Géopolitique et stratégie

Afghanistan, chance ou traquenard pour l'OTAN?



L'Afghanistan est l'un des domaines où Moscou est prêt à coopérer avec l'Alliance atlantique. A preuve, les dernières réunions du Conseil Russie-OTAN. Et voilà qu'après la première journée "afghane" du sommet de l'Alliance atlantique à Riga, on voit pourquoi elle n'affiche plus d'enthousiasme réciproque. Apparemment parce que l'Afghanistan est un thème douloureux et compliqué pour le partenariat nord-atlantique.


Alexandre Bogatyrev
Vendredi 1 Décembre 2006


Par Alexandre Bogatyrev, RIA Novosti


On a entendu dire que l'avenir de l'OTAN se décide actuellement en Afghanistan. Rappelons qu'aujourd'hui, cinq ans après le début de l'opération militaire dans ce pays, c'est l'Alliance atlantique qui s'est chargée de la coordonner, ayant dissipé l'ambigüité de l'époque où les troupes américaines opéraient séparément de l'OTAN, alors que les Etats-Unis étaient membre de ce bloc.

On pensait que cette opération donnerait, comme par un coup de "baguette magique", une nouvelle vie à l'organisation dont la situation était devenue ambiguë après la fin de la "guerre froide". Le terme de "talibans" semblait être une excellente réponse à la question "A quoi l'Alliance sert-elle et qui est l'adversaire potentiel de ce bloc militaire?". Le sommet de Riga a montré que le prix "afghan" du maintien et même de l'élargissement de l'alliance devient excessif pour les alliés.

Ils l'ont compris lorsqu'ils ont constaté qu'ils devaient assurer la sécurité non seulement dans les provinces du Nord, relativement calmes, mais également dans le Sud et le Sud-Est où les talibans sont pratiquement les maîtres absolus. L'offensive lancée par les talibans cet automne prouve qu'ils ont renforcé considérablement leurs positions. Ils changent de tactique pour passer de la guérilla à des opérations organisées. De plus en plus souvent ils agissent par groupes de 300 à 400 hommes.

Les forces étrangères et l'armée nationale afghane essuient des pertes sensibles. De plus en plus souvent, dans des attentats terroristes montés par des kamikazes, ce qui ne se pratiquait pas dans ce pays il y a deux ans. Depuis le début de cette année les terroristes kamikazes ont perpétré plus de 140 attentats. Sur ce point, l'Afghanistan ressemble de plus en plus à l'Irak.

Il se trouve que dans la nouvelle situation l'Alliance atlantique n'a pas assez de forces en Afghanistan. Ses soldats sont donc obligés de se retrancher dans leurs bases et leurs points d'appui d'où ils lancent de temps en temps un raid contre l'ennemi.

A Riga, des voix se sont élevées pour demander un nouveau renforcement du contingent militaire allié en Afghanistan. Le problème est que les demandes instantes des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et du Canada d'augmenter les forces nationales des pays européens se sont heurtées à un refus non moins ferme de l'Allemagne, de la France, de l'Espagne, de la Turquie, de l'Italie, de la Norvège et du Danemark.

Dans la coulisse du sommet de Riga les alliés des Etats-Unis ont fait des reproches violents à Washington. Ils ont accusé le Pentagone de fournir souvent à ses satellites une information notoirement fausse pour épargner délibérément certains détachements de talibans avec lesquels les Américains coopèrent activement. En même temps, les Américains n'entendent souvent pas les demandes d'appui aérien formulées par les Européens. Qui plus est, les soldats européens tombent parfois sous des "tirs amis" de l'aviation américaine.

D'autre part, les unités américaines ont produit une impression nettement négative sur la population, si bien que les soldats néerlandais et belges ont décidé de changer la couleur de leur uniforme pour que les Afghans ne les prennent pas pour des Américains.

A Riga, il est devenu évident que Bruxelles s'efforce d'augmenter le contingent militaire aux frais des pays désirant être admis à l'OTAN et des nouveaux membres de l'alliance. Parmi les premiers, Tbilissi et Kiev ont déjà annoncé leur intention d'expédier des unités en Afghanistan. Parmi les seconds, la Pologne a déjà décidé de porter ses effectifs dans ce pays à 1.000 hommes, l'Estonie en enverra 40, en plus des 80 déjà déployés, ainsi que des armes d'infanterie, et la Lettonie 20 militaires supplémentaires. La Bulgarie se propose de livrer des armes et des munitions à l'armée afghane. La Roumanie a consenti à dépêcher un bataillon motorisé.

La Croatie a réagi avec prudence à la demande ou plus précisément à l'ordre de déplacer ses unités des régions relativement calmes du Nord de l'Afghanistan dans le Sud où la situation est agitée. Quant à la Lituanie, elle a refusé net d'y envoyer ses soldats.

La décision des "novices" est compréhensible. Tout d'abord, une légère augmentation des effectifs militaires ne suffirait pas pour contrôler l'ensemble du territoire de l'Afghanistan. Et puis, la cause principale de la tension dans ce pays réside dans les problèmes que les Américains ont promis de résoudre il y a cinq ans: chasser tous les talibans en deux ou trois ans, stabiliser le système politique, jeter des bases de la prospérité économique, rétablir l'infrastructure, donner du travail à la population, assurer la sécurité et en finir avec le trafic de drogue. Rien n'a été fait. De nouvelles victimes inévitables parmi le contingent militaire de l'OTAN seront donc inutiles.

Moscou suit avec inquiétude les divergences, devenues évidentes à Riga, qui ne cessent de s'aggraver à mesure que l'OTAN s'élargit. Les milieux politiques russes ont compris depuis longtemps qu'une OTAN faible serait un mauvais partenaire. Ils se rendaient également compte que l'Afghanistan était un problème réel qui requérait une coopération de tous les Européens. Le sommet de Riga n'a fait que renforcer les doutes et les craintes de la Russie.

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Vendredi 1 Décembre 2006

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