"Méthode malhonnête du gouvernement", accuse Bernard Thibault, le secrétaire général de la CGT, à propos du projet de loi vidant les 35h de leur substance. Laquelle ? "Tenter de présenter la déréglementation sur le temps de travail sous couvert d'un accord passé avec les syndicats". Il est vrai que les syndicats avaient signé, mais pas ça ! Précisément, ils avaient légitimé un accord d'entreprise lorsque les syndicats ayant obtenu
30% des voix des salariés valablement exprimées l'acceptent, avec un
droit d'opposition pour la majorité. Exception pour les dispositions sur le
temps de travail de l'article 17, qui nécessitaient l'accord des
syndicats ayant reçu la majorité absolue des suffrages exprimés. C'est cette exception que veut balayer Xavier Bertrand, ministre "je-passe-en-force" du Travail. Avec cette autre disposition de la "position commune" syndicale, justement inscrite dans ce même article 17 : il permet de relever les contingents d'heures supplémentaires par accords majoritaires en entreprise "à titre expérimental". Il n'est plus question d'expérimentation dans le projet de loi, qui offre de renégocier en entreprise d'autres modalités concrètes des 35h (repos compensateurs, règles de modulation du temps de travail,
forfaits annuels, journaliers...). Sans nécessairement, donc, un accord
majoritaire. Bertrand le justifie au prix d'un énième discours creux à la langue taillée dans du chêne massif : "Ces nouvelles souplesses seront négociées avec les partenaires sociaux
dans les entreprises et permettront de sortir définitivement du carcan
imposé par les 35 heures". Quel carcan ? Ah, oui, c'est vrai : les 35h empêchent les Français de travailler et ils ne travaillent pas assez. Sauf que c'est faux (voir Durée du travail en France : un mensonge d'Etat) ! Et que les entreprises, soi-disant prises dans un carcan, disposaient déjà depuis belle lurette d'un contingent d'heures supplémentaires, au-delà des 35h, qu'elles n'épuisaient pas. Quant à la "souplesse" invoquée par le ministre VRP du MEDEF, elle consiste évidemment à solliciter celle du salarié à courber encore l'échine. "Le temps de travail va devenir un élément de chantage dans les
entreprises, prévoit ainsi Thibault: toutes les entreprises
sont loin d'avoir une présence syndicale et les salariés seront en
position de faiblesse pour négocier équitablement ces dispositions".
François Chérèque, le leader de la CFDT, ne s'estime pas moins trahi que son confrère cégétiste : "Je me demande comment, demain, je pourrai faire croire à mes militants
qu'en signant un accord, on a la parole et la garantie du gouvernement
qu'il respectera notre signature. C'est la première fois qu'un ministre
du Travail rompt cette confiance", gémit-il. Ils sont sympas, Thibault et Chérèque, non ? Mais ne se seraient-ils pas un peu laissés avoir (et nous avec) ? "La CGT et la CFDT ont mis le doigt dans l'engrenage en signant ce texte", analyse Jacques Voisin, secrétaire général de la CFTC qui n'a pas signé la "position commune". "Il ne faut donc pas s'étonner maintenant si le ministre reprend la
règle générale pour conclure un accord sur le temps de travail [...] Il
ne fallait surtout pas laisser passer ce texte". A la voix du syndicaliste chrétien s'ajoute celle du patron de FO, Jean-Claude Mailly : "Quand vous ne voulez pas qu'une porte s'ouvre, il ne faut pas
l'entrouvrir. La porte est entrouverte et le gouvernement ouvre
complètement la porte en prenant des dispositions, que bien entendu
Force ouvrière condamne". Hé oui, Messieurs. Fallait pas signer. Fallait pas faire confiance à ce gouvernement de lutte des classes. Qu'il soit vendu aux intérêts patronaux et prêt à toutes les duplicités pour accomplir son œuvre de démolition sociale, est-ce vraiment une surprise ?
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