Géopolitique et stratégie

ATTAQUE CONTRE L'IRAN


Proposé par l'auteur

Par Elie Lévy

Article publié par Evropa Nacija
(Belgrade) en mai-juin 2006

Pour affirmer leur hyperpuissance les Etats-Unis ont besoin de vaincre des ennemis, ce que le président actuel n'a pas réussi à faire au cours de son second mandat. Et pour prouver qu'ils ont un statut et un pouvoir spécial qu'ils sont les seuls à pouvoir utiliser, ils doivent maintenant démontrer que leur nouvelle doctrine d'attaque nucléaire "préventive", formulée il y a quelques années et réaffirmée le 16 mars 2006, n'est pas une blague.


Elie Lévy
Vendredi 2 Mars 2007


Avant d'envisager de "passer le relais" en Irak (ou de s'en retirer partiellement) ils doivent montrer d'une part que c'est un choix politique et pas un échec, et d'autre part que leurs forces conventionnelles, ici embourbées, ne sont pas tout.

Au niveau des rapports de force mondiaux, ils doivent aussi faire comprendre à leurs véritables rivaux, dont certains ont une supériorité militaire conventionnelle (Chine, Russie, Europe, demain Brésil et Inde) ou une supériorité économique et technologique (Europe et dans une moindre mesure Japon, demain Chine) qui les met à l'abri de tout risque d'invasion et d'occupation, que lorsque leurs intérêts sont menacés ils peuvent ne pas hésiter à frapper pour détruire.

Et quant aux intérêts des Etats-Unis, la nouvelle doctrine a bien précisé qu'il ne s'agissait pas seulement, comme pour la plupart des pays, de l'intégrité du territoire, la protection de la population et la souveraineté de gouvernement, mais aussi de la sécurité des approvisionnements, la suprématie monétaire, les intérêts économiques, la liberté de prosélytisme extérieur et la sécurité des amis ; pour mémoire, les meilleurs amis des Etats-Unis sont Israël, la Turquie, le Pakistan, l'Indonésie, l'Arabie Séoudite et le Nigéria, tous des dictatures islamistes (sauf Israël) et belliqueuses.

Pour leur prochaine démonstration de force les Etats-Unis ne peuvent pas attaquer la Corée du Nord, qui est pourtant vraisemblablement en train de développer des armes nucléaires grâce à l'aide du Pakistan (grand protégé de l'oncle Samuel et allié du neveu Israël) car cela reviendrait politiquement à attaquer la Chine, et pourrait aussi provoquer une contre-attaque sur le Japon, Taïwan et évidemment la Corée du Sud, grands acheteurs de Bons du Trésor et soutiens du dollar.

Ils ne peuvent pas attaquer le Vénézuela, car ils ne savent pas vaincre un pays sans le détruire or ils ont besoin du pétrole vénézuelien, donc ils doivent soit essayer encore une déstabilisation politique soit le faire attaquer par la Colombie. A ce sujet il convient de rappeler que l'attaque de l'Irak n'avait pas pour but de s'approprier un pétrole lointain dont la revitalisation de la production aurait nécessité de lourds investissements, mais premièrement de faire monter les cours du pétrole, deuxièmement de punir le premier pays qui vendit son pétrole en euros, et accessoirement de déstabiliser l'aire d'approvisionnement des pays européens (pour rentabiliser le développement pétrolier de la mer Caspienne).

Ils n'ont pas besoin d'attaquer Cuba, car ce pays tombera de lui-même après le décès de Fidel et Raúl Castro et il vaut mieux éviter de l'abîmer avant qu'il redevienne une colonie états-unienne.

Ils n'ont pas trop intérêt (malgré leur tentation affichée et réelle à détruire le dernier pays musulman qui résiste à l'islamisme) à attaquer la Syrie car sa disparition mettrait en contact direct leurs meilleurs alliés, Israël et la Turquie.

Israël, d'un autre côté, est probablement réellement inquiet des capacités ballistiques (même non nucléaires) de l'Iran, et ne peut tolérer les discours récents du nouveau président iranien (qui recherche une solidarité musulmane) appelant à la destruction d'Israël.

Israël est maintenant l'une des toutes premières puissances nucléaires tactiques. Avec une composante maritime, une composante aérienne pilotée et des missiles de croisière, Israël a des capacités nucléaires tactiques supérieures par exemple à celles du Royaume-Uni. Même si on admet qu'Israël ne détiendrait que 200 armes nucléaires, on sait depuis octobre 2003 que des têtes nucléaires (miniaturisées) ont été adaptées au missile de croisière Harpoon (à vol rasant et guidage par satellite) dont Israël a équipé ses sous-marins d'attaque, ses corvettes et patrouilleurs et ses avions F16.

Or les Etats-Unis ne peuvent pas laisser Israël attaquer l'Iran, car la solidarité jouerait ("les ennemis de nos ennemis sont nos amis") et le couple oncle Samuel / neveu Israël pourrait se retrouver face à une coalition panislamiste perso-arabe. Il est utile de rappeler que pour la guerre contre l'Irak, certains pays s'étaient faits payer pour participer mais Israël s'était fait payer pour ne pas participer (afin d'éviter que tout le monde arabe se ligue contre Israël donc du côté irakien).

Au contraire en attaquant l'Iran avant qu'Israël ne le fasse (et en maintenant Israël en-dehors du conflit), les Etats-Unis peuvent espérer unir tous les pays arabes contre la Perse, voire tous les peuples sunnites contre les chiites, en tout cas ils sont sûrs de "redorer leur blason" légèrement terni par le massacre des Irakiens et l'installation d'un pouvoir chiite à Bagdad, en donnant cette fois une victoire aux Arabes et aux sunnites.

Il est vrai que l'occupation de l'Iran pourrait être confiée aux deux meilleurs alliés des Etats-Unis, la Turquie (à qui on pourrait confier la moitié ou le tiers nord sous prétexte de réduire les séparatistes kurdes) et le Pakistan, deux pays voisins disposant chacun de plus d'un million de soldats : avec une "coalition" aussi nombreuse, un commandement central états-unien pourrait s'installer durablement.

Mais l'Iran ne peut pas être militairement conquis (même une armée irakienne moderne n'a pas pu le vaincre), et encore moins par des troupes aussi inefficaces que l'armée états-unienne. Il faudrait le forcer à accepter une reddition sans combat et une occupation consentie. Or justement le principal savoir-faire stratégique des Etats-Unis depuis Dresde (confirmé à Hiroshima, Nagasaki, Banja Luka, Čačak et Falloudja), c'est de massacrer la population civile de l'ennemi pour qu'il se rende sans qu'on ait eu à risquer un seul fantassin sur son territoire.

Cependant l'Iran n'est pas un pays démocratique comme la Serbie, aussi il ne suffira pas de détruire son industrie, priver sa population d'eau potable et perpétrer quelques massacres aléatoires de foules pour que les ayatollahs capitulent. Pour faire capituler ce pays, il faudra massacrer des multitudes (populations civiles naturellement car la mort de soldats n'émeut personne) ; il faudra des destructions massives, telles que le gouvernement ne puisse feindre d'ignorer le peuple, telles que le peuple ne puisse pas autoriser le gouvernement à résister ; il faudra un niveau de destructions et de massacres tel que tous, dans ce pays, comprennent qu'ils sont attaqués par un monstre fou qui ne connaît aucune limite et ne s'arrêtera pas avant d'avoir obtenu une capitulation inconditionnelle.

A l'opinion publique du reste du monde on parlera de frappes chirurgicales sur des sites d'armements interdits (devant un cratère de 500 m de diamètre il sera difficile de prouver qu'il n'y avait pas de laboratoire nucléaire en cet endroit), et si quelques images sanglantes de la télévision iranienne arrivent à sortir on accusera les ayatollahs d'avoir disposé des "boucliers humains" sur ces "cibles légitimes" et d'avoir construit des hôpitaux au-dessus des silos de missiles. On peut déconnecter un pays du réseau Internet, comme l'a montré la guerre contre la Serbie, et on peut empêcher les journalistes indépendants d'y entrer, comme la montré cette même guerre et celle contre l'Irak.

Les gouvernants du monde entier, eux, devineront la vérité et comprendront le message. Par exemple, pour que la Corée du Nord ne subisse pas le même sort, la Chine est censée laisser s'apprécier le yuan et acheter de plus en plus de Bons du Trésor états-uniens.

Le 19 janvier 2006 Jacques Chirac a annoncé une profonde modification de la doctrine stratégique et nucléaire française. La France passe d'une doctrine de non-emploi à une doctrine d'emploi du nucléaire, elle ne s'interdit plus de frapper des pays non-nucléaires (suivant en cela les Etats-Unis qui avaient ainsi encouragé la prolifération nucléaire il y a cinq ans), ajoute à ses intérêts vitaux la garantie de ses approvisionnements et la défense de ses alliés, et s'autorise désormais à recourir à des frappes nucléaires contre tout Etat qui aurait recours au terrorisme, à la menace ou au chantage.

En théorie cela signifie que la France est désormais prête à vitrifier Téhéran si une bombe artisanale tue cent personnes dans le métro parisien sous la signature du Hezbollah, ou si l'on peut attribuer aux pasdarans le naufrage d'un super-tanker de pétrole obstruant le détroit d'Ormuz. On peut cependant toujours parler de vitrification de la cible car ce même 19 janvier M. Chirac a précisé que dans ce but "le nombre de têtes nucléaires a été réduit sur certains des missiles de nos sous-marins", ce qui confirme qu'une telle frappe serait bien toujours thermonucléaire et mégatonnique (même si le missile ballistique intercontinental ne comporte plus ses six têtes), et non pas par exemple tactique, kilotonnique et délivrée par avion ou missile de croisière.

En pratique, cette modification-surprise de la stratégie française tombe, comme par hasard, juste à point pour justifier et légitimer l'utilisation du nucléaire par les Etats-Unis dans les mêmes conditions. Avec une telle bénédiction les Etats-Unis n'ont même plus besoin d'un Pearl Harbor (ou du sacrifice de 2700 femmes de ménage portoricaines massacrées à coups d'avions à Wall Street par de prétendus extrémistes arabes qui ignoraient qu'une demi-heure plus tard ils auraient tué 50000 financiers Juifs), un petit Markale devrait suffire, ou même une simple grave menace dont on ne verra finalement jamais l'exécution.

Il y a trois mois la presse états-unienne a annoncé que le Pentagone avait déjà identifié une quinzaine de cibles pour des frappes chirurgicales (dont on n'a pas encore précisé la nature).

Le scenario d'une attaque nucléaire semble aussi fou que les protagonistes, mais il expliquerait bien les déclarations surprenantes de M. Chirac.

Cela dit, il n'est pas certain que l'effet recherché soit obtenu, et une telle provocation de l'humanité pourrait bien être l'ultime sursaut d'un monstre que tous ses soutiens laisseraient tomber simultanément, sachant qu'il suffit que le Japon et la Chine cessent pendant quelques jours de suite d'acheter des Bons du Trésor états-unien (ce qui est prévisible vu le bond inévitable du prix du pétrole et donc de leur facture en cas d'attaque de l'Iran) pour que le dollar s'effondre irrémédiablement, enfermant les Etats-Unis sur eux-même (sans importation possible, avec une industrie inadaptée et accablés de dettes) et dans une crise économique et sociale à la mesure d'un endettement colossal sans équivalent dans l'histoire…


Vendredi 2 Mars 2007


Commentaires

1.Posté par Eugh le 02/03/2007 17:11 | Alerter
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Ils n'ont qu'à "vitrifier" ce qu'ils veulent, les musulmans meurent en bosnie, au kosovo, en tchetchenie, en palestine, en somalie, au darfour, en irak, en afghanistan, au cachemire, au liban, aux philipines, en thailande et j'en passe. Ils ont pris l'habitude de mourir violemment, mais au final est-ce que ca leur nuit vraiment ? Ils n'en sortent que plus fervents croyants, que plus fanatiques, que plus radicaux. Et c'est l'Islam orthodoxe ultra-radical qui à l'avènement même de l'Islam, propagea cette religion et cette civilisation à une vitesse foudroyante, c'est cette Islam là, l'Islam de la oumma unifiée dans la radicalité qui fera renaître de ses cendres le califat. Un empire Islamique nouveau, qui aura des comptes à régler.

Pour cette raison, mieux vaut être prudents et ne pas prendre place dans l'axe americano-sioniste.

2.Posté par al akl le 03/03/2007 13:06 | Alerter
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Tout le monde sait que lorsque qu'un chien est violent c'est à son maitre qu'il faut le reprocher. Même s’il faut au préalable mettre le chien en cage.
Les usa sont le pit-bull d'Israël et non le contraire. Les américains sont en train de s'en apercevoir, (hélas pas assez vite) et c’est donc face au sionisme que le vrai combat se place, s’il le faut avec les américains un fois débarrassé de l'instrument d'hypnose qui les transforme en chien enragé. Le sionisme n’a pas d’amis. Eretz Israël signifie que la terre est Israël. Et ses alliés ne le sont que le temps de participer a cette hégémonie sioniste. De suite après ils sont voués a la destruction. Cela ne signifie pourtant pas de bombarder Israël, car les responsables sionistes n’y vivent pas ou si peu. Il s’impose rapidement de mettre le sionisme au ban de l’humanité et de pourchasser les sionistes à travers le monde et de les faire payer tous leurs crimes. Le sionisme a créé tous les nationalismes dont le pire le nazisme. Le fait qu’il ait pignon sur rue n’est qu’une ironie de l’histoire qui « grâce » a leurs ambitions guerrières est en train de devenir visible. Comme le fascisme, le sionisme doit être montré du doigt et combattu par les armes et la loi.
Merci pour vos articles car ils participent a cette prise de conscience.

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