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500 Dollars pour la vie d'un irakien


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Mardi 17 Avril 2007

500 Dollars, pour la vie d’un Irakien
Par : Hayfa Zanka :
Alquds Al Arabi : 14/04/2007
Le 3 juin 2006, les militaires américains ont tué Thakifa Raddam Nasif Jassem Al Aswadi, originaire de Samarra, alors qu’on la transportait à la maternité. Le crime a été perpétré à un barrage de l’armée américaine. Le mari, qui conduisait la voiture, était neveux à entendre les plaintes de sa femme et n’avait pas mis ses mains sur le volant de la voiture, à la façon que recommandaient les consignes des militaires. Les soldats tirèrent alors sur les occupants de la voiture et tuent l’épouse et sa sœur.
A la fin des cérémonies de condoléances, le frère des deux victimes engagea une procédure judiciaire contre l’armée américaine pour le meurtre de ses deux sœurs et demanda le jugement des coupables.
En date du 22 juillet de la même année, les soldats américains tuent 6 personnes, dont une fillette et deux femmes et blessèrent une vingtaine d’autres, lors d’une descente dans un complexe résidentiel à Bâakouba, au nord de Bagdad, à la recherche, prétendent-ils, d’éléments de Qaida. L’attaque causa aussi des dégâts dans trois maisons.
En date du 4 octobre 2006, une femme a été tuée et une autre personne blessée quand les troupes américaines tirèrent à l’aveuglette sur les civils, au centre de la ville de Fallouja.
Une source policière publie un communiqué indiquant que : « une patrouille américaine a ouvert le feu à l’aveuglette sur des citoyens aux abords de la mosquée Al Hadra Al Mohammadia, au centre de Fallouja, pour ouvrir la route et que les troupes américaines recourent souvent à ces procédés pour faciliter le déplacement de leurs patrouilles ».
Ces trois crimes sont des exemples, parmi mille autres, choisis pour illustrer les graves problèmes de la vie quotidienne, les humiliations et les malheurs que les troupes d’occupation font subir au citoyen irakien, devant le regard de leurs agents locaux dans la zone verte.
Remarquons tout d’abord, à propos des recours en justice contre les troupes américaines, pour juger les auteurs du meurtre des deux femmes, devant les tribunaux irakiens ou autres, tel que le demandait leur frère, ou les demandes en réparation des dommages, dans le cas des dégâts causés aux maisons de Fallouja.
Le frère des 2 victimes ne peut porter plainte contre les troupes d’occupation, devant la justice irakienne ou toute autre justice, parce que ces troupes ont une protection et une immunité totales et la seule autorité qui peut leur demander des comptes est l’administration militaire américaine et ce, quelque soit la gravité de leurs crimes ou l’irréfutabilité des preuves de leur inculpation. Cette situation trouve sa meilleure illustration dans les massacres de Haditha, le viol et le meurtre de la jeune fille Abir Al Janabi et des membres de sa famille, ainsi que dans le massacre de Ashaki et d’autres.
(réf : http://tunisitri.net/actualites/actu31.htm/)
Quant aux réparations matérielles, au cas où les ayants droits et les proches des victimes se décident à engager une procédure, leur voie est longue et semée d’embûches. Le plus souvent d’ailleurs ils ne le font pas, convaincus que la perte d’un être cher n’a pas de prix ou, plus simplement, parce qu’ils ont une idée des difficultés insurmontables et des obstacles majeurs qui les attendent.
L’organisation américaine pour la défense des libertés civiles (I.C.I.O), a obtenu récemment un droit d’examen sur les affaires de demande de réparation engagées contre les troupes d’occupation américaines en Afghanistan et en Irak. Elle a pu ainsi examiner 500 cas enregistrés dans ces deux pays bien que l’armée américaine s’était interdite auparavant de publier des informations de ce genre, considérant qu’elles relèvent de sa seule compétence.
Ces documents, disponibles actuellement sur le site de l’organisation, révèlent que l’armée américaine a dépensé un montant de 32.Millions $, en réparation aux ayants droits des victimes civiles, irakiennes et afghanes, décédées ou blessées, ainsi qu’à titre de réparation des dommages aux biens. Cela est dans la rubrique intitulée « morts et dégâts n’engageant aucune responsabilité juridique », une formule bateau pour dégager les troupes d’occupation de toute responsabilité.
Il y a aussi une autre forme de réparation aux ayants droits, d’un usage plus courant, présentée comme une sorte d’aumône ou de don , au montant variant selon le degré de générosité du chef militaire, plus qu’une reconnaissance d’avoir commis un crime qui tue et détruit la vie d’une famille.
En 2005, un soldat américain a tué un écolier qui portait son cartable, au motif qu’il avait estimé que le cartable était plein d’explosifs. Le chef de la division a alors décidé de payer 500 $ à la famille de l’enfant, comme prix de sa vie. Ceux par contre qui peuvent avoir suffisamment de patience pour connaître les conditions exigées par l’occupant en pareil cas, remplir les formulaires de demande de réparation et s’activer par l’intermédiaire des organisations civiles, patienter, attendre suffisamment et résister aux tergiversations et aux manœuvres dilatoires pour de prétendues causes d’instruction, pourrait obtenir 2500$, pour la vie de chaque être cher tué par les américains. C’est le prix moyen établi par l’occupant pour la vie de chaque citoyen irakien.
Selon le porte parole de l’organisation américaine I.C.I.O, « il n’est pas clair jusqu’ici, si les incidents en question ont fait l’objet d’instruction ou pas et pourquoi il n’a pas été possible de les éviter ».
Parmi les 500 affaires étudiées, 204 ont été refusées et les ayants droits déboutés, soit 40%, parce que, selon les déclarations des soldats de l’occupation qui y sont impliqués « elles résultaient de situations en rapport, direct ou indirect, avec des affrontements avec l’ennemi ». D’autre part, 87 affaires ont été traitées sous la formule « affaires sans rapport avec les affrontements militaires » et 77 autres ont fait l’objet de réparations consenties au titre de la pitié et de largesses.
Essayons ici de mettre en parallèle, d’un côté, le drame du citoyen dont les droits sont bafoués et la dignité écrasée par les agents de l’occupation- au point que les réparations parcimonieuses à l’assassinat des gens, sont devenues une simple aumône- et les montants colossaux des vols et des détournements de fonds organisés par les gangs du gouvernement, d’un autre côté.
Le témoignage d’un des leurs, le juge Radhi Hamza Arradhi, président de l’organisation de transparence nationale, créée par l’ancien administrateur civil de l’Irak, qui déclare récemment que « son organisation enquête actuellement sur une affaire du vol d’un montant de 8 Milliards $ des deniers publics et qu’il y a 8 ministres et 40 directeurs généraux qui font l’objet d’une instruction judiciaire dans des affaires de corruption et que tous ces gens ont fui à l’étranger et sont demandés par Interpol ». De son côté, Transparency international a révélé dans son rapport annuel sur la corruption dans le monde que l’Irak est le quatrième pays corrompu dans le monde.
Comme à leur accoutumée, tous ceux qui se trouvent engagés, de près ou de loin, avec le gouvernement des milices et quelque soit leur degré d’honnêteté et c’est le cas du juge, expliquent que cette situation résulte des conditions de sécurité. Mais la situation réelle en Irak dément toutes ces allégations, faites dans le but de désinformer, et témoigne du contraire.
Les mauvaises conditions de sécurité sont le résultat direct de l’occupation militaire, économique et politique du pays et cela se développe sur le terreau de la corruption, du vol et des contrats fictifs. Sinon comment expliquer qu’aucun projet économique important n’ait trouvé un début d’exécution et qu’aucune amélioration des conditions de vie des citoyens n’ait été apportée. Comment expliquer que même dans les provinces kurdes, qui profitent de meilleures conditions de sécurité que dans le reste du pays et d’une part importante du budget national, en plus des milliards de dollars remis, monnaie courante et trébuchante, par l’administrateur Bremer et ses remplaçants aux leaders des deux partis kurdes, on n’a pas pu garantir le minimum vital pour les populations.
Nous sommes actuellement à un moment où le citoyen irakien n’a plus le droit de protéger sa vie et celle des siens, de faire respecter ses droits et de garder sa dignité et son honneur et qu’il n’ambitionne plus le minimum de justice sociale.
Nous sommes à un moment où le citoyen subit mille contraintes pour quitter sa maison pour un camp de fortune dans conditions précaires ou, s’il arrive à obtenir un passeport, pour un pays voisin où il doit quémander le visa d’entrée, l’autorisation de séjour et le travail.
Nous sommes à un moment où nos enfants sont privés d’école, de santé et d’une vie normale alors qu’ils sont les enfants légitimes de ce pays qui regorge de richesses.
Et alors que nous sommes ainsi, voila que Jawad Al Maliki, accompagné d’une bande de ministres du gouvernement des milices, se déplace du Japon à la Corée pour demander, en notre nom, des crédits de milliards de dollars, qui disparaîtront à jamais dans les comptes courants de « la nouvelle démocratie » et que des générations de citoyens d’irakiens devront payer, avec leurs intérêts composés.
Que faire ?
En plus de combattre l’occupation sous toutes ses formes, nous devons appeler à mettre fin à ces crédits accordés au nom du peuple irakien et dont ce dernier n’en a vu « qu’une dépréciation de la vie de ses enfants », les armes sophistiqués de ses occupants et les prisons de leurs agents. Nous devons agir pour inciter les gouvernements du monde entier à arrêter d’accorder des crédits à un gouvernement dont la plus grande réalisation tient à l’élimination de près d’un million de ses citoyens et de contraindre à l’émigration près du dixième de la population en 4 ans et le tout au titre de « la construction du nouveau Irak ».
Traduit de l’arabe par Ahmed Manai

http://www.alquds.co.uk/archives/2007/04Apr/14AprSat/qds19.pdf/




Mardi 17 Avril 2007

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