Politique Nationale/Internationale

ALLOCUTION DU PREMIER MINISTRE, M. DOMINIQUE DE VILLEPIN, DEVANT LE CONSEIL REPRESENTATIF DES INSTITUTIONS JUIVES DE FRANCE



Mardi 21 Février 2006







(Paris, 20 février 2006)

Monsieur le Président du Conseil représentatif des institutions juives de France,

Monsieur le Président du Sénat,

Monsieur le Président de l'Assemblée nationale,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs les Elus,

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Messieurs les Représentants des cultes,

Madame la Présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah,

Chers Amis,

Avant toute chose, permettez-moi d'adresser un message à la famille d'Ilan Halimi, qui pleure son fils assassiné dans des circonstances dramatiques. Je veux dire à chacun d'entre eux combien je m'associe à leur douleur. Je veux leur dire que mes pensées vont vers eux. Je veux qu'ils sachent que nous ferons tout pour que les auteurs de ce crime barbare soient arrêtés et traduits devant la justice. J'ai demandé au ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur et au Garde des Sceaux que toute la lumière soit faite sur cette affaire, y compris bien sûr, sur les motivations de cet acte odieux. Je tiens d'ailleurs à vous dire, comme je viens d'en avoir confirmation, que le juge d'instruction a retenu, dans cette affaire, la circonstance aggravante de crime commis à raison de l'appartenance à une religion. Nous devons la vérité à la famille d'Ilan. Nous vous devons la vérité. Nous devons la vérité à tous les Français.

C'est un grand honneur pour moi de prendre la parole devant vous ce soir.

Et c'est avec une grande émotion que je vous retrouve cette année. Comme ministre des Affaires étrangères et comme ministre de l'Intérieur, j'ai eu à plusieurs reprises l'occasion d'aborder avec vous des questions importantes.

Je connais votre attachement à la France, à la République et à ses valeurs, je connais la franchise et la passion avec laquelle vous abordez les grandes questions qui concernent nos concitoyens juifs et la République : et je vous remercie Monsieur le Président d'avoir, une fois encore, parlé avec votre cœur.

* * *

Moi aussi, je veux parler avec mon cœur et vous dire avec force, avec conviction : la lutte contre l'antisémitisme est pour moi une priorité absolue. Parce que je me sens responsable de votre sécurité à tous. Et parce que l'antisémitisme est la négation de l'esprit républicain.

Je me souviens, lorsque j'étais ministre de l'Intérieur, de l'émotion et de l'indignation partagée par toute la communauté nationale après la profanation du cimetière d'Herrlisheim en avril 2004. Je me souviens aussi de la solidarité de tous ceux qui étaient venus apporter leur soutien lors de la cérémonie interreligieuse à laquelle ont assisté plus de 500 personnes.

Nous ne pouvons accepter que des lieux de culte ou des écoles soient dégradés sur notre territoire. Nous ne pouvons tolérer que des enfants soient menacés, des citoyens agressés en raison de leurs croyances. Je veux le redire aujourd'hui avec force : rien ne saurait excuser de telles violences. Rien, aucune raison politique ou historique ne saurait les justifier. Nous irons jusqu'au bout de chaque enquête. Nous ferons tout pour que la Justice puisse faire son travail.

En 2005 les actes antisémites ont diminué de 47% par rapport à l'année précédente. C'est le résultat de la mobilisation de tous.

Le ministère de l'Intérieur et les forces de sécurité d'abord : et je veux saluer la détermination de Nicolas Sarkozy, dont je sais qu'il est particulièrement attaché à ce combat :

- Lorsque j'étais Place Beauvau, j'ai tenu à mettre en place, sous l'autorité des préfets, des structures de veille et de coordination de services de l'Etat : elles sont opérationnelles depuis 2004.

- J'ai souhaité également améliorer le suivi statistique des faits antisémites ainsi que des poursuites pénales.

- Par ailleurs nous avons amélioré la coopération entre la police nationale et les bénévoles du Service de protection de la communauté juive, qui assurent un travail remarquable, afin de mieux prendre en compte les questions de sécurité.

Je voudrais également saluer l'action de la Chancellerie, qui, sous l'impulsion de Pascal Clément, travaille sans relâche au renforcement de l'arsenal législatif. La loi permet désormais d'aggraver les peines et de punir les infractions à caractère raciste, antisémite ou xénophobe.

L'information et la concertation avec les communautés religieuses et les associations ont été renforcées.

Comme vous l'avez rappelé, Monsieur le Président, la formation des magistrats à l'Ecole nationale de la Magistrature intègre désormais une meilleure préparation aux questions de lutte contre l'antisémitisme.

Grâce à la mobilisation des parquets, la Justice est aujourd'hui plus sévère face aux actes d'antisémitisme : désormais les poursuites sont systématiques lorsque l'auteur est identifié. La comparution immédiate et les peines d'emprisonnement ferme sont possibles dans les cas les plus graves, mais aussi pour des délits d'atteintes aux biens.

De son côté, Gilles de Robien s'est engagé pour mieux préparer les enseignants confrontés à ce fléau : le ministère de l'Education nationale mettra en place dès cette année un dossier de référence pour les enseignants et les responsables d'établissements, qui sera également disponible sur Internet.

Enfin, avec Philippe Douste-Blazy, le ministère des Affaires étrangères mène une action d'information sur les efforts que nous mettons en place dans la lutte contre l'antisémitisme. Notre mobilisation ainsi que les bons résultats obtenus ont d'ailleurs été salués aussi bien en Israël que par les représentants de la communauté juive aux Etats-Unis et dans le monde entier. Par ailleurs, la France est engagée dans la lutte contre l'antisémitisme au sein de l'Union européenne ainsi que dans les grandes enceintes internationales.

Depuis un an, nous avons ciblé nos efforts sur les nouveaux supports pouvant véhiculer des messages antisémites :

- Un guide actualisé sur la cybercriminalité sera prochainement publié par le ministère de la Justice : il contient des instructions spécifiques pour lutter contre la propagande antisémite.

- Nous voulons également être plus vigilants avec les programmes de la télévision satellitaire : c'est ce que nous avons fait en juillet 2004 en demandant à la société satellitaire Eutelsat d'interrompre la diffusion de la chaîne Al Manar, qui avait diffusé des programmes antisémites.

Cette année, les nouvelles dispositions de janvier 2006 donnent le pouvoir au CSA de refuser de conventionner une chaîne qui transmettrait des messages inacceptables.

Enfin, lors du dernier Comité interministériel de lutte contre le racisme et l'antisémitisme que j'ai présidé, nous avons décidé de nouvelles mesures :

- Le développement de la vidéo-surveillance aux abords des zones les plus sensibles, notamment les écoles et les lieux de culte ; le programme de mise en sécurité des établissements scolaires, des locaux communautaires et des lieux de culte sera poursuivi. Une nouvelle subvention sera versée au Fonds social juif unifié, qui est l'interlocuteur de l'Etat en la matière.

- Nous avons également décidé la mise en place d'un point de signalement Internet qui devra recueillir et traiter les signalements portant sur les messages ou les comportements illicites sur la toile, au premier rang desquels les contenus antisémites ou racistes.

La lutte contre l'antisémitisme est un devoir moral. Elle doit aussi nous aider à construire une société de la République et non des communautarismes :

- L'histoire des juifs français est intimement liée à celle de la République. Depuis l'émancipation inspirée des valeurs de 1789, vous avez toujours été les défenseurs les plus ardents de l'esprit républicain et de ses principes universels.

Vous avez rappelé, Monsieur le Président, l'importance de la commémoration de l'affaire Dreyfus. Vous avez raison, car elle marque le lien indéfectible qui unit les juifs de France et le destin de la République.

Car l'histoire de l'affaire Dreyfus, c'est l'histoire d'une vérité : une vérité que d'abord personne ne veut entendre ; une vérité qui s'insinue peu à peu sous la forme d'un simple doute, un simple soupçon, qu'exprime Bernard Lazare à l'automne 1896 : "Il est encore temps de se ressaisir. Qu'il ne soit pas dit que, ayant devant soi un juif, on a oublié la justice". Avec l'acquittement et la réhabilitation de Dreyfus, la République impose la vérité contre la rumeur publique, la justice individuelle contre la Raison d'Etat.

Et je veux rappeler ici les paroles de Théodore Reinach, qui malgré la campagne d'antisémitisme qui accompagna cette affaire, affirme sa confiance dans la République : "Ne confondez jamais la France avec l'écume qui s'agite impunément, mais passagèrement à sa surface. Continuez à l'aimer de toutes vos forces, de toute votre âme comme on aime une mère, même injuste, même égarée, parce qu'elle est votre mère et parce que vous êtes ses enfants". Voilà le message qu'il adressait alors aux élèves des écoles consistoriales en juillet 1898.

Aujourd'hui plus que jamais c'est cet esprit que nous devons défendre face aux tentations du repli et du communautarisme : car la cohésion nationale n'est pas une chose acquise. La crise des banlieues nous a rappelé il y a quelques mois seulement que vivre ensemble est plus que jamais un défi quotidien :

- Cela implique d'abord que nous luttions contre toutes les formes de racisme et de discriminations. Nous le savons : les chances ne sont pas les mêmes pour tous les enfants de la République. Cette injustice, le président Jacques Chirac l'a dit, c'est un véritable poison pour notre société. C'est pourquoi j'attache tant d'importance au projet de loi sur l'égalité des chances, qui permettra de revitaliser les quartiers défavorisés et donnera de nouvelles opportunités à tous ceux qui rencontrent aujourd'hui des difficultés.

- La cohésion, c'est donner les mêmes chances à chacun. Mais c'est aussi faire en sorte que chacun respecte les mêmes devoirs. Je pense en particulier à la laïcité : nous venons de célébrer le centenaire de la loi de 1905. Ce texte constitue aujourd'hui encore le meilleur garant pour l'égalité entre les cultes et pour la liberté de conscience. Je pense aussi au respect et à la tolérance, qui sont au cœur de l'esprit républicain. Oui, la liberté d'expression doit être défendue envers et contre tout, parce qu'elle est un fondement de l'Etat de droit. Mais elle s'arrête là où commencent l'insulte, la diffamation, la xénophobie. Prenons garde à tout ce qui peut blesser les consciences et les convictions.

Car pour faire vivre la diversité française, nous avons besoin de respect et d'ouverture. Tout en restant fidèle à son idéal universel, la République doit aujourd'hui mieux reconnaître l'identité de chacun :

- A Jérusalem, un jeune rabbin m'expliquait que la France, en hébreu, se dit "Tsarfat". Et "tsarfat", c'est aussi le creuset de l'orfèvre. Dans ce creuset les métaux apportent chacun leur qualité, leur beauté. Chacun est indispensable à l'équilibre de l'ensemble. Le secret de l'orfèvre, c'est de faire que l'alliage final reflète chacun des différents métaux qui le composent. Eh bien, me disait ce rabbin, le secret de l'orfèvre, c'est le génie de la France.

Vous êtes la meilleure preuve que l'unité de la France, ne signifie pas l'uniformité : c'est ce que disait le grand rabbin Kaplan. C'est encore ce qui a permis à Emmanuel Lévinas, originaire de Lituanie, de devenir juif de France, une nation à laquelle, disait-il, "on peut s'attacher par l'esprit et par le cœur aussi fortement que par les racines".

La force de la France, c'est sa diversité. Cela implique que nous soyons capables de faire de la place à l'histoire de chacun, aux mémoires de tous. Nous avons vu combien certaines pages de notre histoire sont encore douloureuses et difficiles à évoquer. C'est pourquoi il est essentiel de laisser les historiens faire leur travail dans un climat de sérénité et d'apaisement. C'est pourquoi le président de la République a demandé la modification de l'article 4 de la loi de février 2005 : je sais, Monsieur le Président, que vous y étiez vous-mêmes favorable.

Notre pays ne doit pas avoir peur de regarder son passé avec lucidité. Le choix d'une journée de commémoration de l'esclavage permettra à tous les Français de se rassembler autour du souvenir d'un épisode constitutif de notre histoire nationale, mais aussi d'affirmer notre attachement à la liberté et à la dignité de l'homme.

Ces valeurs, nous devons également les affirmer à l'échelle internationale.

Vous avez posé, Monsieur Le Président, la question de la politique étrangère de la France. Cette politique repose sur des principes :

- Premier principe, le respect de la règle de droit : parce que c'est le droit international qui garantit la paix et la stabilité.

- Deuxième principe, la reconnaissance des identités nationales : parce que le respect de ces identités est le seul moyen d'éviter le sentiment d'injustice, qui fait le terreau de tous les extrémismes.

- Troisième principe, le rassemblement de la communauté internationale : parce que nous savons que nous ne répondrons aux grands défis d'aujourd'hui qu'en rassemblant nos forces et nos ambitions.

C'est vrai en particulier pour l'Iran.

L'Iran est une grande nation, héritière d'une civilisation millénaire : c'est une réalité historique et culturelle que nous devons prendre en compte.

C'est aussi pour l'Iran une exigence qui doit le conduire à davantage de responsabilité : de ce point de vue, les propos tenus par M. Ahmadinejad sont indignes. La France les a condamnés sans réserve et avec détermination. Nous ne pouvons pas accepter que le dialogue entre les Etats soit détourné par des provocations inacceptables qui blessent Israël, le peuple juif et l'honneur de toute la communauté internationale.

L'Iran a par ailleurs décidé de reprendre ses activités d'enrichissement d'uranium, et de rompre ainsi avec ses engagements internationaux. Vous le savez, c'est une question majeure, qui nous mobilise tous aujourd'hui, en particulier avec les Britanniques et les Allemands. Nous avons également affiché avec le président Poutine notre objectif commun d'empêcher l'Iran de se doter de l'arme nucléaire.

Le Conseil de sécurité et l'Agence internationale de l'Energie atomique vont travailler au cours des prochaines semaines avec une exigence de résultat. Des solutions existent : les Russes ont ouvert une première voie en proposant d'accueillir chez eux les activités d'enrichissement d'uranium. Des inspections renforcées sur place pourraient constituer une autre solution. Entre l'escalade non maîtrisée et la passivité, il existe une voie exigeante de responsabilité que nous devons tracer.

Vous avez aussi exprimé, Monsieur le Président, votre inquiétude au sujet du Hamas. Je veux le redire avec force : la France ne transigera jamais avec la sécurité d'Israël. La France sera toujours aux côtés d'Israël, pour réaffirmer notre refus absolu du terrorisme, du fanatisme, de la violence. Notre conviction, c'est que cette sécurité ne pourra être pleinement assurée que par une paix durable dans la région, fondée sur la justice. C'est pour cela qu'une solution politique est indispensable. C'est tout le sens de l'engagement constant de la France au Proche-Orient.

Par sa décision d'évacuer Gaza, le gouvernement israélien a tracé une perspective qui correspond, j'en suis convaincu, à une attente véritable du peuple israélien. Celle d'ouvrir le chemin de la paix, tout en garantissant la sécurité d'Israël. Le Premier ministre par intérim Ehud Olmert saura, j'en suis sûr, trouver le bon équilibre entre une vigilance renforcée et la nécessité d'une relation pragmatique avec le peuple palestinien.

La France a été l'une des premières à tirer les conséquences de la victoire aux élections palestiniennes du Hamas. Le jour même de l'annonce de ces résultats, j'ai marqué mon inquiétude. Nous avons posé trois principes clairs pour un dialogue avec tout gouvernement palestinien, quel qu'il soit :

- La renonciation à la violence,

- La reconnaissance de l'Etat d'Israël,

- La reconnaissance des accords signés par le passé entre Israël et l'OLP.

Ces principes constituent un préalable indispensable à un dialogue des autorités françaises avec le futur gouvernement palestinien issu des dernières élections.

La France continuera d'œuvrer pour la recherche d'une solution juste et durable au conflit, permettant d'assurer l'existence de deux Etats, l'un israélien, l'autre palestinien, vivant côte à côte dans la paix et la sécurité.

Face à ces défis, nous serons aux côtés d'Israël.

En disant cela je pense bien sûr à Ariel Sharon.

Mon émotion est d'autant plus forte que notre rencontre l'été dernier, ici à Paris, avait été un moment particulièrement marquant : je me souviens de ce qu'il m'avait dit ce soir là : "vous savez Monsieur de Villepin, voilà plus de 4000 ans que mon peuple attend la paix. Il me reste peu de temps à vivre. Et croyez-moi, je souhaite voir cette paix de mon vivant".

Quelques jours plus tard, nous nous étions revus lors de l'Assemblée générale des Nations unies à New York. Je me souviens de son discours : "Moi, avait-il dit, que le cours de la vie a amené à être combattant, commandant et officier supérieur dans toutes les guerres d'Israël, je tends aujourd'hui la main à nos voisins palestiniens pour les inviter à la réconciliation".

Ce soir nos pensées vont vers lui.

Car les liens entre la France et Israël sont étroits :

Les juifs de France constituent la deuxième communauté juive au monde, en dehors d'Israël : ces liens humains sont un atout. Le partage d'une même langue avec la communauté francophone d'Israël, constitue également un lien de cœur et de culture essentiel.

Nos sociétés dialoguent toujours davantage, que ce soit à travers les livres ou le cinéma. Mais notre coopération progresse également au niveau scientifique, universitaire et économique, grâce au Groupe de Haut Niveau qui travaille depuis 2003 sous l'impulsion du professeur David Khayat et de l'ambassadeur Yehouda Lancry.

Ces liens, j'avais voulu, lorsque j'étais ministre des Affaires étrangères, les réaffirmer. J'ai été touché par ces étudiants qui se pressaient nombreux à l'Université hébraïque du Mont Scopus, autour de Jacques Derrida, avec cette soif de connaissance et de partage aiguisée par les textes du grand philosophe.

La France et le peuple juif, ce sont deux histoires qui se croisent et se répondent. D'un côté, le premier grand monothéisme, fondant les règles d'une morale universelle. De l'autre, le pays des Droits de l'Homme et des Lumières. Ces deux pensées universelles sont aujourd'hui indissociables, tant elles se doivent l'une à l'autre.

Pour renforcer cette relation nous disposons désormais d'un outil précieux : la Fondation France-Israël, décidée par le président de la République et Ariel Sharon et qui a vu le jour cette année.

Dans le domaine économique, scientifique, culturel et artistique, elle a pour objectif de fédérer la société civile, les entreprises et les Etats, en encourageant, soutenant ou en assurant elle-même la promotion de projets communs.

La Fondation fêtera du 15 au 18 mai 2006 l'amitié franco-israélienne, à travers un programme d'activités multiples. Une semaine de l'amitié franco-israélienne sera également programmée en Israël à l'automne 2006.

Ce dialogue renouvelé entre Israël et la France, nous l'avons fondé sur la confiance. Il n'y a eu, de part ou d'autre, ni reniement ni silence complaisant mais bien une volonté partagée : la volonté de se mettre à la place de l'autre pour comprendre ce qu'il ressent, la volonté de le respecter et de l'aider à surmonter les difficultés, dans un esprit d'amitié et de respect.

Dans un monde plus fragile que jamais, l'amitié franco-israélienne est essentielle.

Vous avez évoqué, Monsieur le Président, la violence et les crises auxquelles nous sommes confrontés à travers le monde. Cette année encore sera, nous le savons, une année difficile. De nombreuses régions sont en proie à l'instabilité. La menace terroriste est toujours aussi inquiétante. Les réactions de certains pays musulmans aux caricatures parues dans un certain nombre de journaux européens nous montrent que l'incompréhension et l'amalgame peuvent à tout moment briser le dialogue entre les peuples.

Pour sortir de ce cercle de la violence, nos meilleures armes sont la connaissance et l'éducation. Ce sont elles qui permettent à chacun de savoir qui il est, d'où il vient mais aussi de comprendre qui est l'autre, quelle est son histoire, quelles sont ses blessures.

Le peuple juif a toujours été un peuple du livre, du dialogue et de la transmission. De Rachi à Emmanuel Lévinas, les grands exégètes du Talmud n'ont cessé de nourrir une pensée qui conjugue la fidélité aux Ecritures et l'audace de l'interprétation. Cette sagesse, elle ne s'adresse pas seulement au peuple juif : ce que le judaïsme apporte à toutes les nations et à tous les peuples c'est, nous dit Lévinas, "cette persévérance longue comme l'éternité, que seul peut porter quelqu'un d'aussi vieux que le monde".

En retour, nous avons le devoir de ne jamais oublier. Ne jamais oublier ces heures où l'Europe s'est trahie en livrant aux bourreaux nazis un peuple qui détenait une part de son identité. Ne jamais oublier ce dont l'homme est capable lorsqu'il se renie et bafoue ses valeurs, en appliquant des ordres ou tout simplement en baissant les yeux. Ne jamais oublier la responsabilité de la France, qui n'a pas su protéger ses enfants de la barbarie. Ne jamais oublier non plus les Justes de France, qui par leur courage et leur humanité, ont sauvé l'âme de notre pays. La France leur doit un hommage digne de leur geste.

C'est pourquoi je voudrais réaffirmer aujourd'hui ce que j'avais dit lors de la commémoration de la rafle du Vélodrome d'Hiver en juillet dernier : cette mémoire, elle ne s'éteindra pas. Et je salue ici l'action courageuse de la Fondation pour la mémoire de la Shoah et de sa présidente Simone Veil.

La France ne manquera pas à son devoir. A cet égard, permettez-moi d'évoquer l'indemnisation des spoliations intervenues pendant la période de la Shoah.

Aujourd'hui, nous sommes à la veille de la conclusion d'un accord franco-américain constatant l'accomplissement de tous les engagements pris dans le cadre de l'accord de Washington à l'égard des victimes spoliées de leurs comptes bancaires. En cinq ans tous les engagements pris ont été tenus. Demain, le 21 février les délégations française et américaine adopteront un texte qui se félicitera de l'accomplissement plein et entier de l'accord signé il y a cinq ans.

La France adoptera des mesures supplémentaires en faveur de certaines victimes spoliées. La dignité due aux survivants, derniers acteurs et derniers témoins directs de cette période de honte et de tragédie, exige cette reconnaissance.

* * *

Mesdames, Messieurs,

Chers Amis,

La République sait ce qu'elle doit à ses citoyens juifs, qui lui ont si souvent ouvert les yeux et qui l'ont défendue, parfois au prix de leur vie. La France a donc une responsabilité particulière dans la lutte contre l'antisémitisme, ainsi que toute forme de racisme sur son territoire et à travers le monde. Vous pouvez compter sur moi et sur mon gouvernement pour affirmer ce message et le traduire en actes.

Plus que jamais nous devons affirmer nos principes républicains, ces principes auxquels vous êtes si attachés. Ma conviction, c'est qu'ils sont les repères dont notre pays a besoin pour faire face aux nouveaux défis du monde, tout en restant fidèle à son histoire.

A nous de montrer que la laïcité constitue le meilleur moyen de garantir le respect des cultes et le dialogue entre les religions.

A nous d'affirmer la richesse de la diversité française : notre voie c'est celle de la République une et indivisible, où chaque citoyen trouve sa place, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs.

Tous ensemble, soyons fiers de cet esprit républicain et de son idéal d'universel, qui sont la meilleure réponse à la haine et à la violence./.



Mardi 21 Février 2006

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