Londres? On sait que «le baril à 50 dollars ne suffit pas pour garantir les investissements nécessaires à la production», a prévenu à Alger, le 26 avril dernier, le secrétaire général de l’Opep, M.Al-Badri, dans une conférence conjointe avec Chakib Khelil, ministre algérien de l’Energie. Les pays hors Opep ont littéralement absorbé la baisse de l’Opep réduisant les efforts de celle-ci à néant. Justement, sur le plan extérieur, de profondes mutations sont en train de se réaliser Une tectonique nouvelle se met en place, nous n’avons pas encore de stratégie si ce n’est celle de la facilité : coller à l’Europe avec tous les avatars subis (Accord d’association, véritable canular et UPM, avorton mort-né) L’Université absente Nous ne terminerons pas cet article sans donner un avis objectif sur l’état de l’université. L’Université qui doit être le moteur du développement est totalement absente. On lui demande de ne pas faire de vagues et de «contenir» les étudiants et les enseignants en se contentant de leur jeter quelques subsistances en début d’année. Quand un ministère reçoit une dotation autant que celle de l’enseignement supérieur, la santé...la formation professionnelle, il y a quelque chose de déréglé dans l’évaluation des intérêts du pays. Quand les 600 députés reçoivent en salaires autant d’argent que la bourse pour 300.000 étudiants qui représentent l’avenir du pays, il y a matière à réflexion. Certes, beaucoup de constructions ont été réalisées mais l’acte pédagogique a perdu de sa pertinence. Un professeur à l’université de Msila dans une contribution au journal El Watan, fait un constat amer et désabusé de l’université algérienne. Ecoutons-le : «Faillite des universitaires ou faillite des universités? La réponse à cette question tombe sous le sens. La faillite de nos universitaires est intimement liée aux échecs cumulés de notre système éducatif. Elle est multiforme et se reflète à travers une foule d’indices tels que la dégradation constante du niveau scientifique, la médiocrité de bien des thèses produites, le plagiat, l’absence d’esprit critique». S’agissant du dernier avatar «ouvrir l’enseignement supérieur au privé», ce qui n’a pas été dit est que nous allons graduellement et sûrement vers une université à deux vitesses : l’université du tout-venant avec des moyens dérisoires et celle des nantis (petits effectifs, personnalisation des parcours, moyens colossaux). Nos étudiants du nord au sud et de l’est à l’ouest doivent avoir - démagogie mise à part - les mêmes chances de réussite. Le seul critère de sélection devrait être le mérite personnel. Vu sous cet angle l’université privée me paraît être le signe d’une dérive. Par ailleurs, le problème de l’enseignement supérieur, de l’emploi, le devenir technologique du pays, sont passés au second plan. On apprend que l’Ecole polytechnique qui a formé 10.000 ingénieurs fait soutenir un millier de thèses de doctorants avec une centaine de professeurs et de maîtres de conférences en titre, va passer à la trappe devant la nouvelle configuration de «classe préparatoire». Il semble que dans le «cadre de la coopération» on viendra d’outre Méditerranée nous enseigner l’excellence nous qui avons souffert pour arriver seuls à ce degré de compétence au point que le monde entier se partage une grande partie des sortants de cette école que le pays n’arrive pas à retenir si ce n’est avec des CDD format solidarité à 8000 DA (70 euros d’aumône à un ingénieur pétillant qui fera le bonheur des Français Canadiens et autres Américains. C’est dire, la situation est sérieuse et que ce que l’on dit sur la détérioration de l’acte pédagogique est plus que jamais d’actualité. En définitive, on donne l’impression de vivre sur une autre planète, la Terre se réchauffe, le peak oil est à nos portes, la désertification menace, les changements climatiques seront de plus en plus erratiques et nous, on plane en ressassant toujours les mêmes idées sans imagination. Il serait bon que les Algériens et les Algériennes soient mobilisé(e)s dans le cadre d’une stratégie globale qui est celle de la réhabilitation de l’effort et de l’avènement du mérite. Pr Chems Eddine CHITOUR Ecole Polytechnique Alger


Vendredi 22 Mai 2009


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