Palestine occupée

Abd-el-Wadoud dans l’état des Yahoud (Abd-el-Wadoud dans l’état des Juifs)


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Traduit de l'arabe par I.A.
Lundi 10 Décembre 2007

Abd-el-Wadoud dans l’état des Yahoud

(Abd-el-Wadoud dans l’état des Juifs)

Une courte histoire traduite de l’Arabe

Souhaïl Kiwan

07/12/2007

Al-Quds Al-Arabi

L’enseignant se déplace avec paresse et difficulté, en demandant aux élèves de l’aider à accrocher les ficelles qui portent les drapeaux dans les classes et la cour de l’école, des drapeaux et des images d’hommes et de femmes soldats souriants comme s’ils revenaient d’une partie de danse, et des images d’avions et de chars neufs étincelants appétissants comme des parts de pâtisserie.

Les élèves commencent à s’entraîner pour la pièce de théâtre qu’ils joueront le lendemain. Le premier acte est à propos de l’enseignement durant l’époque turque, al-kouttâb (l’endroit où apprennent les enfants, ndt.) et le cheikh sévère qui aime al-halâwah aux sésames (le halva) et al-falqah (une bastonnade sur les pieds, ndt.). Le deuxième acte est sur l’enseignement à l’époque anglaise. L’enseignant n’est pas très sévère mais il n’est pas un ange de miséricorde non plus.

Abd-el-Wadoud est choisi pour jouer le rôle de l’enseignant à l’époque israélienne, alors il doit être élégant et il doit arrêter de se moucher avec sa manche sur la scène. Pour célébrer l’occasion il décide de se procurer un drapeau et de courir avec. Il n’a pas conscience que les larmes de sa mère et sa grand-mère et leurs sanglots qui le dérangeaient alors qu’il frappait le coton et le rembourrait dans les couettes et les oreillers, qu’il triait les lentilles et le sésame ou qu’il vidait les courges, tout ça était à cause de cette indépendance qui avait éloigné ses oncles maternels et ses tantes vers l’inconnu, et qui l’a transformé à un semi-refugié du côté de sa mère. Il n’a pas conscience qu’il fait partie de ces personnes que le gouvernement désigne comme (les Arabes de la terre d’Israël) et qu’un jour viendra où ils deviendront un simple numéro (les Arabes de 48) ! Tout ce qu’il sait, c’est qu’il est un enfant et il veut un drapeau !

A un moment, il envisage de voler un drapeau, puis il change d’avis car il sait que celui qui vole sera puni dans cette vie ici-bas en stationnant debout au coin de la classe sur une seule jambe tout en levant les bras, et dans la vie dernière il sera maudit dans l’enfer. C’est pour cela qu’il choisit les moyens pacifiques en demandant un drapeau à l’enseignant qui a écrit la pièce.

  • Et qu’est ce que tu veaux faire avec le drapeau ?
  • Je veux jouer avec.
  • Le drapeau n’est pas pour jouer, dit l’enseignant.
  • SVP maître, donnez moi un drapeau.
  • No, interdit…
  • Pourquoi ?
  • Quand tu seras grand tu comprendras.

Abd-el-Wadoud décide de ne pas attendre qu’il grandisse, mais comme il a peur de l’argent volé, il a une idée. Il rentre chez lui et il sort un grand papier de dessein et un crayon de couleur bleue. Il trace deux lignes parallèles de longueur raisonnable, mais reste le problème de l’étoile. Il essaye plusieurs fois sans succès. Et après beaucoup d’efforts où il a jeté beaucoup de papiers très chers à lui, il réussit à faire quelque chose très proche d’une étoile à six branches. Il apporte une règle et il y fixe le drapeau avec deux clous, et il se met à courir dans la place de la source et puis dans la ruelle menant à la mosquée, fier de son drapeau et de son travail… Soudain quelqu’un lui dit :

  • Qu’est ce que c’est, gamin ?
  • C’est un drapeau !
  • Un drapeau de quoi, gamin ?
  • C’est le drapeau de la fête…
  • Quelle fête ?
  • La fête de l’indépendance.
  • « Ikhss-‘alaik » (une expression arabe dialectale qui veut dire « honte sur toi », ndt.), je vais te montrer chez ton père !

Abd-el-Wadoud s’étonne. Que veut dire ce mot « ikhss ». Est-ce le même qu’on dit à un chien quand il aboie sans raison (dans ce cas là, il s’agit de « ikhsa’ » qui veut dire « écrase-toi », ndt.).

Son père travaille dans la carrière pour casser et faire exploser les rochers géants avec ses mains et avec de la dynamite. Le soir, Abd-el-Wadoud accueille son père à son retour quand il descend de la voiture du patron. Alors, son père lui sourit avec le visage et les cheveux tous blancs avec la poussière, et il lui fait l’honneur de porter le filet contenant son panier vide de casse-croûte. Parfois il lui apporte de la montagne des beaux bouquets de Maïramiah ou de Faïdjan (plantes florales et médicinales, ndt.) !

Ce jour, son père rentre et descend de la voiture du patron, Abd-el-Wadoud se met alors à courir en levant le drapeau de sa droite. Le patron sourit en voyant le drapeau dans la sa main. Il descend alors de la voiture, il essuie sa tête, il lui donne un bonbon et il lui dit avec un mauvais arabe : « tu es un sucre ». Mais le bonbon est du genre piquant qu’il n’aime pas et qu’il n’aimera jamais. La voiture du patron s’éloigne dans un nuage de poussière, alors qu’Abd-el-Wadoud est très content.

Une fois la voiture éloignée pendant qu’ils marchent vers la maison, son père se tourne vers lui et lui dit :

  • Qu’est ce que tu as dans la main, Abd ?
  • Un drapeau...
  • Le drapeau de qui ?
  • Le drapeau de l’indépendance...
  • Ce n’est pas bien !
  • Pourquoi ?
  • T’as déchiré des papiers de ton cahier pour dessiner un drapeau !
  • Ah, oui...
  • Donc ce drapeau n’est pas bon.
  • Veut-tu m’acheter un nouveau drapeau ?
  • Non.
  • Pourquoi ?
  • Car ce n’est pas bien.
  • Mais pourquoi ce n’est pas bien ?
  • Ca suffit. Je te dis que ce n’est pas bien... Quand tu seras grand tu comprendras pourquoi...
  • Mais Papa, le monsieur m’a dit « Ikhss-‘alaik ».
  • Moi aussi je te dis « Ikhss-‘alaik » !
  • Pourquoi ?
  • Tu sauras quand tu seras grand...

Abd-el-Wadoud est perturbé et il se demande comment ses engueulades pourraient avoir un lien quelconque avec le drapeau ! Tout de même, il supplie son père d’assister à la pièce de théâtre.

Le lendemain, les deux premiers actes sont joués et puis vient le tour d’Abd-el-Wadoud. Il porte un grand drapeau dans le coin de la scène alors qu’au premier rang il y a des hommes étrangers avec des habits étrangers.

  • Qu’est ce qu’on célèbre aujourd’hui les enfants ?
  • La fête de l’indépendance... répondent les trois élèves sur la scène.

Abd-el-Wadoud jette un coup d’œil à l’audience pour voir son père, mais il est surpris de constater qu’il n’est plus là et que sa chaise est vide... Cela le trouble et il ne sait plus continuer son rôle. Le scénariste intervient par derrière les rideaux pour lui dicter sa parole, mot à mot, car il a tout oublié comme s’il n’est plus Abd-el-Wadoud de la vaille. A la fin de la pièce, Widâd, la plus grande fille de la classe CE2 lui dit : « Tu n’es pas bon... » D’autres enfants des lasses CM1 et CM2 lui disent : « Ikhss-‘alaik ». Et quand il demande à son père pourquoi il a quitté le théâtre, il lui dit : « Ikhss, ikhss, ikhss... »

Abd-el-Wadoud se met en colère et il pleure. Il veut savoir la raison de ce « Ikhss » ? Alors sa mère lui explique pourquoi elle pleurait quand elle triait le sésame et les lentilles et elle vidait les courgettes...

Les décennies passent et Abd-el-Wadoud apprend beaucoup de choses, et il chante avec ses copains des chants composés par les deux frères Foulaïfel (Mohammad et Ahmad Foulaïfel sont deux frères d’origine libanaise qui ont composé la musique de plus d’un millier de chants patriotiques durant la première moitié eu 20e siècle, ndt.).

Mais la dernière chose qui le dégoûte et qui le fait crier du fond de ses tripes « Maoutini, maoutini » (Ma patrie, ma patrie : l’un des chant patriotique arabe les plus célèbres, ndt.), c’est l’exigence d’Olmert et de Bush des Arabes de reconnaître que son pays c’est l’état des Juifs... Dans sa tête commence à prendre forme une pièce de théâtre cauchemardesque intitulé « Abd-el-Wadoud dans l’état des Yahoud ».

http://www.alquds.co.uk/index.asp?fname=2007\12\12-08\06z19.htm&storytitle=ffعبد%20الودود%20في%20دولة%20اليهود..fff


Lundi 10 Décembre 2007

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