Conflits et guerres actuelles

8 - LES ORGANISATIONS TERRORISTES DU SIONISME




Tout terrorisme, de quelque nature qu'il soit, commandité par quelque individu ou quelque organisation que ce soit, est odieux et intolérable. Ce terrorisme qui tue des personnes totalement étrangères au conflit en cause, notamment des enfants, sera toujours inadmissible.


Mercredi 1 Mars 2006







Cela dit, et sans chercher de circonstances atténuantes à quelque entreprise terroriste que ce soit, il convient néanmoins de remarquer que l'odieux comporte des niveaux. Dans l'ex-Palestine, il y a manifestement un terrorisme d'agression et de conquête, celui des forts, des sionistes et un terrorisme de défense, celui des faibles, des humiliés, des démunis et des opprimés, celui des Palestiniens.



Parmi les principales organisations sionistes ayant œuvré en Palestine avant la création de l'État d'Israël ou depuis cette création, citons :

Le Ha-Shomer (la Garde)

Ce fut la première organisation paramilitaire clandestine.

Elle comptait en 1910 une centaine de membres et combattit avec les Anglais pendant la guerre de 1914.

Ses membres formèrent, entre les deux guerres de 1914-18 et de 1939-45, les cadres de l'armée juive clandestine : la Haganah.

L'Irgoun

Comme nous l'avons vu précédemment, cette organisation d'extrême droite se spécialisa dans les attentats à la bombe contre les forces britanniques et les Arabes de 1935 à 1939 avec reprise en 1944.

Elle donna naissance en 1948 au parti Herout, devenu l'actuel Likoud.

Le Lehi (ou groupe Stern)

Dissidence de l'Irgoun cette organisation a multiplié elle aussi les attentats, les exécutions sommaires et les extorsions de fonds. Elle se spécialisa particulièrement dans les attentats à la bombe contre les forces britanniques pendant la période du Mandat.

Fait tout à fait notable, en vertu de l'adage selon lequel « les ennemis (les Allemands) de nos ennemis (les Britanniques) sont nos amis » et dans la perspective d'obtenir de Hitler la création d'un État juif après la conquête du Moyen-Orient, les dirigeants du Lehi, ont offert les services de leur organisation à l'Allemagne nazie en 1940-41. Les principes de base d’une éventuelle collaboration furent établis et formulés ainsi par le direction du Lehi :

1) Il pourrait exister des intérêts communs entre l'instauration, en Europe, d'un ordre nouveau, selon la conception allemande, et les véritables aspirations du peuple juif telles qu'elles sont incarnées par le Lehi.

2) La coopération entre l'Allemagne nouvelle et une nation hébraïque rénovée (Vôlkisch Nationalen Hébräertum) serait possible.

3) L'établissement de l'État historique juif sur une base nationale et totalitaire, et lié par un traité au Reich allemand, pourrait contribuer à maintenir et à renforcer, dans l'avenir, la position de l'Allemagne au Proche-Orient. À condition que soient reconnues, par le gouvernement allemand, les aspirations nationales du "Mouvement pour la liberté d'Israël".



Mais Hitler dans sa haine des Juifs refusa net cette proposition.



La Haganah (la Défense)

Elle fut créée en 1920, avait 15 000 membres au début de la guerre de 1940 et comportait notamment (à partir de 1941) des « compagnies de choc », le Palmach.

Cette organisation militaire sioniste qui n'hésitait pas à s'attaquer aux Juifs antisionistes - c'est elle qui assassinat en 1924 le poète et journaliste juif De Haan - fut qualifiée d'armée privée clandestine, dès 1946, par la commission anglo-américaine.

Les mista'arebim

Cette organisation terroriste sioniste est toujours active en Israël.

Leibowitz[41] l’assimile au Hamas palestinien : « Est-ce que quelqu'un peut nier le fait, atroce, que les actes du Hamas et ceux des mista'arebim se ressemblent ? »



Les crimes perpétrés par les organisations terroristes sionistes



Comme nous l’avons déjà vu, la Grande-Bretagne accusée par les sionistes de contrarier l'arrivée massive et programmée de colons juifs pendant son Mandat sur la Palestine de 1922 à 1948 fut longtemps la cible de choix d’un terrorisme impitoyable. De multiples faits peuvent être rapportés...

Parmi eux, citons :

1944

Yitzhak Shamir, chef du Lehi, fait assassiner Lord Moyne grand ami de Churchill, ambassadeur d'Égypte et envoyé spécial de Churchill en Palestine.

1946 :

- en février, des commandos détruisent 22 appareils de combat britanniques sur des aéroports militaires,

- en avril, 7 soldats britanniques sont abattus dans leur caserne,

- en mai, les onze ponts reliant la Palestine aux pays limitrophes sont dynamités,

- en juin, 8 soldats britanniques sont enlevés et pris en otage,

- en juillet, l'Irgoun plastique l'hôtel King David, siège de l'administration britannique. On dénombre 93 morts, en majorité des civils, soit 41 Palestiniens, 28 Britanniques et 17 Juifs.



1947

- en mars, l'Irgoun organise des raids contre une quinzaine d'objectifs militaires britanniques,

- en mai, l'Irgoun attaque la prison de Saint Jean d'Acre et libère plusieurs centaines de militants sionistes emprisonnés par les Britanniques,

- en juin, les attentats se multiplient lors de l'enquête de l'UNSCOP à l'initiative des Nations Unies.

En 2 ans, ce sont 150 militaires britanniques qui tombent victimes des sionistes et 350 qui sont grièvement blessés.



1947-1948 : C'est la guerre israélo-arabe

Avec les hommes et l'argent provenant de nombreuses communautés juives, avec les armes venues en masse de l'Occident (notamment de Tchécoslovaquie) et avec son organisation terroriste mise au point méthodiquement et clandestinement depuis longtemps, Israël triomphe de ses voisins arabes.

Outre les multiples attentats terroristes et la destruction de très nombreux villages (Shahak[42], ancien président de la Ligue des droits de l’homme, en rapporte une liste impressionnante), outre le massacre perpétré à Deir Yassin dont nous avons déjà parlé, il faut signaler particulièrement, le massacre du village chrétien d’Eilaboun, en Galilée dont 13 habitants furent tués le 30 octobre 1948 par l’armée d’Israël tandis que les autres étaient expulsés vers le Liban. (À noter que ce dernier cas n’est connu que depuis quelques années grâce à l’historien israélien Benny Morris qui a pu exhumer des archives de l’ONU, l’historien précise d’ailleurs que les villageois furent, par exception, autorisés à regagner leurs foyers et leurs champs dévastés).

À propos de Deir Yassin, l'historien de la Haganah, Arieh Yitzhaqi, affirme quant à lui que l'opération « était en ligne avec des dizaines d'attaques menées à cette époque par la Haganah et le Palmah, au cours desquelles des maisons pleines de personnes âgées, de femmes et d'enfants étaient dynamitées ».

À noter que l'Organisation Socialiste Israélienne publia elle-même, dans son organe Matzpen (d’avril 1973 et de mai 1976), une liste de 384 villages arabes détruits par Israël en 1948 ainsi qu'une liste des agglomérations juives construites sur leurs décombres.



En cette même année 1948, le 17 septembre, le Médiateur de l'ONU, le comte Folke Bernadotte, est abattu dans son avion, avec son assistant français le Colonel Serrot[43]. Dans un premier rapport Bernadotte décrivait : « le pillage sioniste à grande échelle et la destruction de villages sans nécessité militaire apparente » et affirmait par ailleurs : « Ce serait offenser les principes élémentaires que d’empêcher ces innocentes victimes du conflit de retourner à leur foyer, alors que les immigrants juifs affluent en Palestine et, de plus, menacent, de façon permanente, de remplacer les réfugiés arabes enracinés dans cette terre depuis des siècles ». Ce sont les organisations terroristes de l'Irgoun et du Lehi qui sont de nouveau responsables de cet assassinat. Bien qu'ayant sauvé des milliers de Juifs, Bernadotte avait été jugé trop «pro-arabe » par Yitzhak Shamir.

À noter que l'opinion américaine, jusque-là favorable au partage de la Palestine, le regrette alors en majorité tandis que Washington lui-même amorce un revirement de sa position. Néanmoins, comme nous l’avons vu plus haut, il est trop tard, ce revirement n'aura pas de suite...



À ce terrorisme issu d'organisations sionistes diverses s'est associé, à partir de 1948, un terrorisme émanant des plus hautes instances de l’État.

Dans cette forme on peut ranger :

- les actions de l'armée destinées, soit à terroriser les populations arabes pendant les guerres de 1948 et de 1967 pour leur faire quitter leurs villages, soit à mener des représailles sur des populations civiles à l’exemple de celle du 14 octobre 1953 à Kybié en Cisjordanie. À la suite de la mort d’une femme et de deux enfants, par l’explosion d’une grenade lancée sur un foyer juif par un Arabe de la région, les actions de l’armée firent plus de cinquante morts et comportèrent la destruction de quarante maisons. À cette occasion le philosophe Yeshayahou Leibowitz[44] devait interroger ainsi ses compatriotes : « D’où vient cette jeunesse qui n’a éprouvé aucune réserve, aucun frein psychologique en commettant cette barbarie ; d’où a-t-elle reçu l’impulsion (interne et externe) pour exécuter cet acte de représailles ?»



De multiples actions criminelles commises par l'armée israélienne - elle a créée une unité spéciale de volontaires (l’unité 101) pour mener des opérations particulièrement agressives - sont maintenant connues... Citons, par exemple, le massacre de 53 civils palestiniens les 14 et 15 octobre 1953 mené par Ariel Sharon, ou l’opération qui a été rapportée par l'universitaire Rudolf El-Kareh en tant que témoin direct : l'écrasement en 1972 par un blindé, sur ordre d'un officier commandant une patrouille, d'un véhicule type Mercedes 180 avec ses neufs occupants. Citons aussi les atrocités qui accompagnèrent la guerre du Liban en 1982, le massacre de Cana, au Sud Liban en 1996...



- les multiples actions d'enlèvement et de liquidation des dirigeants des organisations palestiniennes résidant en Palestine ou à l'étranger, tels Mahmoud Hamchari, délégué de l’Organisation de Libération de la Palestine, assassiné à Paris en 1972 par le Mossad, Wael, Zu’aiter assassiné à Rome en 1972, Saïd Hamman assassiné à Londres en 1978, Naim Kider assassiné à Bruxelles en 1981, Sartawi assassiné au Portugal en 1983, Abou Jihad, numéro deux de l'OLP, assassiné à Tunis par un commando israélien en 1988 ou, son successeur, Abou Iyad, assassiné lui aussi à Tunis en 1991 avec plusieurs de ses conseillers, Kamal Adwan, Kamal Nasser, Ghassan Kanafani, Abu Jihad et Abu Ali Mustafa... En dix mois d’Intifada 2000-2001, quelque 60 Palestiniens (les uns manifestement visés, les autres tués parce qu'ils se trouvaient simplement là) furent ainsi les victimes de ces assassinats politiques sommaires effectués par des brigades spécialisées de "liquidationnistes", grâce la plupart du temps aux indications fournies par les collaborateurs palestiniens du Shin Beit.[45] Lors de la première Intifada ce sont environ 120 Palestiniens et plus de 200 à l’occasion de la seconde qui furent victimes de ces assassinats, pratique très ancienne dans le mouvement sioniste.



Ce terrorisme relève d’une véritable institution centrale de l'État d'Israël, le service de renseignements, de police et d'espionnage

Ce service particulièrement sophistiqué auquel sont consacrés des capitaux considérables et qui trouve facilement des complices en Palestine et ailleurs comporte trois principaux services secrets :

- le Mossad. Son terrain d’action est l‘étranger. Après s’être livré à la chasse aux nazis il est chargé, en collaboration étroite avec les services secrets des pays amis, de l’élimination des opposants en Occident ou au Moyen-Orient ;

- le Shin Beit. Il est chargé de la sécurité d’Israël et des territoires occupés. Comme le service précédent il est sous l’autorité directe du Premier ministre ;

- l’Aman. Sous la dépendance du Ministre de la défense, il assure la collecte d’informations humaines et techniques (écoutes, drones…) et mène des opérations spéciales en coordination avec le Mossad et le Shin Beit.



À ce terrorisme, tantôt terrorisme de l’ombre et silencieux, tantôt terrorisme spectaculaire à l'aide d’avions, d’hélicoptères, de missiles… terrorisme décidé, organisé et planifié directement en conseil des ministres en défiant les instances internationales des droits de l’homme et les gouvernements des États démocratiques, il faut ajouter :



- le terrorisme personnel des colons

Organisés en milices plus ou moins secrètes, au nombre de 200 000, les colons possèdent, avec l'appui de l'armée, des armes automatiques ultra-modernes..

Ainsi, à Hébron, un petit groupe de colons, à peine 300, la poitrine barrée de cartouchières croisées suivant une pratique courante chez eux et l’arme à l’épaule, contrôle le centre d'une cité de 100 000 habitants, habitants marginalisés, interdits de centre-ville et menacés en permanence par les militants extrémistes et les soldats.

On peut noter que, dès 1978, les colons ont été totalement intégrés au sein de la défense territoriale par le chef d’état-major Rafael Eitan pour assurer une défense statique aux endroits sensibles (frontières, colonies juives...).

Indépendamment d’une garde civile permettant aux colons de patrouiller dans les villes (« le civil israélien est un soldat en permission » suivant le mot fameux d’un général) une structure originale a été créée les yeshivot hesder où les appelés religieux du contingent associent service militaire et études talmudiques. Elle vient renforcer la militarisation des colonies.



- le terrorisme d'individus isolés comme celui qui a entraîné les massacres d'étudiants islamiques en 1982 à Hébron ou de 29 musulmans dans la mosquée de cette même ville en 1994.

Selon les services mêmes de renseignements civils israéliens, il existe dans les colonies de Cisjordanie et de Gaza une nébuleuse de « petites organisations terroristes juives » occupées principalement à comploter contre le « processus de paix » et pariant sur le chaos comme antidote aux éventuelles concessions territoriales que consentirait le gouvernement israélien. Beaucoup sont dirigées par des rabbins.

Parmi leurs projets, il y a eu notamment : l'assassinat du président de l'État, du chef du gouvernement et du ministre de la Défense, le déclenchement d'une tuerie massive de Palestiniens, le dynamitage du Dôme du Rocher à Jérusalem, troisième lieu saint de l'Islam.

À ce dernier propos signalons l’existence des "Artificiers du Messie" et les "Fidèles du Mont du Temple" responsables de la tuerie du 8 octobre 1990 au cours duquel dix-sept fidèles musulmans furent tués et qui restent toujours décidés à dynamiter les mosquées et à construire le troisième temple. Parmi ces organisations, on peut citer aussi le Kahane Haï du rabbin Meir Kahane, le Haï Vekayam... Tous se réclament de l’esprit de ces sicaires juifs qui, au premier siècle de notre ère, assassinaient leurs coreligionnaires accusés de collaborer avec la puissance occupante d’alors, les Romains.



Si nous n’avons parlé ici que des organisations terroristes israéliennes, ce n'est nullement pour minimiser ou excuser les crimes perpétrés contre des civils dont sont responsables les organisations palestiniennes (Hamas, Hezbollah, Djihad…)[46] : même la terrible oppression exercée depuis tant d'années par les sionistes ne peut les justifier. Mais, en dehors du fait que ce dernier terrorisme est celui de la faiblesse et du désespoir, une raison justifie ce parti pris : le terrorisme israélien, parce que beaucoup plus sophistiqué que le terrorisme palestinien, parce qu’il est celui d’un pays membre de l’ONU et puissamment armé, est à la fois largement méconnu et toléré.

À noter que le philosophe israélien Leibowitz[47], à propos du terrorisme palestinien, a pu écrire : « Les Palestiniens luttent avec tous les moyens qu'ils trouvent efficaces. Je ne vois aucune raison de condamner des actes dont je suis convaincu qu'ils sont inévitables. Tant que l'occupation continuera, des Palestiniens installeront des voitures piégées et nous, nous tuerons des gosses ».



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Samedi 1 Avril 2006

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