Politique Nationale/Internationale

AMERICA IS BACK! Magister moral ou gendarme du monde


«Qu’il soit dit au monde du futur, qu’au milieu de l’hiver, quand seuls l’espoir et la vertu pouvaient survivre, que la ville et le pays, face à un danger commun, (y) ont répondu».

George Washington


vdida2003@yahoo.fr
Lundi 26 Janvier 2009

AMERICA IS BACK! Magister moral ou gendarme du monde
Le discours de Barack Hussein Obama, aux accents churchilliens, restera longtemps dans les consciences tant il était attendu et tant il a déçu. Ecoutons-le: «Je suis ici devant vous aujourd’hui empli d’un sentiment d’humilité face à la tâche qui nous attend, reconnaissant pour la confiance que vous m’avez témoignée et conscient des sacrifices consentis par nos ancêtres. (..) Nul n’ignore que nous sommes au beau milieu d’une crise. Notre nation est en guerre contre un vaste réseau de violence et de haine. Notre économie est gravement affaiblie, nos écoles laissent tomber trop d’enfants et chaque jour apporte de nouvelles preuves que la façon dont nous utilisons l’énergie, renforce nos adversaires et menace notre planète. En ce jour, nous sommes réunis car nous avons préféré l’espoir à la peur, la volonté d’agir en commun face au conflit et à la discorde ».(1)
« En ce jour, nous proclamons la fin des doléances mesquines et des fausses promesses, des récriminations et des dogmes éculés qui ont pendant trop longtemps étouffé notre vie politique. C’est la voie que nous poursuivons aujourd’hui. Nous demeurons la nation la plus prospère, la plus puissante de la Terre. Nous redonnerons à la science la place qu’elle mérite et utiliserons les merveilles de la technologie pour accroître la qualité des soins de santé et diminuer leur coût. Nous dompterons le soleil, le vent et le sol pour faire avancer nos automobiles et tourner nos usines. Nous transformerons nos écoles et nos universités pour répondre aux exigences d’une ère nouvelle. Cette crise nous a rappelé que sans surveillance, le marché peut devenir incontrôlable. En ce qui concerne notre défense à tous, nous rejetons l’idée qu’il faille faire un choix entre notre sécurité et nos idéaux. Sachez que l’Amérique est l’amie de chaque pays et de chaque homme, femme et enfant qui recherche un avenir de paix et de dignité, et que nous sommes prêts à nouveau à jouer notre rôle dirigeant. Nous sommes un pays de chrétiens et de musulmans, de juifs et d’hindous, et d’athées. Nous avons été formés par chaque langue et civilisation, venues de tous les coins de la Terre. Au monde musulman: nous voulons trouver une nouvelle approche, fondée sur l’intérêt et le respect mutuels. A ceux qui s’accrochent au pouvoir par la corruption et la fraude, et en bâillonant les opinions dissidentes, sachez que vous êtes du mauvais côté de l’histoire.(1)»
Voilà l’essentiel du discours du président Obama. On le voit, le président Obama veut réhabiliter l’image des Etats-Unis, faire la paix avec le monde, mais ne veut en rien céder sur le mode de la vie «l’american way of life» des Américains. De ce côté, il se rapproche de Bush pour qui «le niveau de vie des Américains n’est pas négociable». La «sincérité» du nouveau président américain Barack Obama ne fait pas de doute, mais beaucoup de questions restent sans réponse, a estimé l’ex-dirigeant cubain Fidel Castro.

Analysons le «cap» du président Obama: il dit au monde qu’il n’est pas un fanatique de l’économie de marché, qu’avec lui on pourra, dans une mesure qui reste à déterminer, en négocier le contrôle. Il a affirmé: «La crise nous a rappelé que, sans un oeil attentif, le marché peut échapper à tout contrôle et qu’un pays ne peut pas prospérer s’il favorise seulement les plus riches.» A défaut de citer toutes les thérapies proposées, lisons les conseils de Paul Krugman, prix Nobel d’économie 2008 et chroniqueur au New York Times: «Surpassez Roosevelt!...Barack Obama, le président élu, surfant sur une vague d’écoeurement vis-à-vis des résultats du conservatisme, a déclaré qu’il souhaitait que ´´l’interventionnisme du gouvernement´´ redevienne bien vu. Auparavant, il faudra cependant que le gouvernement devienne bon. Obama devra être un «goo-goo». (...) Sachez que goo-goo est un terme séculaire qui désigne une personne qui travaille à un «good government», Franklin Roosevelt était un super-goo-goo. Il a simultanément rendu le gouvernement plus présent et plus proche. M.Obama doit faire de même. (...) L’administration Obama, en revanche, se retrouvera dans une position très semblable à celle qui a débouché sur le New Deal, dans les années 1930. Comme pour le New Deal, le futur gouvernement devra grandement étendre le rôle de l’Etat pour sauver une économie malade. Comment Franklin Roosevelt a-t-il réussi à rendre l’Etat à la fois très présent et propre? (...)Peu importe la cote de popularité dont jouit actuellement M.Obama dans les sondages: il lui faut un soutien solide qui demeurera même quand les choses n’iront pas bien.(2)


Durant sa campagne électorale, le candidat Obama s’était attiré le soutien de la communauté scientifique en annonçant un programme ambitieux dans le domaine des sciences et techniques. Loin de la politique menée par l’administration Bush dans ce domaine, il a promis de prendre les mesures nécessaires pour redonner à la science une place de choix. Dans le domaine de la recherche, les interdictions empêchant la réalisation d’études sur les cellules souches d’embryon ont été levées. Des coopérations internationales devront renforcer la protection des mers et océans tandis que la protection du littoral et la lutte contre le réchauffement océanique seront renforcées. Enfin, un vaste plan de relance est également prévu dans le domaine spatial. Faisant écho à ses promesses de campagne, qui tablent sur la création de 5 millions de «green jobs» et 150 milliards de dollars d’investissements sur 10 ans dans les énergies propres, le nucléaire de nouvelle génération ou encore la capture de CO2.

Il s’est également déclaré favorable aux agrocarburants et au développement de techniques permettant des économies d’énergie dans le secteur du bâtiment. Barack Obama n’a pas eu peur d’avancer, Prométhée moderne: «Nous maîtriserons le soleil et les vents pour alimenter nos voitures et faire tourner nos usines.» Rappelons qu’à l’horizon 2015, l’homme vise 1 million de véhicules hybrides sur les routes, et 10% de la production d’électricité issue des énergies renouvelables pour 2012, 25% pour 2015. Voilà donc une stratégie énergétique claire que nos politiques se devraient d’imiter. Barack Obama, a d’ailleurs, nommé Steven Chu au poste de secrétaire à l’Energie. Avec cet ardent défenseur des énergies renouvelables, l’amérique fait-elle un pas de plus vers le vert? Le prix Nobel de physique 1997 Steven Chu, tonique sexagénaire est un défenseur convaincu des énergies renouvelables. Il a par ailleurs travaillé sur l’élaboration d’agrocarburants.(3)

On le voit: à peine arrivé à la Maison-Blanche, Barack Obama a annoncé des restrictions draconiennes à l’activité des lobbyistes. Obama a demandé aux généraux de «prévoir de nouveaux plans afin de procéder à un retrait militaire responsable». Le conflit au Moyen-Orient était aussi à l’ordre du jour. L’une de ses premières actions en tant que président a été d’appeler les dirigeants d’Israël, d’Egypte, de Jordanie et de l’Autorité palestinienne afin de discuter d’un moyen de garantir le respect du cessez-le-feu israélo-palestinien. Il leur a dit qu’il tenait à ce que la contrebande d’armes à destination du Hamas prenne fin, ce qui constituerait une étape sur la voie d’une cessation permanente des affrontements.(4)

D’un coup de stylo, M.Obama a mis fin à «la guerre contre le terrorisme», signalant que le gouvernement américain n’enfreindra plus les lois internationales ou américaines dans sa lutte contre ses ennemis. M.Obama a nommé deux «poids lourds» au département d’Etat pour la gestion de la crise du Moyen-Orient et les situations en Afghanistan et au Pakistan. M.Obama et Mme Clinton ont conjointement présenté George J.Mitchell, envoyé spécial pour le Moyen-Orient et Richard Holbrooke, qui remplira ce rôle pour l’Afghanistan et le Pakistan. «Les conflits insolubles n’existent pas», a affirmé Mitchell suite à sa nomination. Pour G. Mitchell, «les conflits sont créés, menés et continués par des êtres humains. Ils peuvent être achevés par des êtres humains». Son approche du dossier israélo-palestinien serait «trop équilibrée» pour le lobby juif. Les efforts d’Obama pour clore le chapitre de l’ère Bush et de son mépris du droit, ont pour pièce maîtresse un décret ordonnant la fermeture, dans un délai d’un an, du centre de détention tristement célèbre de Guantanamo.

Le deuxième décret pris par Obama impose à la CIA de respecter les mêmes règles d’interrogatoire que l’armée américaine. Il rend, par ailleurs, illégaux les centres de détention à l’étranger. Obama se présente comme le patron de l’Occident qui veut reprendre le leadership du monde grâce à la diplomatie et une exemplarité retrouvée, non plus par la force: «Nous sommes prêts à nouveau à jouer notre rôle dirigeant.» «Les Etats-Unis doivent jouer leur rôle en donnant l’élan d’une nouvelle ère de paix.»

Peut-on parler d’un empire américain? L’anti-impérialisme est-il toujours d’actualité? Henry Laurens, l’historien du monde arabe explore la question impériale de Rome à Baghdad: il écrit: La comparaison a été souvent faite. Les références romaines sont très présentes aux Etats-Unis (Capitole, Sénat), L’american way of life a la même attractivité que le mode de vie des élites gréco-romaines. Les Etats-Unis jouent un rôle essentiel dans un système mondialisé des échanges. Néanmoins, en 1945, ils étaient de très loin la première puissance industrielle (40% de la production mondiale), d’où la notion d’«empire de la production». Aujourd’hui, ils sont le premier pays consommateur vivant à crédit, d’où la notion d’«empire de la consommation». En un sens, mais selon d’autres mécanismes, Rome était un «empire de la consommation». (...) »

« L’hégémonie américaine repose sur un appareil militaire destiné à faire la «police» pour l’ensemble du monde industrialisé, voire des pays consommateurs. En temps de paix, la politique impériale américaine permet de faire fonctionner le marché mondial. Selon les régions du monde, les Etats-Unis jouent le rôle de régulateur des tensions internationales (...) Il y a bien eu un impérialisme collectif des pays industrialisés dans le monde dominé (monde musulman, Amérique latine, Chine de la première moitié du XXe siècle). (...) La question de Palestine peut aussi s’analyser comme une colonisation de peuplement et Israël se pose en fragment du monde occidental en terre d’Islam et du tiers-monde. Pour tous ceux qui ont connu la domination occidentale, directe ou indirecte, Israël rappelle les éléments douloureux de leur propre histoire et maintient l’impérialisme au présent. Bien sûr, l’Iran est un grand pays doté de millénaires d’histoire. Au XXe siècle, son territoire a été envahi par trois fois. Il est presque encerclé par des bases militaires américaines. L’Iran a, bien entendu, une politique extérieure agressive, mais il s’en sert comme instrument de dissuasion pour protéger son propre territoire.(5)

Sur les deux dossiers épineux du Moyen- Orient, le président Obama s’est aligné sur Bush, pour lui le Hamas est une organisation terroriste qu’il faut asphyxier en termes d’armements. De ce côté, Israël est le grand vainqueur parce qu’avec l’aide de l’Egypte et de la France qui commence déjà à patrouiller pour le compte d’Israël, il sera difficile au Hamas de se ravitailler en armes. S’agissant de l’Iran, si c’est un dialogue d’injonction, il est à craindre que ce que n’a pas fait Bush faute de temps, Obama le fera sous la pression d’Israël dont l’arsenal nucléaire est tabou.

Pourtant l’Iran, ce n’est pas rien. Marie-Claude Decamps écrit: «L’Iran est "isolé", mais il est aussi devenu incontournable: en Irak, où les chiites ont pris la main; au Liban, où le Hezbollah, parrainé par Téhéran, a remporté une victoire sur les Israéliens en 2006; sur la question palestinienne, où M.Ahmadinejad, le persan chiite, cherche à se positionner en leader de la rue arabe», face à des pays arabes modérés gênés par leurs alliances américaines. Qu’en est-il en Iran? M.Ahmadinejad, qui - geste inhabituel - a envoyé un message de félicitations à M.Obama, a fait savoir: «Si le changement annoncé est réel et la nouvelle approche basée sur le respect, nous l’accueillerons et prendrons les mesures appropriées.» Le vice-ministre des Affaires étrangères et ex-ambassadeur à Paris, Ali Ahani, nous a expliqué ce que pourraient être, vues d’Iran, les bases d’une détente avec les Etats-Unis. Nous avons suspendu sous la présidence Khatami, on a aussi aidé dans la lutte contre les taliban en Afghanistan. Et comment a-t-on été remercié? En étant placé dans «l’axe du Mal». En réalité, les autorités auraient préféré une victoire de McCain. Ce Barack Obama qui parle d’ouverture, ça les met mal à l’aise, Qui commandera à la Maison-Blanche, interrogeait un éditorial récent. Obama, le Pentagone ou les sionistes? (...) Au terme d’une conversation très docte sur l’évolution de la révolution, l’hodjatoleslam Ansari, un réformateur plutôt «ouvert», s’interrompra soudain pour constater: «Vous savez, ce slogan d’Obama, «Yes, we can», ça aussi les Américains nous l’ont pris! L’ayatollah Khomeiny détestait le mot «impossible». Et chaque fois qu’on lui disait, c’est impossible de renverser le chah, il répondait agacé: «Si, nous pouvons...»(6)

On le voit, l’Empire est plus que jamais d’actualité. Au magister moral tant espéré par le monde entier et par les Arabes dans leur quête de reconnaissance, il est fort à craindre que cette utopie d’une Amérique généreuse a fait long feu. Ignacio Ramonet directeur du Monde diplomatique a raison d’écrire: «L’Empire n’a pas d’alliés, il n’a que des vassaux.»


1.Discours de Barack Obama AFP 20/01/2009

2.Paul Krugman Surpassez Roosevelt! The N Y Times Courrier internat.n° 950-15.01.2009

3.Etienne Burkel Un renouvelable à la Maison-Blanche Terra Economic 22 janvier 2009

4.P.Nicholas & Christi Parsons Obama a décidé de faire vite et bien Courrier inter 22 01 2009

5.Henry Laurens:Interview de Gilles Anquetil, François Armanet L’empire contre-attaque Le Nouvel

Observateur:N°2307 semaine du 22.01.2009

6.Marie-Claude Decamps: Ambiguïtés iraniennes Le Monde 23.01.09

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger


Lundi 26 Janvier 2009


Commentaires

1.Posté par Vérité le 26/01/2009 11:19 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

http://www.lemonde.fr/web/depeches/0,14-0,39-38256830@7-103,0.html



Offensive à Gaza: brochure ultra nationaliste du rabbinat militaire
AFP 26.01.09 | 09h53



Le rabbinat de l'armée israélienne a distribué aux soldats durant l'offensive "Plomb durci" une brochure appelant au nom de la Bible "à ne pas avoir pitié" des ennemis d'Israël, a révélé lundi une organisation de défense des droits de l'Homme en Israël. "Avoir pitié envers un ennemi cruel revient à se montrer cruel envers nos justes soldats (...) Nous sommes en guerre contre des assassins. A la guerre comme à la guerre", est-il écrit dans la brochure. Le texte cite longuement des déclarations d'une figure du nationalisme religieux et de la colonisation en Cisjordanie occupée, le rabbin Shlomo Aviner, opposé à tout compromis avec les Palestiniens. "La Torah nous interdit de remettre un seul millimètre (de la Terre d'Israël) à des non-juifs, que ce soient par des enclaves, des zones autonomes ou d'autres concessions manifestant notre faiblesse nationale", souligne la brochure. La brochure juge tout à fait légitime de "faire un parallèle entre les Palestiniens d'aujourd'hui et les Philistins de la Bible" contre lesquels le roi David avait combattu, affirmant dans les deux cas qu'Israël fait face à des "envahisseurs étrangers" qui n'ont aucun droit à la Terre promise. L'association Yesh Din, "Il y a une loi" a réclamé la destitution du rabbin en chef des armées Avihaï Rontzki dans une lettre au ministre de la Défense Ehud Barak, dont l'AFP a reçu une copie. Par ailleurs, le quotidien libéral Haaretz rapporte que des groupes d'extrême-droite ont distribué sans entrave des tracts "appelant les soldats à ne pas tenir compte de consignes (de retenue) et de d'exterminer l'ennemi".

Nouveau commentaire :

VIDEOS | Politique Nationale/Internationale | Propagande médiatique, politique, idéologique | Société | Histoire et repères | Conflits et guerres actuelles | Néolibéralisme et conséquences

Publicité

Brèves



Commentaires