Histoire et repères

4 - 1947 : LA CRÉATION DE L'ÉTAT D'ISRAËL PAR L'ONU[26]


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Les principaux épisodes d’une erreur historique


Mercredi 1 Mars 2006

Janvier 1947 Le Congrès sioniste exige un État juif sur toute la Palestine ou à la rigueur deux États dans des frontières « adéquates ». Février 1947 La Conférence de Londres reprend ses travaux. Le plan britannique exposé par Bevin - conforme au Livre blanc rédigé à l’issue du Congrès de 1939 et aux conclusions de la Commission anglo-américaine de 1946 - prévoit un État palestinien bi-national avec 5 ans de tutelle britannique. Ce plan est rejeté et par les Juifs et par les Arabes. La Conférence demande le recours de l'ONU. Avril 1947 L'ONU, en réponse à la demande britannique d'une conférence, nomme une Commission d'enquête internationale, l'UNSCOP qui est composée des représentants de 11 pays (à l'exclusion des 5 grandes puissances). Ces pays sont les suivants : - Iran, Inde, Yougoslavie qui souhaitent un État fédéral indépendant avec un État arabe et un État juif ; - Canada, Pays-Bas, Pérou, Suède, Tchécoslovaquie, Uruguay et Guatemala (ces deux derniers pays déjà connus pour leur appui proclamé au sionisme) se prononcent pour un partage avec union économique. Pendant le séjour de cette Commission en Palestine, on assiste à une multiplication des opérations d'immigration illégale des Juifs et à des attentats terroristes sionistes dirigés contre les troupes anglaises qui continuent à payer à un lourd tribut. À signaler notamment l'enlèvement et la pendaison de deux sergents anglais dont les cadavres piégés explosent lorsqu'ils sont découverts en faisant de nouvelles victimes parmi les soldats britanniques Le rapport final de l'UNSCOP recommande notamment : - la fin du Mandat britannique et une période transitoire avant l'indépendance sous le contrôle de l'ONU ; - la préservation des Lieux saints ; - la résolution pacifique des différends entre les deux parties ; - l'unité économique de la Palestine ; - la reconnaissance des droits des citoyens étrangers à la Palestine. Les délégués minoritaires (Inde, Iran, Yougoslavie) recommandent un État fédéral bi-national, tandis que les autres veulent deux États et l'internationalisation de Jérusalem. La Grande-Bretagne surprise du vote de l'UNSCOP - refuse implicitement le partage ; - et décide d'abandonner son Mandat dans un délai de 6 mois si aucun accord n'est conclu entre Juifs et Arabes. L'affaire de l'Exodus Alors que se déroulent les travaux de l’UNSCOP a lieu un épisode destiné à forcer les Britanniques à ouvrir les portes de la Palestine aux Juifs. Un vieux bateau nommé pour la circonstance Exodus 1947, affrété par la Haganah et chargé de 4500 immigrants juifs issus d’Europe centrale, se présente en juillet 1947 au large d'Haïfa en vue du débarquement. Les Britanniques choisissent alors le refoulement : les passagers sont rudement transférés à bord de bateaux britanniques. Après une escale à Port-de-Bouc le 29 juillet, ils débarquent le 8 septembre à Hambourg alors sous autorité britannique d’occupation… À l'aide d'informations sur le comportement « sauvage » des Britanniques, informations que l'on sait aujourd'hui en grande partie mensongères, l'Agence juive et ses journalistes lancent alors à travers toute l'Europe, les États-Unis et les nombreux pays où les Juifs sont présents, une violente propagande anti-britannique. À propos de l'exploitation par l'intelligentsia juive de cet épisode de l'Exodus pour s’attirer la sympathie de l’opinion internationale, Christopher Sykes a pu écrire : « Exodus 1947 fut parmi les plus importants succès du sionisme avant la naissance de l'État d'Israël. Il devint le sujet d'une saga, avec un livre et un film, ayant autant de ressemblance avec les événements en cours que l'Iliade d'Homère avec le siège de Troie »[27]. Mais les maîtres du jeu en 1947 sont avant tout les États-Unis et l'URSS. Aux États-Unis, les pressions exercées sur le Congrès et sur Truman par un lobby juif acquis au partage de la Palestine sont déterminantes. Tandis que le risque d'une brouille avec le monde arabe est éclipsé, les États-Unis arrêtent leur position entièrement favorable aux sionistes. Quant à l'URSS, c'est avant tout son hostilité à la Grande-Bretagne présente dans la région et la perspective stratégique de prendre sa place au Moyen-Orient qui dictent sa conduite. Son vote est paradoxal. Alors que les marxistes ont toujours été des antisionistes farouches l’URSS, en faisant prévaloir son intérêt étroitement national sur son idéologie, appuie soit la création d'un État bi-national, soit celle de deux États, l'un juif, l'autre arabe. Sionistes et Arabes face au plan de partage Les sionistes plaident leur cause avec diplomatie. Ils jouent : . sur les intérêts électoraux des divers représentants des pays de l'ONU intéressés par la collaboration des organisations juives de leurs pays ; . sur l'histoire des Hébreux et de la Bible commune aux juifs et aux chrétiens ; . sur la donnée (que nous savons mythique) suivant laquelle les Juifs d’aujourd’hui seraient les descendants du peuple hébreu de l’Antiquité et, à ce titre, les héritiers légitimes ; . sur les persécutions dont les juifs ont été victimes au cours des siècles dans de nombreux pays ; . sur la responsabilité plus ou moins importante des pays occidentaux dans le génocide hitlérien ; . sur les réalisations économiques des colons juifs en Palestine, susceptibles de profiter à tous les Arabes de la région, pauvres et peu instruits. De plus les sionistes, par la voix de leur président Ben Gourion, à un moment particulièrement crucial où les représentants des Nations Unies étaient excédés par l'antagonisme absolu des forces en présence, avaient accepté un compromis de pure tactique mais particulièrement habile, en déclarant se satisfaire d'une seule partie de la Palestine. Malgré « le lourd sacrifice que cela représente nous sommes prêts à considérer, la question d'un État juif sur une partie significative de la Palestine, tout en réaffirmant notre droit sur toute la Palestine »[28]. Parallèlement à cette déclaration publique de Ben Gourion un sous-entendu était clairement exprimé parmi les siens : « dès que nous serons devenus puissants, une fois notre Etat établi, nous l'annulerons et nous nous étendrons sur tout le territoire d'Israël ; un État hébreu partiel n’est pas une fin, mais seulement un début ». Les Arabes, au contraire, assurés de leur incontestable bon droit, déclinent d'emblée toute proposition de partage. Pour le Haut comité arabe (HCA) « les droits naturels des Arabes de Palestine sont évidents et ne peuvent continuer à faire l'objet d'enquête ». Le Comité refuse désormais toute coopération avec la Commission de l'ONU. Face à la tactique subtilement habile des sionistes, celle des Arabes se révéla infructueuse. De nouvelles sous-Commissions sont alors nommées pour réexaminer les demandes palestinienne et juive. La Grande-Bretagne est en grand désarroi… Il en est de même des pays arabes De nombreuses résolutions sont votées par les différents pays de la Ligue arabe, mais elles demeurèrent toujours des vœux pieux. Toutes les décisions concernant l'aide économique à apporter aux Palestiniens pour contrer les acquisitions systématiques des terres par les colonisateurs sionistes ou l'aide militaire en hommes et en matériel pour s'opposer à tout partage de la Palestine, ne trouvèrent jamais la moindre application concrète par suite des dissensions, de la mésentente et des divergences d'intérêts entre les pays en question. Seule une décision en résulta : l'octroi d'un million de livres sterling à la commission militaire. En septembre 1947 : l'ONU émet un premier vote pour décider de l'avenir de la Palestine Le résultat est le suivant : - 25 voix pour le partage, - 13 voix contre, - 19 abstentions. Mais la résolution, pour être validée, doit obtenir les 2/3 des voix, ce qui n'est pas le cas. Face au résultat de ce vote qui ne satisfait pas les Etats-Unis, des pressions caractérisées sont exercées sur les représentants des Nations à la fois par le Congrès américain, l'Administration, le Parti démocrate, le président Truman lui-même (inquiet pour sa réélection). Parallèlement, tous les organes du mouvement sioniste présent dans de nombreux pays sont mobilisés dans la même perspective. De tout leur poids ils vont peser pour gagner à leur cause les États les plus faibles. Ces pressions sont efficaces : les représentants de certains de ces États tels la Grèce, le Libéria… récalcitrants jusque-là deviennent favorables au partage, d’autres tels les Philippines, Haïti… se voient accordés des prêts pour leur développement, tandis que, à l'instigation de l'Administration démocrate, la compagnie de caoutchouc Firestone prévient le Liberia qu'elle annulerait ses projets d'extension dans le pays s'il ne renversait pas son vote en faveur du partage ! (précision apportée par D. Pearson dans le Chicago-Daily du 9 février 1948). Le 25 novembre : l'ONU (où l’Afrique et une partie de l’Asie n’ont pas encore de voix) émet un second vote pour décider de l'avenir de la Palestine En dépit de l'opposition farouche des États arabes et du Royaume-Uni tout à fait convaincu que la création d'un État juif entraînerait une situation continue de violence et de guerre, le projet soviéto-américain de deux États séparés passe en commission. Le vote est le suivant : - 25 voix pour, - 13 voix contre, - 17 abstentions, - 2 absents. Mais il manque encore une voix pour atteindre la majorité requise des 2/3. Truman jette alors de nouveau son prestige de Président des États-Unis dans la balance et mobilise tous les moyens dont il dispose, moyens diplomatiques et autres : l'administration des États-Unis menace la France, qui s'est abstenue lors du vote, de lui couper les vivres, tandis que plusieurs chefs de délégations se voient offrir des « enveloppes » ou des cadeaux pour leur épouse[29]. De son côté, le cardinal Spelmann de New-York, sur la suggestion d’un sioniste américain, parcourt en hâte l’Amérique du Sud pour convaincre les dirigeants des différents pays catholiques de voter en faveur de la création d’un État juif en Palestine.[30] À propos de ces événements, nous dit D. Vidal, le sous-secrétaire d’État des Etats-Unis, Summer Welles, a pu écrire : « Par ordre direct de la Maison-Blanche les fonctionnaires américains devaient user de pressions directes ou indirectes… afin d’assurer la majorité nécessaire au vote final ». Le ministre de la Défense James Forrestal dans ses Mémoires confirme de son côté que « les méthodes utilisées pour faire pression, et contraindre les autres nations au sein des Nations Unies, ont frôlé le scandale ». Le 29 novembre 1947 : l'ONU vote le partage de la Palestine en trois parties : . un État juif de 14 000 km2 avec 558 000 Juifs et 405 000 Arabes ; . un État arabe de 11500 km2 avec 804 000 Arabes et 10 000 Juifs formé de trois parties séparées : Gaza, la Cisjordanie et la partie nord voisine du Liban ; - enfin, une zone sous régime international particulier comprenant les Lieux saints, Jérusalem et Bethléem avec 106 000 Arabes et 100 000 Juifs. À noter que l’ONU accorde aux sionistes 50 % de plus que le plan Peel de 1937 soit 60 % du territoire alors qu’ils n’avaient jusqu’alors que 7 % de la propriété foncière ; de plus ce territoire comporte 80 % des terres céréalières de la Palestine et 40 % de son industrie La résolution 181 est acquise suivant le vote suivant : - 33 voix pour la création (dont celles des E.U., de l'URSS et de la France) ; - 13 voix contre ; - 10 abstentions (dont celle de la Grande-Bretagne qui, se déchargeant de toute responsabilité quant aux conséquences dramatiques qu’elle prévoit, fixe au 15 mai 1948 son retrait civil et militaire de Palestine). L'ONU prévoit aussi dans sa résolution : - qu’une union économique, monétaire et douanière (vue comme « une nécessité absolue ») soit réalisée entre les États ; - que les droits des minorités (bénéficiant d'office de tous les droits civils et politiques) et les principes démocratiques soient respectés ; - que les futurs textes constitutionnels des deux États suivent les normes de l'ONU. Ainsi, par un vote à l’arraché - après une bataille fertile en manœuvres, chantages, menaces et coups de bluff - s’est décidé le sort de la Palestine et des populations qui l'habitaient. Les Nations Unies, en ne retenant du mouvement sioniste que la louable intention d’assurer la sécurité des juifs, en méconnaissant le potentiel raciste anti-"non-Juifs" de ce mouvement, en négligeant la très importante littérature juive d'opposition à l'idéologie sioniste, en faisant peu cas des populations non-juives de Palestine, se laissèrent dominer par un puissant lobby tout à sa tâche de forcer par tous les moyens les portes de la Palestine. Or, la Charte du 26 juin 1945 avait établi : « l’égalité du droit des peuples et leur droit à disposer d’eux-mêmes » (article 1.2). Ceci impliquait que les droits dits "historiques" basés sur les multiples éléments du passé - éléments religieux, dynastiques, raciaux, guerriers... générant contestations, violences et affrontements interminables - devaient laisser place à l’expression démocratique de la communauté humaine qui en était la résultante de fait… En ne respectant pas ces principes établis par elles-mêmes, les Nations Unies qui, par ailleurs, n’avaient pas les moyens d’assurer le partage et ne faisaient que d’autoriser les deux parties à « exister » c’est-à-dire à se battre, trahirent là l’un de leurs principes les plus sacrés, fondement même du droit international : l'autodétermination des peuples. revenir au sommaire


Lundi 19 Octobre 2009


Commentaires

1.Posté par Amipal le 25/06/2007 11:11 | Alerter
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Au sein de l'UNSCOP quel était l'origine de l'appui de l'Uruguay et du Guatémala au sionisme ?

Merci

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