Néolibéralisme et conséquences

Adam Smith est plus proche de Karl Marx que de ceux qui l’encensent aujourd’hui

Un coup d’œil dans le rétroviseur pour comprendre le présent (1/6)


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(1ère partie d’une série de 6)


Eric Toussain
Mardi 9 Juin 2009

Adam Smith est plus proche de Karl Marx que de ceux qui l’encensent aujourd’hui

Dans les citations qui suivent, on découvre que ce qu’écrit Adam Smith dans les années 1770 n’est pas très éloigné de ce qu’écriront Karl Marx et Friedrich Engels 70 ans plus tard dans le fameux Manifeste Communiste. |1|




Selon Adam Smith : «  Le travail d’un ouvrier de manufacture ajoute en général, à la valeur de la matière sur laquelle il travaille, la valeur de sa subsistance et du profit du maître. » |2| Traduits en termes marxistes, cela signifie que l’ouvrier reproduit au cours de son travail la valeur d’une partie du capital constant (càd les moyens de production -la quantité de matières premières, d’énergie, la fraction de la valeur de l’équipement technique utilisé,…- qui rentrent dans la production d’une marchandise donnée) auquel s’ajoutent le capital variable correspondant à son salaire et le profit du patron, appelé par Karl Marx, la plus-value.




Karl Marx et Adam Smith à des époques différentes considèrent que le patron ne produit pas de valeur. C’est l’ouvrier qui la produit.




L’ouvrier crée donc de la valeur… sans qu’il n’en coûte au capitaliste : « Quoique le premier (l’ouvrier) reçoive des salaires que son maître lui avance, il ne lui coûte (au capitaliste), dans le fait, aucune dépense, la valeur de ces salaires se retrouvant en général avec un profit de plus dans l’augmentation de valeur du sujet auquel ce travail est appliqué. » |3|




Dans le passage qui suit, Adam Smith analyse les conflits d’intérêt et la lutte de classes entre capitalistes et ouvriers




« C’est par la convention qui se fait entre ces deux personnes (l’ouvrier et le capitaliste) dont l’intérêt n’est nullement le même, que se détermine le taux commun des salaires. Les ouvriers désirent gagner le plus possible ; les maîtres, donner le moins qu’ils peuvent ; les premiers sont disposés à se concerter pour élever les salaires, les seconds pour les abaisser.




Il n’est pas difficile de prévoir lequel des deux partis, dans toutes les circonstances ordinaires, doit avoir l’avantage dans le débat, et imposer forcément à l’autre toutes ses conditions. Les maîtres, étant en moindre nombre, peuvent se concerter plus aisément ; et de plus, la loi les autorise à se concerter entre eux, ou au moins ne leur interdit pas, tandis qu’elle l’interdit aux ouvriers. Nous n’avons point d’actes du parlement contre les ligues (patronales) qui tendent à abaisser le prix du travail ; mais nous en avons beaucoup contre celles qui tendent à le faire hausser. Dans toutes ces luttes, les maîtres sont en état de tenir ferme plus longtemps. Un propriétaire, un fermier, un maître fabricant ou marchand, pourraient en général, sans occuper un seul ouvrier, vivre un an ou deux sur les fonds qu’il a déjà amassés. Beaucoup d’ouvriers ne pourraient subsister sans travail une semaine, très peu un mois et à peine un seul une année entière. A la longue, il se peut que le maître ait autant besoin de l’ouvrier que celui-ci a besoin du maître ; mais le besoin du premier n’est pas si pressant.




On n’entend guère parler, dit-on, de Coalitions entre les maîtres, et tous les jours on parle de celles des ouvriers. Mais il faudrait ne connaître ni le monde, ni la matière dont il s’agit, pour s’imaginer que les maîtres se liguent rarement entre eux. Les maîtres sont en tout temps et partout dans une sorte de ligue tacite, mais constante et uniforme, pour ne pas élever les salaires au-dessus du taux actuel. Violer cette règle est partout une action de faux frère et un sujet de reproche pour un maître parmi ses voisins et pareils. A la vérité, nous n’entendons jamais parler de cette ligue, parce qu’elle est l’état habituel, et on peut dire l’état naturel de la chose, et que personne n’y fait attention. Quelquefois, les maîtres font entre eux des complots particuliers pour faire baisser au-dessous du taux habituel les salaires du travail. Ces complots sont toujours conduits dans le plus grand silence et dans le plus grand secret jusqu’au moment de l’exécution ; et quand les ouvriers cèdent comme ils font quelquefois, sans résistance, quoiqu’ils sentent bien le coup et le sentent fort durement, personne n’en entend parler. Souvent, cependant, les ouvriers opposent à ces coalitions particulières une ligue défensive ; quelquefois aussi, sans aucune provocation de cette espèce, ils se coalisent de leur propre mouvement, pour élever le prix de leur travail. Les prétextes ordinaires sont tantôt le haut prix des denrées, tantôt le gros profit que font les maîtres sur leur travail. Mais que leurs ligues soient offensives ou défensives, elles sont toujours accompagnées d’une grande rumeur. Dans le dessein d’amener l’affaire à une prompte décision, ils ont toujours recours aux clameurs les plus emportées, et, quelquefois, ils se portent à la violence et aux derniers excès. Ils sont désespérés, et, agissant avec l’extravagance et la fureur de gens au désespoir, réduits à l’alternative de mourir de faim ou d’arracher à leurs maîtres par la terreur la plus prompte condescendance à leurs demandes. Dans ces occasions, les maîtres ne crient pas moins haut de leur côté ; ils ne cessent de réclamer de toutes leurs forces l’autorité des magistrats civils, et l’exécution la plus rigoureuse de ces lois si sévères portées contre les ligues des ouvriers, domestiques et journaliers. » |4|




Ce qui motive le capitaliste selon Adam Smith




«  Le seul motif qui détermine le possesseur d’un capital à l’employer plutôt dans l’agriculture ou dans les manufactures, ou dans quelque branche particulière de commerce en gros ou en détail, c’est la vue de son propre profit. Il n’entre jamais dans sa pensée de calculer combien chacun de ces différents genres d’emploi mettra de travail productif en activité, ou ajoutera de valeur au produit annuel des terres et du travail de son pays. »




Adam Smith considère qu’il y a trois classes sociales fondamentales : 1. la classe des propriétaires terriens qui vit de la rente ; 2. celle qui vit des salaires et 3. la classe capitaliste qui vit des profits. Adam Smith identifie à sa manière la conscience et les intérêts de ces trois classes sociales.




«  La masse totale du produit annuel de la terre et du travail d’un pays, ou, ce qui revient au même, la somme totale du prix de ce produit annuel, se divise naturellement, comme on l’a déjà observé, en trois parties : la Rente de la terre, les Salaires du travail, les Profits des capitaux, et elle constitue un revenu à trois différentes classes du peuple : à ceux qui vivent de rentes, à ceux qui vivent de salaires, à ceux qui vivent de profits. Ces trois grandes classes sont les classes primitives et constituantes de toute société civilisée, du revenu desquelles toute autre classe tire en dernier résultat le sien. (…)




Parlant de la classe des rentiers c’est-à-dire des propriétaires terriens, Adam Smith affirme : «  Des trois classes, c’est la seule à laquelle son revenu ne coûte ni travail, ni souci, mais à laquelle il vient, pour ainsi dire de lui-même, et sans qu’elle lui apporte aucun dessein ni plan quelconque. Cette insouciance, qui est l’effet naturel d’une situation aussi tranquille et aussi commode, ne laisse que trop souvent les gens de cette classe, non seulement dans l’ignorance des conséquences que peut avoir un règlement général, mais les rend même incapables de cette application d’esprit qui est nécessaire pour comprendre et pour prévoir ces conséquences.




L’intérêt de la seconde classe, celle qui vit de salaires, est tout aussi étroitement lié que celui de la première à l’intérêt général de la société. (…) Cependant, quoique l’intérêt de l’ouvrier soit aussi étroitement lié avec celui de la société, il est incapable ou de connaître l’intérêt général ou d’en sentir la liaison avec le sien propre. Sa condition ne lui laisse pas le temps de prendre les informations nécessaires ; et en supposant qu’il pût se les procurer complètement, son éducation et ses habitudes sont telles qu’il n’en serait pas moins hors d’état de bien décider. Aussi, dans les délibérations publiques, ne lui demande-t-on guère son avis, bien moins encore y a-t-on égard, si ce n’est dans quelques circonstances particulières où ses clameurs sont excitées, dirigées et soutenues par les gens qui l’emploient et pour servir en cela leurs vues particulières plutôt que les siennes.




Ceux qui emploient l’ouvrier constituent la troisième classe, celle des gens qui vivent de profits. C’est le capital qu’on emploie en vue d’en retirer du profit, qui met en mouvement la plus grande partie du travail d’une société. Les opérations les plus importantes du travail sont réglées et dirigées d’après les plans et les spéculations de ceux qui emploient les capitaux ; et le but qu’ils se proposent dans tous ces plans et ces spéculations, c’est le profit. (…) Les marchands et les maîtres manufacturiers sont, dans cette classe, les deux sortes de gens qui emploient communément les plus gros capitaux et qui, par leurs richesses, s’y attirent le plus de considération. Comme, dans tout le cours de leur vie, ils sont occupés de projets et de spéculations, ils ont en général plus de subtilité dans l’entendement que la majeure partie des propriétaires de la campagne. (…) Cependant, l’intérêt particulier de ceux qui exercent une branche particulière de commerce ou de manufacture est toujours, à quelques égards, différent et même contraire à celui du public. L’intérêt du marchand est toujours d’agrandir le marché et de restreindre la concurrence des vendeurs. Il peut souvent convenir assez au bien général d’agrandir le marché mais de restreindre la concurrence des vendeurs lui est toujours contraire, et ne peut servir à rien, sinon à mettre les marchands à même de hausser leur profit au-dessus de ce qu’il serait naturellement et de lever, pour leur propre compte, un tribut injuste sur leurs concitoyens. Toute proposition d’une loi nouvelle ou d’un règlement de commerce qui vient de la part de cette classe de gens doit toujours être reçue avec la plus grande défiance, et ne jamais être adoptée qu’après un long et sérieux examen, auquel il faut apporter, je ne dis pas seulement la plus scrupuleuse, mais la plus soupçonneuse attention. Cette proposition vient d’une classe de gens dont l’intérêt ne saurait jamais être exactement le même que l’intérêt de la société, qui ont, en général, intérêt à tromper le public et même à le surcharger et qui, en conséquence, ont déjà fait l’un et l’autre en beaucoup d’occasions » |5|




On trouve également chez Smith d’autres jugements qui donnent de l’urticaire aux gouvernants et aux idéologues qui revendiquent son héritage : “Les commerçants anglais se plaignent fréquemment du niveau élevé des salaires dans leur pays. Ils expliquent que ce niveau élevé est la cause de la difficulté de vendre leurs marchandises à des prix aussi compétitifs que les autres nations. Mais ils gardent le silence sur leurs bénéfices élevés. Ils se plaignent des bénéfices élevés des autres mais entourent de silence les leurs. Dans beaucoup de cas, les bénéfices élevés du capital peuvent contribuer beaucoup plus à la hausse du prix des marchandises que les salaires exorbitants” |6|. Cette déclaration est une véritable hérésie pour les patrons qui rendent les coûts salariaux - toujours trop élevés à leur goût - responsables de l’inflation et du manque de compétitivité.




Ces éléments tout aussi essentiels (sinon plus) dans la pensée d’Adam Smith que la fameuse main invisible (qu’il ne mentionne qu’à trois reprises dans son œuvre) sont systématiquement passés sous silence par la pensée économique dominante |7|.




Une des différences fondamentales entre Adam Smith et Karl Marx, c’est que le premier, bien que conscient de l’exploitation auquel le patron soumet l’ouvrier, soutient les patrons tandis que le second est pour l’émancipation des ouvriers.




Le préambule des statuts de l’Association internationale des travailleurs (AIT |8|) rédigé par Karl Marx exprime la substance de la position de celui-ci :




« Considérant,




Que l’émancipation de la classe ouvrière doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ;




Que la lutte pour l’émancipation de la classe ouvrière n’est pas une lutte pour des privilèges et des monopoles de classe, mais pour l’établissement de droits et de devoirs égaux et pour l’abolition de tout régime de classe ;




Que l’assujettissement économique du travailleur aux détenteurs des moyens de travail, c’est-à-dire des sources de la vie est la cause première de la servitude dans toutes ses formes, misère sociale, avilissement intellectuel et dépendance politique ;




Que, par conséquent, l’émancipation économique de la classe ouvrière est le grand but auquel tout mouvement politique doit être subordonné comme moyen, que tous les efforts tendant à ce but ont jusqu’ici échoué faute de solidarité entre les travailleurs de différentes professions dans le même pays et d’une union fraternelle entres les classes ouvrières des divers pays ;




Que l’émancipation du travail, n’étant pas un problème local ou national, mais un problème social, embrasse tous les pays dans lesquels existe la société moderne et nécessite pour sa solution, le concours théorique et pratique des pays les plus avancés ;




Que le mouvement qui vient de renaître parmi les ouvriers des pays les plus industrieux de l’Europe, tout en réveillant de nouvelles espérances, donne un solennel avertissement de ne pas retomber dans les vieilles erreurs et de combiner le plus tôt possible les efforts encore isolés.




Pour ces raisons,




L’Association internationale des travailleurs a été fondée.




Elle déclare :




Que toutes les sociétés et tous les individus y adhérant reconnaîtront comme devant être la base de leur conduite envers tous les hommes sans distinction de couleur, de croyance ou de nationalité, la Vérité, la Justice et la Morale.




Pas de devoirs sans droits, pas de droits sans devoirs. »
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Notes

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|1| Eric Toussaint, docteur en sciences politiques, est président du CADTM Belgique (Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde, www.cadtm.org). Il est coauteur avec Damien Millet du livre 60 Questions 60 Réponses sur la dette, le FMI et la Banque mondiale, CADTM/Syllepse, novembre 2008.




|2| Adam Smith. 1776. Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations, Flammarion, Paris, 1991, 2 tomes, 1060 p. (traduction en espagnol : Investigación sobre la naturaleza y causas de la riqueza de las naciones, Fondo de Cultura Económica, Mexico, 1979, 917 p.)




|3| Adam Smith, Livre I, p. 417.




|4| Adam Smith, Livre I, chapitre 8, p. 137 et 138




|5| Adam Smith, Livre 1, p. 334, 335 et 336.




|6| Adam Smith, p. 534, édition en espagnol




|7| C’est le cas, par exemple, d’Alan Greenspan qui dans son autobiographie « Le temps des turbulences » parue en 2007, consacre sept pages élogieuses à Adam Smith en expurgeant de sa pensée toute référence au travail salarié comme créateur du profit, toute référence à la théorie de la valeur travail, toute référence à la lutte des classes (Alan Greenspan, Le Temps des Turbulences, JC Lattès, 2007, p. 338 à 344).




|8| L’Association internationale des travailleurs (AIT), connue comme 1ère Internationale, est fondée en 1864 notamment par Karl Marx et Friedrich Engels. S’y retrouvent des collectivistes dits « anti-autoritaires » (le courant international de Michel Bakounine), des collectivistes (marxistes), des mutuellistes (partisans de Pierre-Joseph Proudhon)… Collaborent ensemble des militants politiques, syndicalistes et coopérativistes. La 1ère Internationale est dissoute après l’échec de la Commune de Paris de 1871.
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P.-S.

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(Suite dans la partie 2 : « L’idéologie néolibérale a la peau dure » par Eric Toussaint).

Un coup d’œil dans le rétroviseur pour comprendre le présent (2/6)

L’idéologie néolibérale a la peau dure


Des années 1970 jusqu’à la crise mondiale ouverte en 2008-2009 |2|, l’idéologie néo-libérale a conquis un espace croissant au point qu’elle a dominé largement la pensée économique et politique des trois dernières décennies. Bien qu’elle soit actuellement malmenée, elle est encore profondément enracinée dans la tête des faiseurs d’opinion et de l’écrasante majorité des décideurs politiques. Bien sûr, il leur est devenu difficile d’affirmer qu’il faut faire entièrement confiance à la capacité d’autorégulation des propriétaires des grandes entreprises privées et des marchés financiers, mais pour autant leur raisonnement n’a pas fondamentalement changé.

L’idéologie néolibérale, qui n’est que la vision capitaliste du monde produite au goût du dernier quart du XXe siècle et de la première décennie du XXIe, a encore largement cours dans les universités, les principales revues économiques et les grands médias. Le nouveau kit idéologique pour la prochaine étape capitaliste n’a pas encore été produit à une échelle de masse. La manière de penser définie avant l’éclatement de la crise est toujours de mise.

Les gouvernements de droite comme la (quasi-)totalité de ceux de la gauche social-libérale utilisent encore l’idéologie néolibérale ou s’y conforment avec ou sans sentiment de honte |3|

. Bien qu’elle soit usée jusqu’à la corde, elle domine toujours la scène dans les pays industrialisés du Nord, mais aussi en Europe orientale (Fédération de Russie comprise) et dans les pays du Tiers Monde. Maints régimes du Sud qui avaient adopté un discours socialisant, voire “marxiste-léniniste” version Moscou ou Pékin dans les années 1960 et 1970 y ont adhéré avec la ferveur des nouveaux convertis.

Mais attention, du côté des producteurs d’idéologie et de ceux qui rédigent les discours des chefs d’Etat des pays les plus industrialisés, on assiste à une mutation du raisonnement. La crise qui a éclaté au cœur du système a provoqué, chez certains serviteurs zélés du système, une sorte de chrysalide. La larve néolibérale veut se muer en libellule capitaliste. Elle veut se débarrasser de son costume gris réduit en lambeaux par la crise déclenchée en 2007 pour revêtir l’apparence multicolore d’une refondation capitaliste basée sur un dosage subtil entre la liberté d’agir pour les capitalistes d’une part, et le sens des responsabilités et de l’intérêt général garanti par une sage régulation à charge de l’Etat d’autre part. Comme la crise est multidimensionnelle avec une forte dimension écologique, et pas seulement économique et financière, de Barack Obama à Nicolas Sarkozy en passant par Gordon Brown, on nous parle aussi de « capitalisme vert ».

Avant d’analyser les fondements idéologiques des politiques capitalistes en cours depuis les années 1970-1980, il est utile de rappeler que d’autres politiques très nettement éloignées du laisser-faire ont été mises en pratique dans les pays capitalistes pendant des décennies au siècle passé.

Certes, la plupart d’entre elles étaient conformes au maintien du capitalisme mais elles tranchaient avec celles qui avaient précédé le krach de Wall Street en 1929 ainsi qu’avec celles qui ont commencé à être mises en pratique au Chili à partir de 1973, en Grande-Bretagne à partir de 1979, aux Etats-Unis à partir de 1980 et qui ont fini par s’imposer dans presque tous les pays.
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Notes

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|1| La 1ère partie de cette série «  Un coup d’œil dans le rétroviseur pour comprendre le présent » est parue le 3 juin 2009 sur le site cadtm.org sous le titre « Adam Smith est plus proche de Karl Marx que de ceux qui l’encensent aujourd’hui »

|2| La crise économique et financière a éclaté en 2007 aux Etats-Unis dans le secteur du crédit hypothécaire et dans l’immobilier touché par l’explosion d’une bulle spéculative. Dès le début, elle a affecté de très importantes institutions financières tant aux Etats-Unis qu’en Allemagne, en Grande Bretagne, en Suisse et dans d’autres pays d’Europe. Simultanément en 2007 se développait une grave crise alimentaire qui a principalement touché les populations des pays en développement (entre fin 2006 et 2009, le nombre de personnes souffrant de la faim est passé de 850 millions à 1 milliard). Dès 2008, cette crise capitaliste pluridimensionnelle a pris une dimension mondiale.

|3| Alan Greenspan, président de la Réserve fédérale des Etats-Unis de 1987 à 2006, explique dans ses mémoires à quel point il estime les travaillistes Tony Blair et Gordon Brown pour leur adhésion à l’offensive néolibérale : « Chefs, depuis 1997, d’un parti travailliste rajeuni et bien plus au centre, Tony Blair et Gordon Brown acceptèrent, en effet, les profonds changements structurels apportés par Margaret Thatcher sur le marché des biens et du travail. En fait, Brown, chancelier de l’Echiquier pendant un nombre record d’années, parut se réjouir du formidable bond de la flexibilité économique qui suivit les élections de 1997 – il soutint auprès de nos collègues du G7 ma défense de la flexibilité en tant que facteur de stabilité. Ce qui subsistait du socialisme au Royaume-Uni du XXIe siècle était à peine visible. (…) Les succès remportés par le pays grâce au triomphe des marchés imposés par Margaret Thatcher et au ‘new’ Labour donnent à penser que les réformes destinées à stimuler le PIB se poursuivront avec la génération suivante.

La transition de la Grande-Bretagne de l’économie sclérosée de l’immédiat après-guerre au statut d’une des économies les plus ouvertes du monde se reflète dans l’itinéraire intellectuel de Gordon Brown, qui me le décrivit dans un e-mail en 2007 : ‘Je suis surtout venu à l’économie guidé par le souci de justice sociale que mon père m’avait enseignée’. (…) Dans les années 1980, j’ai constaté que, pour créer des emplois, nous avions besoin d’une économie plus flexible. [La notion que] pour créer des emplois, il fallait licencier les gens occupant des fonctions obsolètes me frappa, d’où mon idée qu’une mondialisation réussie veut que nous combinons la stabilité avec le libre échange, l’ouverture des marchés, la flexibilité et l’investissement dans les compétences des gens pour les emplois de l’avenir – principalement par l’éducation. J’espère qu’en Grande-Bretagne, nous serons bien préparés au défi économique mondial et renforcerons notre politique de stabilité tout en nous engageant en faveur du libre-échange et non du protectionnisme.  » A. Greenspan, 2007, p. 366.
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P.-S.

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(Suite dans la partie 3 : « L’éclipse libérale des années 1930 aux années 1970  » par Eric Toussaint).


http://www.cadtm.org/spip.php?article4441 http://www.cadtm.org/spip.php?article4441



Mardi 9 Juin 2009


Commentaires

1.Posté par VIRGILE le 09/06/2009 22:38 | Alerter
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Excellent article ! A noter que le "Manifeste" de K. Marx avait été rédigé bien avant lui, il n'a fait que le parachever en y faisant une intelligente compilation. (Tout comme le Mein Kampf d'Hitler dont il n'en est pas l'inspirateur - mais ça, c'est au autre sujet bien que ce soit les mêmes "familles" qui sont à l'origine de toutes ces funestes manipulations).

Le problème est que nous sommes encore bridés par les thèses de John Maynard Keynes, ( le serviteur de l’Empire britannique, un colonialiste anti-rooseveltien qui a développé des thèses malthusiennes et eugénistes). Le pillage du monde occidental sur le "tiers monde" et autres réserves énergétiques en est la preuve la plus flagrantes, contrairement à une économie marchande réelle et solidaire.

Il faudrait un nouveau Bretton Woods mais cela irait à l'encontre du Gouvernement Mondial talmudique et les "Rotschildiens" feront tout pour faire capoter toute forme d'économie souveraine, solidaire et réelle.

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