Histoire et repères

24 - LE racisme anti-Juifs


Causes premières et causes secondes du racisme anti-Juifs


Mercredi 1 Mars 2006








Edmond Fleg, dans son ouvrage Pourquoi je suis juif, a posé la question essentielle : « À quoi tient cette haine du Juif, que rien n'apaise, qui existe depuis qu'existent des Juifs, qui durera sans doute tant qu'ils dureront ? »

Pour comprendre les persécutions dont les Juifs ont toujours été victimes, diverses interprétations ont pu être proposées : l’étroit nationalisme et les particularismes d’une religion dépassée, « l’arrogance à se considérer comme une race privilégiée », l’ influence des Juifs dans la société, notamment leur rôle économique vu comme une « détestable singularité »[219], la théorie du bouc émissaire, l’antique haine des chrétiens pour les Juifs « coupables du crime de déicide sur la personne de Jésus ». Mais toutes ont été jugées insuffisantes par les auteurs du passé. Pour nombre de ceux-ci, l'antisémitisme est tout simplement « mystérieux»... « C’est l’un des faits les plus irritants et les plus déconcertants de l’histoire contemporaine, écrit Hannah Arendt[220], que, parmi tous les grands problèmes politiques, ce soit le problème juif, apparemment limité et de peu d’importance, qui ait eu l’honneur, si l’on ose dire, de déclencher la machine infernale. Une telle disproportion entre la cause et l’effet offense le bon sens ».

Effectivement si, en suivant la démarche des historiens, on ne fait qu’analyser les interactions multiples entre les Juifs et leur entourage, dissertant à perte de vue sur des causes secondes, contingentes et s’enchevêtrant à l’infini - causes qui, chez les non-Juifs, relèvent parfois de la légitime défense mais souvent de la sottise, de la jalousie ou de la malice - ce qui s’est passé au XXe siècle comme dans les siècles précédents, l’oppression voire l‘élimination massive en Europe d’une communauté, est manifestement incompréhensible. Ce sont sans nul doute les Juifs qui, au cours des siècles ont été les plus grandes victimes d'une part de calomnies (n'ont-ils pas été accusés par les chrétiens de meurtres rituels ?), d'autre part de cette propension qu'ont les hommes à généraliser et à accuser toute une communauté à partir de la faute de quelque minorité. Cette constance des non-Juifs dans l'injustice est d'autant plus inexplicable qu'il n'y a sans doute pas au monde une communauté dont les membres professent, sur quelque sujet que ce soit, des opinions aussi diverses : opinions politiques allant de l'extrême gauche à l'extrême droite, d’un internationalisme débridé à un étroit nationalisme, opinions religieuses variant de l'athéisme le plus résolu à l’orthodoxie la plus farouche... Et ne parlons pas du problème du sionisme avec ses sionistes acharnés et ses antisionistes non moins résolus, en passant par les « a-sionistes » et les sionistes par compromission.



Néanmoins, et cela ne laisse pas de surprendre, dans les ouvrages sur l' « antisémitisme », l'analyse des auteurs, après avoir porté essentiellement sur les responsabilités du monde non-juif, s'arrête généralement aux Juifs dans leurs comportements ou à des éléments accessoires de leur tradition religieuse. Ainsi Bernard Lazare, qui voit pourtant la culture juive comme cause essentielle de l’ « antisémitisme », ne s’arrête guère qu’aux faits et gestes des Juifs respectant leur Loi. Dans son ouvrage de la fin du XIXe siècle il écrit : « Partout où les Juifs se sont établis, partout s’est développé l’antisémitisme […] Si cette hostilité, cette répugnance même, ne s’étaient exercées vis-à-vis des Juifs qu’en un temps et en un pays, il serait facile de démêler les causes restreintes de ces colères ; mais cette race a été, au contraire, en butte à la haine de tous les peuples au milieu desquels elle s’est établie. Il faut donc, puisque les ennemis des Juifs appartenaient aux races les plus diverses, qu’ils vivaient dans des contrées fort éloignées les une des autres, qu’ils étaient régis par des lois différentes, gouvernés par des principes opposés, qu’ils n’avaient ni les mêmes mœurs, ni les mêmes coutumes, qu’ils étaient animés d’esprits dissemblables ne leur permettant pas de juger également de toutes choses, il faut donc que les causes de l’antisémitisme aient toujours résidé en Israël même et non chez ceux qui le combattirent »[221]. B. Lazare n’a pas poussé plus loin son analyse du contenu du judaïsme.



Bref, il est manifeste que les auteurs des multiples ouvrages consacrés à l’ « antisémitisme » n’ont pas encore intégré le fait que la notion de race portée par la culture juive, consubstantielle en quelque sorte au judaïsme et à l’être-juif, représente l’élément premier du phénomène infernal se perpétuant depuis plus de deux millénaires. Quant à ceux qui, dans nombre d’articles et colloques, analysent particulièrement un « antisémitisme » de gauche se développant face aux exactions de l’État d’Israël, leur méconnaissance des éléments de l’idéologie sioniste directement en cause dans le drame de la Palestine n’en est pas moins notoire.[222]



La ghettoïsation territoriale et/ou spirituelle : source sans cesse résurgente à la fois d'excellence et de racisme antijuif.

Fruit du contrat mythique de l'Alliance et de la loi du sang, un phénomène social d’importance a toujours marqué l'histoire du judaïsme : la ghettoïsation. Mais qui dit ghettoïsation - qu'elle soit parfois imposée par des forces extérieures hostiles ou le plus souvent adoptée par choix - dit parallèlement séparation dans des solidarités exclusives et, partant, émergence d’élites remarquables d'excellence dans de multiples domaines - y compris celui de la guerre - élites dont certaines seront admirées, d'autres suspectées ou jalousées, mais d'autres enfin honnies parce que fondamentalement agressives, dominatrices et oppressives. L'État d'Israël ne réalise-t-il pas sous nos yeux, un exemple de ce type !



Or la ghettoïsation a un corollaire : la dispersion-assimilation. Les deux phénomènes sont, en effet, intimement liés : ils découlent l'un et l'autre, à la fois d'une certaine interprétation des écrits fondateurs et des réactions hostiles des populations non-juives. On peut noter d'ailleurs que ces deux phénomènes restent toujours à l'état de tentatives plus ou moins avancées. Ainsi que le montre l'Histoire, le ghetto a en effet comme destinée, ou d'imploser de l'intérieur (c'est l'histoire de la Tour de Babel) ou d'être violé de l'extérieur par quelque force dominante, tandis que l'assimilation est formellement combattue par les éléments religieux du judaïsme. Les deux phénomènes conjoints vont, de ce fait, se succéder perpétuellement au sein du judaïsme en cercles continus, à un rythme variable en fonction du contexte. La phase actuelle, depuis 1945, est manifestement une phase qui s’accompagne d’une ghettoïsation accélérée, avec un redoutable retour de religiosité, comme le montre à l'évidence, non seulement l'État d'Israël mais les divers pays, pays occidentaux notamment, où vivent des Juifs. « Je rencontre, écrit E. Benbassa[223], de plus en plus de Juifs qui me semblent vivre dans une sorte d'aquarium. Ils écoutent les radios juives, ils lisent la presse juive, ils vivent avec des Juifs, ils vont voir des films juifs. L'auto-enfermement de certains orthodoxes, on le comprend. Le mode de vie, les règles diététiques imposent une certaine mise à distance. Là n'est pas le plus inquiétant, ni le plus étonnant. Je parle des autres ». Un médecin d’une cité française explique ainsi que « de la crèche jusqu’à la maison de retraite, du matin au soir, un juif peut désormais vivre pratiquement en circuit fermé »[224]. Quant à Jean Daniel[225] il évoque en 2003 « toutes les manifestations communautaires des Juifs regroupés en tribus » dans lesquelles il « a peine à ne pas déceler des aspects communautaristes qui l’agressent ». Dans cet « enfermement dans des structures identitaires » (suivant l’expression de Sartre) on peut y inclure, bien entendu, le fait que les enfants juifs vont en grand nombre dans des écoles généralement ultra-orthodoxes qui, malgré leur statut d'écoles sous contrat d’association avec l'État, n'admettent (au mépris de l'esprit de la loi française) qu'une proportion « infinitésimale » d'enfants non-Juifs et triés sur le volet. On peut même noter que certaines organisations scolaires juives hors contrat d’association, reçoivent des subventions de la part des dirigeants français.[226]. En 2000, le Fonds social juif unifié (FSJU) comptait en France 250 établissements scolaires (jardins d’enfants, écoles primaires, collèges, lycées, un IUT.[227], dont 85 % sous contrat. Ces établissements, nouveaux ghettos pour enfants et jeunes gens, où l’enseignement repose sur les quatre piliers suivants : « apprendre à être juif, connaître l’hébreu, aimer Israël, s’ouvrir à la vie sociale », réalisent un pôle communautaire sans précédent. Leurs effectifs sont soumis à une forte croissance : en 2001, ils regroupaient plus de 25 000 élèves[228]. En 2002, une enquête de menée par Erik H. Cohen indique que 26 % des enfants et adolescents juifs sont scolarisés dans une école juive.



Certains auteurs, nous dit Hannah Arendt[229], en sont arrivés à penser que « l'antisémitisme était peut-être un excellent moyen de maintenir l'unité du peuple juif »... Ces auteurs ont parfaitement saisi le phénomène. Parce que découlant directement du mythe de l'Alliance, la ghettoïsation , cet élément essentiel qui maintient l'unité du peuple juif, possède effectivement un grand facteur de renouvellement possible : l'hostilité des non-Juifs envers les Juifs.



Un racisme réactionnel à un autre racisme

Tout d’abord, on peut considérer que l’hostilité des non-Juifs à l’égard des Juifs revêt schématiquement deux formes. Il peut s’agir d’une réaction de vengeance ordinaire face à des manifestations hostiles de Juifs en tant qu’individus. Obéissant à la simple loi du talion, cette hostilité n’est pas du racisme. Et puis, il y a l’hostilité systématique envers des Juifs en tant que membres d’une certaine communauté. Là, il s’agit d’une manifestation raciste caractérisée, racisme au sens propre puisque est présente la notion de race. C’est de cette forme de racisme vrai dont nous parlons essentiellement ici.



À propos du fossé existant entre les Juifs et les non-Juifs, Hannah Arendt[230], en citant des extraits de l'ouvrage de Jacob Katz (Exclusiveness and Tolerance. Studies in Jewish-Gentile Relations in Medieval and Modern Times) écrit aussi : « Du XVe à la fin du XVIe siècle [...] le judaïsme devint "plus que jamais un système de pensée fermé". C'est alors que, sans intervention extérieure, les Juifs commencèrent à penser que "ce qui séparait les Juifs des nations n'était pas fondamentalement une divergence en matière de croyance et de foi, mais une différence de nature profonde", et que l'antique dichotomie entre les Juifs et les non-Juifs était "plus probablement d'origine raciale que doctrinale". Ce changement d'optique, cette vision nouvelle du caractère étranger du peuple juif [...] apparaît clairement comme la –condition sine qua non de l'antisémitisme ».

Que des Juifs aient pu penser que l'hostilité envers les Juifs résultait non pas d'une différence de croyance ou de culture entre Juifs et non-Juifs mais d'une différence de nature profonde, permet de réaliser parfaitement ce que la notion d'hérédité ou de « race » transportée par la tradition judaïque peut avoir de pervers. Car qui dit « race », dit tentation de passer d'une hostilité envers un individu à une hostilité envers toute une communauté, c’est-à-dire au « racisme » avec ses deux formes en miroir : dans la circonstance le racisme anti-"non-Juifs" et le racisme anti-Juifs. Car, il n'y a pas dans ce cas de racisme « à sens unique ». Et, dans ce cercle infernal comment ne pas attribuer au racisme anti-"non-Juifs" des Juifs la responsabilité première, puisque son fondement qui est scripturaire a pour lui et l'antériorité et la permanence ?



Dans son ouvrage déjà cité J.P. Sartre[231] a écrit : « Le Juif est un homme que les autres hommes tiennent pour Juif : voilà la vérité simple dont il faut partir. En ce sens, le démocrate a raison contre l’antisémite : c’est l’antisémite qui fait le Juif ». « En Occident le Juif, c’est l’autre » écrivent de leur côté Benbassa et Attias[232]. Ces penseurs se trompent. Dans la genèse du phénomène « antisémitisme » qu’ils analysent, il y a une donnée qui leur échappe : le fait que c'est le Talmud et la loi rabbinique fondant la judéité qui désignent comme juif tout individu sur le seul critère héréditaire, conditionnant d'emblée, les Juifs à voir les non-Juifs comme des étrangers, et ce depuis plus de deux millénaires. Avant d’être le fantasme d’un « antisémite », le « Juif » est d’abord le fantasme du Juif orthodoxe. Ce n'est en somme qu'en suivant la tradition juive ou en réaction contre elle, que les non-Juifs, en utilisant un mot dont la connotation raciale est transportée par le judaïsme lui-même - l’expression de « sang juif » est particulièrement banale chez les auteurs juifs pour désigner celui qui descend de Juifs par les femmes - sont amenés à tenir tel homme pour juif, c'est-à-dire traditionnellement comme « insécularisable », inassimilable et racialement autre. C'est dire aussi que le judaïsme, en désignant les non-Juifs, ceux qui sont d'une autre race, piège à la fois ses adeptes et « les autres ». Dès ma petite enfance, écrit J. M. Lustiger[233], j'ai su que je n'étais pas comme les autres ». Pour A. Neher[234], « le Juif est quelque chose d'autre qu'un homme au sens terrestre, technique, banal du terme ; il est le sourcier de la Lumière perdue »; et l’auteur d’ajouter : « Seul un peuple se trouvant à la limite du Divin et de l'Humain peut être solidaire d'Eretz Israël », Terre différente des autres […] Israël est l’axe du monde, il en est le nerf, le centre, le cœur ». « Dès mon plus jeune âge, lorsque mes yeux commencèrent à s’ouvrir sur le monde, écrit de son côté André Chouraqui[235], je voyais bien que nous étions d’ailleurs […] Être juif, géographiquement et chronologiquement, c’était être ailleurs ».



Non, l’appartenance juive ne naît pas en premier lieu du regard d’autrui mais du regard des « Juifs » sur « autrui » suscité par le judaïsme! Le Juif n’est l’« autre » pour le non-Juif que secondairement et dans la sphère du judaïsme.



Freud qui se demandait , lui aussi, comment les Juifs s'étaient attiré cette haine éternelle, ne s'est pas moins fourvoyé quant aux racines du mal. Alors que l'hostilité contre les Juifs prenait en Allemagne, dès l'avènement de Hitler, les dimensions que l'on connaît, n'attribuait-il pas ce comportement à une « haine inextinguible » du monothéisme considéré comme une névrose obsessionnelle reposant sur un complexe de culpabilité : le crime de l'assassinat du père par la horde primitive ?



Quand la Compagnie de Jésus, d'après la Convention de 1593, n'admet en son sein aucun chrétien d'ascendance juive, quand elle veut par un décret de 1608 que ses novices fassent la preuve qu'ils n'ont pas de sang juif depuis cinq générations (depuis quatre générations à partir de l'amendement de 1923), quand le R.P. Koch, S. J. écrit en 1934 dans l'ouvrage Jesuiten-Lexikon, que « De tous les ordres, c'est la Compagnie de Jésus qui, par sa règle, est le mieux protégée contre toute influence juive », il est évident qu'il s'agit d'un racisme anti-Juifs caractérisé et ignominieux. Mais il faut bien voir que cette exaltation du sang pur par les jésuites pour que les juifs convertis (conversos) ne puissent accéder aux charges et honneurs publics ne vient, d'une certaine manière, qu'en réplique monstrueuse à la Loi du sang spécifique au judaïsme. Bref, une guerre entre « purs » - à caractère « raciste » avant l’heure - guerre initiée par la loi rabbinique chez les juifs il y a quelque deux mille ans et dans laquelle les chrétiens – à la fois contaminés par la notion de race portée par le judaïsme et oublieux de toutes les Écritures chrétiennes depuis les origines - sont entrés particulièrement après la promulgation à Tolède du premier statut de pureté du sang (estatuto de limpieza de sangre) au milieu du XVe siècle).[236] Et ce processus aboutira au drame du nazisme…



Dans l'islam, il y a bien hérédité paternelle mais elle très différente de l'hérédité maternelle juive. Il s'agit certes d'une tare notable que cette transmission héréditaire de la religion, et pour les individus et pour le progrès de la civilisation, notamment celle de la démocratie, mais il n'y a ni notion de sang, ni notion de race transmettant par voie masculine ou féminine quelque qualité singulière. L’islam, foncièrement égalitaire,[237] n’a jamais fait de différence entre les races et partant est resté indemne de racisme. Les musulmans épousent volontiers des étrangères et s’agissant des femmes l’interdiction pour elles de se marier avec un non-musulman ne provient pas du Coran. En témoigne aussi le prosélytisme constant de l'Islam dans la perspective primordiale qui est la sienne (comme elle reste celle du christianisme) : son extension maxima près des infidèles. Comme le rapporte Hesna Cailliau[238], « les Arabes n’hésitèrent pas, dès la première expansion, à mêler leur sang aux nouveaux convertis, créant ainsi une culture arabo-berbère au Maghreb, arabo-égyptienne dans la vallée du Nil, arabo-iranienne dans l’ancien Empire sassanide. Ce processus d’acculturation et de métissage s’est poursuivi jusqu’à nos jours vers l’Indonésie et l’Afrique noire. » Et l’on sait que beaucoup de Noirs, notamment aux États-Unis, se convertissent à l’islam : sur six millions de musulmans plus de la moitié sont des Noirs. La conversion particulièrement facile, puisqu’il s’agit seulement de déclarer trois fois : « Allah est grand et Mahomet est son prophète », fait ainsi de l’islam la religion monothéiste la plus accessible, disons la plus « ouverte » suivant le qualificatif que Bergson a donné au christianisme (par opposition à celui de « religion close » attribué au judaïsme).



Dans les ouvrages sur le racisme, les auteurs rapprochent souvent le racisme anti-Noirs du racisme anti-Juifs… En fait, si les manifestations violentes de l’un et de l’autre peuvent évidemment avoir quelques ressemblances, leurs fondements et, partant, leur avenir sont totalement différents. Puisqu’il n’y avait pas initialement de racisme anti-Blancs chez les Noirs, le racisme anti-Noirs ne pouvait être qu’un racisme "primaire" assez facilement réductible. Sans base culturelle, il devait, comme l’Histoire l’a montré, s’effondrer rapidement dans les institutions à la fin du XXe siècle, lorsque quelques coups de boutoir lui furent portés aux États-Unis et en Afrique du Sud. Avec le racisme anti-Juifs des non-Juifs, le problème est tout différent et autrement plus complexe. Qui pourra jamais distinguer dans ce racisme anti-Juifs, ce qui représente un racisme « naturel », un racisme réactionnel à des manifestations racistes chez des Juifs ou bien un racisme de contamination par la notion de race véhiculée par le judaïsme ?



Si, dans le développement de deux catégories distinctes d'humains, la tradition judaïque a une écrasante responsabilité, il ne faut pas oublier pour autant que le racisme au sens fort du terme s'est développé en Occident de façon tout à fait autonome à partir du XVe siècle avec l'esclavage des Noirs et la colonisation d’origine chrétienne et, à partir du XVIIIe, avec les théories pseudo-scientifiques qui se sont épanouies jusqu'à une période relativement récente.



En parlant de l'hostilité des Juifs à l’égard des "non-Juifs", Hannah Arendt[239] a pu écrire : «Lorsqu’on découvrit la tradition juive d’hostilité souvent violente à l’égard des chrétiens et des non-Juifs, "le public juif en général fut non seulement indigné, mais sincèrement étonné" car ses porte-parole s’étaient persuadés et avaient persuadé les Juifs que, s’ils étaient ainsi séparés des autres nations, la faute en revenait aux non-Juifs, à leur hostilité et à leur obscurantisme. Les historiens juifs assuraient désormais que le judaïsme avait toujours été supérieur aux autres religions parce qu'il croyait à l'égalité entre les hommes et à la tolérance. Cette théorie spécieuse, dont les Juifs étaient les premières victimes, accompagnée par la conviction que les Juifs avaient toujours été des objets souffrants et passifs, revenait en fait à prolonger l'antique mythe de l'Élection ».

Ce mythe de l'Élection sur lequel revient Hannah Arendt est bien, en effet, l'élément de base duquel il faut partir si l'on veut parler d'« antisémitisme ». « La persécution des élus de Dieu, écrit J. M. Lustiger[240], n’est pas un crime semblable à tous les crimes que sont capables de commettre les hommes : il s’agit de crimes directement liés à l’Élection, et, donc, à la condition juive. « N’était-il pas naturel ou juste » écrivent de leur côté Benbassa et Attias[241], que le judaïsme devint lui-même à terme la victime d’un exclusivisme qu’il avait promu ? Comme si, par l’effet de quelque étrange malédiction ou pour sanction de ses trop nombreux péchés, Israël était pour ainsi dire condamné à produire les armes perverses dont ses persécuteurs useraient contre lui. Comme si l’ennemi était là déjà, à l’intérieur ».



Non, le peuple juif n’est ni maudit (comme le veut le Coran), ni pécheur (comme le veut la Bible), mais il est bien vrai que les données fondamentales du judaïsme dont nous avons parlé, en accréditant l’objectivité de l’idée de race, en cultivant la notion de race juive avec une application singulière, en voyant dans les non-Juifs les « autres », en considérant la nature juive indépassable et la marque juive indélébile comme si les gènes fondaient le destin, forgent les armes premières de son perpétuel malheur.



En résumé, si l’assertion de nombre d’auteurs juifs, suivant laquelle « il n’y a pas de judaïsme sans antisémitisme », est parfaitement juste, il faut bien voir cependant qu’elle est tout à fait insuffisante. Ces auteurs n’ont manifestement pas vu que le racisme accompagnant le judaïsme est double : racisme chez les Juifs d’une part, racisme chez les non-Juifs d’autre part, deux racismes intimement liés et dont la destinée ne peut être que commune.

C’est dire aussi que l’ « antisémitisme » (selon l’inadéquate et fâcheuse expression courante) ou le racisme anti-Juifs (selon l’expression correcte), cette hostilité à l’égard des Juifs en tant que « Juifs » qui appartient à tous les temps relève de deux causes et de deux seules : une cause première, la notion de race que le judaïsme véhicule d’autorité chez les Juifs et qui contamine à la fois Juifs et non-Juifs, une cause seconde, l’association sottise/malveillance chez des non-Juifs. La notion de race étant présente dans les esprits, il s’agit d’un racisme vrai comme peut l’être le racisme anti "non-Juifs" des Juifs. Contrairement à l’opinion banale chez les auteurs juifs suivant laquelle l’« antisémitisme » reste incompréhensif[242] le phénomène ne comporte pas de secret pour qui porte un regard libre sur la culture issue du judaïsme.



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Samedi 1 Avril 2006

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