Le 2 juillet 2008,
Abdul-Wahhâb El-Messiri, un géant du monde arabe, un penseur musulman
encyclopédique, nous a quittés suite à un long combat avec le Cancer, alors
qu’il allait atteindre 70 ans.
Egyptien de
naissance, Abdul-Wahhâb El-Messiri a fait ses études universitaires en
littérature anglaise en Alexandrie, et puis a obtenu son magistère et son
doctorat en littérature anglaise et comparée aux Etats-Unis. Il a enseigné dans
différentes universités en Egypte, dans le monde arabe et en Malaisie entre
autres postes qu’il a occupés.
A travers les
années et de sa maturation intellectuelle, El-Messiri était membre de la
confrérie des Frères Musulmans à sa jeunesse, il a ensuite rejoint le courant
marxiste pour l’accompagner et l’étudier de près pendant des années, puis il a
été attiré par la culture et la littérature occidentale où il a longuement
puisé, pour enfin rejoindre le havre de l’islam et de la culture
arabo-musulmane.
En plus de ses
activités littéraires en tant que poète et écrivain sur des sujets touchant la
civilisation occidentale et usaméricaine, des études littéraire et linguistique,
et aussi plusieurs livres de littérature pour enfants, Professeur
El-Messiri est devenu, grâce à un long travail en profondeur, l’un des
meilleurs spécialistes mondiaux de l’histoire du Judaïsme et du mouvement
sioniste, et de la pensée juive et sioniste, avec plus d’une trentaine
d’ouvrages entre 1972 et 2006, dont quelques uns sont en Anglais.
Son œuvre la plus
importante et de loin la plus connue, fruit de 25 ans d’efforts, et pour
laquelle il a reçu plusieurs menaces de mort de la part du rabbin Meir
Kahane, est la grande « Encyclopédie sur les Juifs, le Judaïsme
et le Sionisme : un nouveau modèle d’explication » en
huit volumes, une œuvre unique sans comparable de cette envergure dans le monde.
Une version électronique (en Arabe) de cette encyclopédie est disponible sur son
site à www.elmessiri.com/encyclopedia/
Pour l’anecdote,
son intérêt pour ces sujets a commencé en 1963 aux Etats-Unis quand il a demandé
à une collègue quelle était sa nationalité, et elle lui a répondu qu’elle était
juive. Il a alors insisté en disant qu’il voulait savoir sa nationalité et non
pas sa religion, mais la jeune dame n’a fait que répéter la même réponse. Et
depuis, sa curiosité pour comprendre cette réponse l’incite à tout lire sur le
Sionisme, le Judaïsme, les Juifs et les Israéliens.
Professeur
El-Messiri ne s’est pas contenté de ses activités intellectuelles, il s’est
aussi impliqué en tant que militant politique et opposant au régime égyptien en
participant à la création fin 2004 du mouvement pour le changement en Egypte
« Kifâya » (ça suffit) dont il est devenu le
coordinateur général début 2007.
Malgré son âge,
Professeur El-Messiri a participé à plusieurs manifestations et actions
pour la défense de la liberté et la justice, contre la corruption, contre la
tentative du président égyptien Hosni Moubarak de léguer son poste à son
fils, et contre l’invasion culturelle occidentale et israélienne en Egypte,
comme par exemple son opposition à une proposition israélienne d’enseigner
l’hébreu comme deuxième langue dans les écoles égyptiennes.
Ses actions et ses
écrits avec sa profondeur d’analyse et son courage, lui ont valu beaucoup
d’ennemis en Israël jusqu’à ce qu’il soit accusé d’antisémitisme, et aussi au
sein même du régime égyptien, où il était sans cesse harcelé, alors que la rue
arabe et les forces de résistance le considéraient comme l’un des plus
importants défenseurs des causes stratégiques da la nation arabe et
musulmane.
Sur son site, on
peut lire dans sa dédicace de son encyclopédie :
C’était un jour imprégné de
l’odeur de l’histoire et de l’éternité.
[...]
Au matin, mon ami m’a dit que nous
allions présenter nos condoléances à la famille d’un martyr palestinien qui a
été fauché par les balles alors qu’il essayait de passer à travers les fils
barbelés pour retourner à sa terre. [...] Quand nous sommes entrés dans la
maison, nous n’avons pas entendu de pleurs, et nous n’avons pas vu de signe de
tristesse. Bien au contraire, ils distribuaient des gâteaux et ils recevaient
des compliments en disant : « Bientôt aux bleds incha-Allah ».
Tout le monde parlait du don de soi et du sacrifice.
J’étais assis à côté d’un vieil
homme, un partisan du cheikh Izzeddine Al-Qassâm (1882-1935, d’origine
syrienne, il a fait ses étude à l’université Al-Azhar en Egypte avant de
s’installer en Palestine où il fut l’un des pères de la résistance nationale
armée contre les Britanniques et les Sionistes. Il fut tué par les Britanniques
dans une bataille en 1935, NdT). Le vieil homme me dit : « Nous
savions très bien que nos armes ottomanes étaient vieilles, et que chaque fois
que nous nous accrochions avec les Sionistes et les Britanniques ils vont nous
cueillir avec leurs balles, comme ils viennent de faire avec notre fils martyr.
Malgré cela, nous partions toutes les nuits de nos villages pour les
combattre ». Je lui demande : « Pourquoi ? » Le
vieil homme se tait un peu, puis il s’agite comme une vieille montagne
palestinienne et il dit : « c’était pour qu’on n’oublie pas la
terre et le pays... Pour que personne n’oublie la patrie ».
[...]
[Je dédie ce travail] à Abou Saïd,
qu’Allah ait pitié de son âme,
Et à tous ceux qui ont enduré et
résisté,
Et à tous ceux qui vont endurer et
résister avec la grâce d’Allah...
Abdul Wahhâb El-Messiri
Je vous invite à
lire ci-dessous une traduction de l’Arabe d’un article, publié sur le site de la
chaîne Al-Jazeera, que le Professeur El-Messiri a rédigé
début septembre 2006 après l’agression israélienne de 33 jours contre le Liban.
Ce texte, toujours
d’actualité, expliquerait bien cette hyper activité sur la scène internationale
pour redonner de la vigueur à un corps mourant.
La
Fin
d’Israël
Abdul Wahhâb
El-Messiri
Al-Jazeera.net
Le 17 août 2006, pendant la
sixième guerre arabo-israélienne, alors que les avions israéliens bombardaient
les villes, les villages et l’infrastructure libanais, et faisaient couler le
sang des civils, le journal Maariv a publié un article rédigé par
le journaliste Yonatan Shem, et intitulé : « Tel Aviv a été
fondé en 1909, et en 2009 elle se transformera en ruines ». On lit dans
l’article que « cent ans plus tôt on a construit la première ville
hébreu, et après cent ans d’isolement, elle est condamnée ». Qu’est ce
qui pousse cet écrivain à parler de la fin, la fin d’Israël, alors que la force
militaire israélienne vient d’atteindre son apogée, et que le soutien
usaméricain, politique, financier et militaire, à cet état, a dépassé toutes les
limites et franchi toutes les lignes rouges ? Comment expliquer cette
situation ?
Tout d’abord il nous faut rappeler
une vérité ignorée par beaucoup dans le monde arabe, c’est que la question de la
fin d’Israël est enracinée dans la conscience sioniste. Bien avant la création
de l’état, beaucoup de sionistes étaient conscients que le projet sioniste était
une mission impossible et que le rêve sioniste se transformerait en cauchemar.
Depuis la création de l’état et après que les sionistes aient accompli « la
victoire » sur les armées arabes, la hantise de la fin ne cesse de se
renforcer. Déjà en 1954, Moshé Dayan, [qui deviendra plus tard] ministre
de la défense et ministre des affaires étrangères, déclare lors des obsèques
d’un ami à lui : « Nous devons être préparés et armés, être forts
et durs, pour que l’épée ne tombe pas de notre poigne, et que la vie n’arrive à
son terme ». La fin, toujours présente dans les esprits, car les
victimes qui ont été chassées de chez eux, les voilà devenus, eux et leurs
enfants, des fédayin qui frappent aux portes pour réclamer la terre qui leur a
été usurpée. C’est pour cela que le poète israélien Haïm Gouri considère
que tout israélien naît « avec, en son sein, le couteau qui va
l’égorger », car cette terre (Israël) « ne peut assouvir sa
soif », et elle demande toujours « plus de tombes et de
cercueils ». Dans la naissance il y a la mort, et dans le commencement
il y a la fin.
Dans son roman « En
affrontant le bois » écrit dans la première moitié des années soixante, le
romancier israélien Abraham
Yehoshua
décrit l’état psychologique d’un étudiant israélien qui a été affecté à un poste
de garde d’un bois planté par le Fonds National Israélien à l’emplacement d’un
village arabe supprimé par les Sionistes. Bien que ce garde aime la solitude, il
rencontre un vieil Arabe sourd originaire de ce village, et qui s’occupait de ce
bois avec l’aide de sa fille. Une relation d’amour et de haine naît entre
l’Arabe et l’Israélien. L’Israélien a peur de la vengeance de l’Arabe qui a été
atteint de son handicap pendant les opérations de nettoyage ethnique organisées
par les Sionistes en 1948, mais en même temps il se sent attiré par ce vieil
Arabe d’une façon extraordinaire. Il découvre même, qu’il essaie
inconsciemment de l’aider à mettre le feu au bois. Et quand finalement
l’Arabe parvient à allumer le feu, le garde se libère de tous ses sentiments
enfouis en son intérieur, et il ressent un confort étrange après que le bois
ait été brulé, c’est-à-dire après la fin
d’Israël !
Dans une réunion privée au
Centre Al-Ahram pour les Etudes Politiques et Stratégiques,
le Général français André Beaufre, qui a conduit les forces
françaises lors de l’agression tripartite contre l’Egypte en 1956, nous raconte
une histoire étrange dont il était le seul témoin. Il affirme avoir rendu visite
à Yitzhak Rabin le mi-juin 1967, quelques jours après la fin de la guerre
[de 5 juin 1967], et alors qu’ils survolaient le Sinaï et les forces
israéliennes victorieuses sur leur chemin de retour en Israël, il a été surpris
d’entendre Rabin déclarer : « Qu’est ce qu’il va rester de tout
ça ? » Une fois au sommet, le Général victorieux a pris conscience
du caractère inévitable de la chute et la fin.
Personne n’aime aborder la
question de la fin en Israël, mais elle revient à chaque crise. Pendant
l’Intifada de 1987 quand le consensus sioniste sur la colonisation commençait à
s’effriter, Israël Harel, porte-parole des colons (fondateur et
ex-président des communautés juives en Judée-Samarie et Gaza, NdT), avertit
que toute forme de retrait (unilatéral) et de concession, ne s’arrêterait pas à
la ligne verte (frontières de 1949), car cela impliquerait un retrait
spirituel qui pourrait menacer l’existence de l’état lui-même
(Jérusalem Post, 30 janvier 1988). De son côté, le président du
conseil régional de la
Samarie déclare à Sharon (lors d’une dispute verbale avec lui)
que « la voie diplomatique est la fin des colonies, c’est la fin
d’Israël » (Haaretz, le 17 janvier 2002). Les colons
répètent sans cesse que le retrait de Nablous signifie le retrait de
Tel-Aviv.
Avec l’Intifada d’Al-Aqsa,
les journaux israéliens ont parlé à plusieurs reprises de la question de la fin
d’Israël. Le 27 janvier 2002, Yediot Aharanot publie un article
intitulé « Ils achètent des appartements à l’étranger en prévision du
jour noir », le jour auquel les Israéliens n’aiment pas réfléchir,
c’est-à-dire la fin d’Israël ! Le même sujet est abordé dans un article de
Yael Baz Milmad (Maariv, le 27 décembre 2001) qui commence
avec cette réflexion : « J’essaie toujours de repousser cette idée
désagréable, mais elle revient chaque fois et apparaît de nouveau : Est-il
possible que la fin de cet état soit similaire à celle du mouvement des
Kibboutz ? Il y a plusieurs aspects de ressemblance entre les
événements que les Kibboutz ont vécu avant de s’affaiblir et de rendre l’âme, et
les événements qui se déroulent avec l’état ces derniers jours ». Gideon
Eiset résume bien la situation dans une phrase dramatique :
« Il y a quelque chose sur laquelle on peut pleurer :
Israël » (Yediot Aharonot, le 29 janvier
2002).
Même le magasine
Newsweek sort un numéro (le 2 avril 2002) avec l’étoile d’Israël
en page de couverture, et avec la question suivante à l’intérieur :
« L’avenir d’Israël : comment va-t-il survivre ? » Le
magasine va même plus loin en se demandant : « Est-ce que l’état
juif va rester en vie ? A quel prix ? Et avec quelle
identité ? » Mais ce qui nous importe ici, c’est ce que déclare
l’écrivain israélien Amos Eilon en affirmant qu’il est dans une
situation de désespoir, car il craint qu’il soit déjà trop tard. Et il
ajoute « Je ne vous ai dit que la moitié de ce que je craignais »
(l’autre moitié est qu’il est déjà trop tard). La question de la fin d’Israël
est aussi traitée dans un article de d’Eitan Haber intitulé
« Bonne nuit le désespoir... Et que la mélancolie enveloppe
Israël » (Yediot Aharonot, le 11 novembre 2001). L’auteur
souligne que l’armée usaméricaine possédait les derniers équipements militaires,
malgré cela, tout le monde se rappelle des images des hélicoptères usaméricains
survolant l’ambassade à Saigon, en essayant de secourir les USaméricains et
leurs agents locaux dans un état de peur et de panique mortelle. L’hélicoptère
est le symbole de la défaite, de la soumission et de la fuite lâche au bon
moment. Puis l’auteur continue de détailler la situation : « l’armée
des hommes aux pieds nus du Vietnam du Nord, a vaincu les combattants armés des
équipements militaires les plus modernes. Le secret est que c’est l’esprit qui a
conduit les combattants et leurs chefs vers la victoire. L’esprit veut dire
le moral, la ténacité, la conscience de suivre un voie juste et la certitude
qu’il n’y a pas d’autres options possibles. Et c’est ce qui manque à Israël, qui
est envahi par le désespoir ».
Quant à Abraham Burg, il
déclare dans un article (Yediot Aharonot, le 29 août 2003) :
« La fin du projet sioniste est déjà sur le palier de notre porte.
Il y a une vraie chance que notre génération soit la dernière génération
sioniste. Il se peut qu’il y ait toujours un état juif, mais il sera différent,
bizarre et laid… Car un état qui manque de justice ne peut survivre…
L’infrastructure sioniste est en train de se fissurer… A l’instar d’une
salle de mariage bon marché à Jérusalem, où seulement des fous vont continuer à
danser à l’étage supérieur alors que les piliers sont en train de
s’écrouler ». Ce même sujet revient dans un article de Liron London
(Yediot Aharonot, le 27 novembre 2003), intitulé :
« Les aiguilles de la montre s’approchent de zéro pour l’état
d’Israël », où on peut lire : « dans la conférence sur
l’immunité sociale organisée cette semaine, on a su qu’un très grand nombre
d’Israéliens avait un doute sur l’existence l’état d’ici trente ans. Cette
donnée inquiétante montre que les aiguilles de la montre s’approchent de l’heure
12 (c’est-à-dire l’heure de la fin), et que ceci est la raison pour la
multiplication des plans politiques qui naissent à l’extérieur de la matrice
stérile du pouvoir ». Et quand la Cour
Internationale de Justice avait déclaré
le mur de « séparation » comme illégal, on a immédiatement déclaré que
c’était le début de la fin.
La question qui se pose, c’est
pourquoi cette obsession de la fin qui hante les Israéliens ? Il y aurait
plusieurs raisons. Mais la plus importante est le fait que les colons sionistes
ont compris qu’il y avait une loi qui s’appliquait sur toutes les entités
colonialistes. Cette loi stipule que ce sont seulement les entités qui ont
exterminé les populations autochtones (comme en Amérique du Nord et en
Australie) qui ont survécu. Mais en revanche, celles qui ont échoué dans
leurs tentatives d’extermination des indigènes (comme les royaumes francs,
appelés aussi royaumes des croisés, l’Algérie et l’Afrique du Sud), ces entités
là ont fini par disparaître. Et les colons sionistes ont bien conscience
que leur entité colonialiste appartient à ce deuxième modèle et ne fera pas
exception à la règle.
Les Sionistes savent qu’ils
habitent la même terre où ont été établis les royaumes francs [de la terre
sainte], et qu’ils sont entourés des ruines de ces royaumes, qui leur rappelle
que cette expérience colonialiste a bien échoué et disparu. De plus, ce qui
aggrave cette obsession de la fin, c’est que dans les consciences occidentale
et sioniste, on considère depuis le début qu’il y a un lien et une continuité
entre le projet des croisés et le projet sioniste. Lloyd George, le
premier ministre britannique du gouvernement qui a formulé la promesse de
Balfour, a déclaré que le Général Allenby qui a conduit les troupes
britanniques qui ont envahi la Palestine, qu’il a mené et gagné la dernière et la
plus grande campagne victorieuse des croisades. Nous pouvons dire que le
projet sioniste est le même que le projet franc après qu’il ait été laïcisé,
et qu’on ait substitué la matière humaine juive occidentalisée et laïcisée à la
matière humaine chrétienne.
C’est pour cela que les
spécialistes israéliens étudient les composants humain, économique et militaire
de l’entité des Francs [croisés], ainsi que les relations entre cette entité et
les pays d’origine le supportant. Beaucoup de chercheurs sionistes se sont
intéressés à l’étude des problèmes de colonisation et d’immigration qu’avait
affrontés cette entité des Francs, et ont essayé de comprendre les facteurs
d’échec qui ont conduit à sa disparition.
Mais cet intérêt ne se limite pas
aux cercles académiques, car on trouve des personnalités politiques comme
Yitzhak Rabin et Moshé Dayan qui s’intéressent aux problèmes de
colonisation et d’immigration. En septembre 1970, Yitzhak Rabin a comparé
les royaumes francs et l’état sioniste pour conclure que le danger principal qui
menace Israël, c’est le gel de l’immigration, et que ceci aboutirait au
rapetissement de l’état par manque de sang nouveau dans ses
veines.
Uri Avnery, écrivain et journaliste
israélien, et ex-membre de la
Knesset, était l’un des colons sionistes qui se sont rendu
compte depuis le début de l’impossibilité de réaliser le projet ou le rêve
sioniste. Depuis les années cinquante il était éditorialiste dans le magazine
Haolam Hazeh (ce monde là), spécialiste dans la critique des
politiques sionistes. Avnery avertissait les sionistes d’un destin
similaire aux royaumes francs dont il ne reste que des ruines. En 1986, il
publie un livre intitulé « Israël sans Sionistes » dans lequel
il effectue une comparaison exhaustive entre les royaumes francs et l’état
sioniste, car, à l’instar de ces royaumes, Israël est encerclé militairement
parce qu’il ignore l’existence palestinienne et il refuse de reconnaître que la
terre promise est habitée par des Arabes depuis des centaines d’années.
Avnery revient au sujet en 1983, après
l’invasion sioniste du Liban, dans un article publié dans Haolam
Hazeh et intitulé « Quelle sera la fin ». Il y signale
que les royaumes francs ont occupé des terres plus vastes de celles occupées pas
l’état sioniste, cependant les Francs étaient capables de tout sauf de vivre en
paix, car les solutions de compromis et la cohabitation pacifique étaient
étrangères à l’essence même de leur entreprise. Et chaque fois qu’une nouvelle
génération demanda la paix, leurs efforts partirent en vain avec l’arrivée de
nouveaux groupes de colons, ce qui veut dire que les royaumes francs n’ont
jamais perdu leur caractère colonial. De plus, l’institution militaire et
économique des Francs avait un rôle effectif contre les tentatives de paix, ce
qui avait pour effet que l’expansion des Francs se poursuivait sur une ou deux
générations. Ensuite, la fatigue les a atteints, et la tension entre les
Chrétiens francs d’un côté, et ceux des communautés chrétiennes orientales d’un
autre côté, a augmenté, ce qui a affaibli la société coloniale des Francs, et a
aussi affaibli le soutien financier et humain de l’Occident. En même temps, une
nouvelle renaissance islamique a vu le jour, le mouvement pour combattre les
royaumes franc a commencé, et les Musulmans ont trouvé de nouvelles routes
commerciales à la place de celles contrôlées par les Francs. Après la mort des
premières générations d’élite dans les royaumes, des héritiers faibles ont pris
leur place alors que des grands dirigeants musulmans sont apparus, à commencer
par Salah-Eddine à la personnalité hors du commun, jusqu’à Al-Zaher
Baybars (1221-1271, un sultan mamelouk, il combat les Croisés et obtient
une victoire importante contre les Mongols à Aïn-Djalout en 1260, NdT).
Depuis l’équilibre des forces n’a cessé de pencher en défaveur des Francs, et
rien ne pouvait empêcher leur défaite et leur fin, avec la fin des royaumes
croisés !
Pour tout cela, la hantise de la
fin est revenue une nouvelle fois, suite à cette sixième guerre, après
l’endurance libanaise héroïque devant la barbarie israélienne, et après
l’ingéniosité de la résistance libanaise. Les Sionistes ont découvert les
limites de la force et ils ont touché au début de la fin. Et comme l’explique
l’intellectuel israélien Shlomo Reich : « Israël court d’une
victoire en une autre jusqu’à ce qu’il arrive à sa fin inévitable ».
Les victoires militaires n’ont rien accompli, car la résistance continue, ce qui
aboutit à ce que l’historien israélien Jacob Talmon nomme (d’après
Hegel) « la stérilité de la
victoire ».
Sources :
www.elmessiri.com
http://www.aljazeera.net/NR/exeres/E0BAA41C-CA64-4C9D-89B9-8F33E0C86BA0.htm
http://www.aljazeera.net/NR/exeres/E6F1079D-89C6-4E7B-AB16-D1D376D0A9A3.htm