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14 OCTOBRE 2009 : UN RENDEZ-VOUS MANQUÉ DE LA GUADELOUPE AVEC SON HISTOIRE


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FRédéric Gircour
Mercredi 21 Octobre 2009

Agitation des mamblos (photo FG - 23 juin 2009)
Agitation des mamblos (photo FG - 23 juin 2009)

1° Repartir




- Depuis la signature des accords du 4 mars, et la suspension de la grève générale, l’Etat a clairement démontré qu’en dehors de toute pression sociale, il n’était pas disposé à honorer ses engagements vis-à-vis des Guadeloupéens. C’est cette attitude qui rend la reprise de la grève générale inéluctable. Dans ce contexte, le LKP n’a pas ménagé ses efforts depuis septembre, pour remobiliser sa base : en plus des assemblées générales dans les entreprises, bik a pawols et meetings se sont succédés à un rythme soutenu dans les différentes communes de Guadeloupe. Le point d’orgue de cette mobilisation a été la manifestation du mercredi 3 octobre, qui a fait la preuve de la large assise sociale que continue à avoir le LKP.





- Au cours d’une conférence de presse donnée le 2 octobre, Elie Domota dévoilait le revirement stratégique opéré par le LKP (voir article http://chien-creole2.blogspot.com/2009/10/conference-de-presse-du-lkp.html). La perspective d’une reprise de la grève générale et la création d’un vaste "front patriotique" regroupant LKP, élus et patrons signataires de l’accord Bino, a conduit Marie-Luce Penchard à se rendre précipitamment aux Antilles. Elle a reçu en urgence une délégation du LKP mais quelle marge de manœuvre peut bien avoir la fille de Lucette Michaux-Chevry, l’indéboulonnable figure de proue de la droite guadeloupéenne ? On a du supposer à l’Elysée qu’une Guadeloupéenne ferait mieux passer la pilule qu’un Yves Jégo mais c’est Sarkozy et son ministre de l’Outre-mer, le désopilant Brice Hortefeux, qui mènent la danse... Elle a tout de même obtenu que le LKP et le préfet Nicolas Desforges se rencontrent dans le cadre d’une commission de suivi le 14 octobre.





- Pour Elie Domota, interrogé par Chien Créole, la trentaine de points sur 146 que l’Etat se targue d’avoir honoré correspondent à des points déjà stipulés dans la LOEDOM, Loi pour le Développement Economique de l’Outre-mer, qui avait été promulguée avant le mouvement social. Le préfet n’ayant rien d’autres à offrir que ce bilan et de nouvelles promesses qui n’engagent que ceux qui y croient, on pouvait légitimement s’attendre à ce que le LKP appelle à la reprise de la grève générale à l’issue de cette réunion. Après une dernière chance accordée à l’Etat de se ressaisir, c’eut été le point d’orgue d’un crescendo orchestré depuis la rentrée. Il n’en a rien été. Au terme de quatre heures d’entretien, chacun est ressorti se disant plutôt satisfait et en soulignant la nécessité de se revoir rapidement. De quoi déconcerter les militants de base !




2° Le cauchemar de Sarkozy



- La volonté de tempérer de la part du LKP peut s’expliquer en partie par l’arrivée de centaines de gendarmes mobiles sur l’archipel (logés aux frais de la préfecture, donc du ministère de l’intérieur, donc avec nos impôts, dans des hôtels de luxe sur le Gosier ou des résidences sur St Claude). A ce propos, on en sait un peu plus sur les menaces dénoncées par Jean-Marie Nomertin lors du meeting du 9 octobre (voir l’article : http://chien-creole2.blogspot.com/2009/10/menaces-sur-le-lkp.html). Elles sont de deux ordres :


Des jeunes sont venus trouver Jean-Marie Nomertin pour le prévenir qu’on leur avait proposé de l’argent pour se livrer à des provocations violentes dans la grande rue commerçante de Pointe-à-Pitre. Dans un second temps, des policiers sympathisants du LKP (et il y en a beaucoup plus qu’on ne le croit) ont fait part à Domota d’éléments entendus dans leurs brigades, comme quoi, cette fois, il y aurait carte blanche pour réprimer le mouvement, y-compris dans le sang afin d’empêcher à tout prix qu’il ne reparte. Si la première menace semble avoir été réelle ; la seconde s’apparente plus à une manipulation policière pour intimider les militants.







Quoiqu’il en soit, même si ça ne relève que d’intimidations, ça démontre une certaine fébrilité de la part du pouvoir. Le fait de recourir à de telles méthodes nous indique qu’il semble prendre très au sérieux l’éventualité d’une reprise du mouvement et qu’il la redoute.





- Il faut dire que le gouvernement est empêtré dans toutes sortes de scandales [l’affaire Polanski puis l’affaire Mitterrand, les accusions de népotisme autour de la probable nomination d’un gamin de 23 ans (qui redouble sa 2ème année de fac) à la tête de l’organisme qui gère l’un des plus grands centres d’affaires européens, etc…] et n’a vraiment pas besoin d’un nouveau front qu’il ne saurait pas gérer. Et puis, au-delà des Antilles à proprement parler, il s’agit pour la droite dure qui nous gouverne aujourd’hui, de rappeler à l’opinion publique de l’hexagone que "ce n’est pas la rue qui gouverne". Il s’agit d’éviter à tout prix que la Guadeloupe ne devienne un exemple concluant pour le mouvement social français. S’il y a en effet un scenario cauchemardesque que Nicolas Sarkozy ne veut pas voir se réaliser, c’est que le modèle LKP fasse des émules en métropole et que les travailleurs et la population s’unissent par-delà les clivages des partis, des centrales syndicales, etc., pour porter leurs revendications sociales dans un mouvement déterminé. Le LKP doit donc être synonyme d’échec. La question est de savoir jusqu’où le gouvernement est-il prêt à aller pour éteindre un début d’incendie dont il redoute la propagation ? Une chose est sûre, avoir recours à une répression sanglante, équivaudrait à vouloir éteindre les flammes avec du rhum, pour employer une image locale.





3° Trouver un nouveau langage



- Le gouvernement cherche donc à gagner du temps dans l’espoir que le mouvement se dégonflera tout seul, de guerre lasse. C’est bien connu, l’antillais est sanguin, impulsif mais il a bon fond et il peut se calmer aussi vite qu’il ne s’est échauffé n’est-ce pas ? Mais le LKP n’a-t’il pas intérêt lui-aussi à jouer la montre ? Si beaucoup sont prêts à repartir, il faut reconnaître que ce n’est pas encore le cas d’une part considérable de la population. Le LKP veut se donner le temps de convaincre car il sait que sa légitimité et sa force reposent sur son soutien populaire et que, comme avant le 20 janvier 2009, un mouvement d’une telle ampleur se prépare. Les meetings continuent donc à s’enchaîner comme si de rien n’était depuis le 14 octobre.



- Seulement, que constate t-on pendant ces prises de parole ? Je caricature mais pour l’essentiel les orateurs dénoncent les manquements de l’Etat et du grand patronat sans tenir compte du fait que ce constat est déjà partagé par la grande majorité de la population. L’un des obstacles importants à la reprise réside dans le fait que certains considèrent que ce bilan signe une défaite du LKP, ce qui ne les incite pas à recommencer un nouveau mouvement. Le LKP dans cette nouvelle phase préparatoire qu’il s’accorde, saura t-il réinsuffler à ceux-là l’enthousiasme et la confiance perdue en la capacité d’obtenir gain de cause ? Trouvera t-il les mots pour faire comprendre qu’on ne peut parler de défaite alors que la grève générale n’a été que suspendue et qu’il a toujours été dit que si les signataires ne respectaient pas leurs engagements, celle-ci reprendrait pour les y contraindre ? Parviendra t-il à faire comprendre qu’on ne peut dresser un bilan aussi péremptoire alors qu’on est seulement à mi-course et que la défaite, ce serait de renoncer à ce stade, de baisser les bras près du but. Au jour d’aujourd’hui, ce travail sur la perception des événements passés et leur articulation logique avec ceux à venir a été insuffisamment faite.





4° Ce que le LKP attend



- En attendant, le LKP a répété au préfet les sujets qu’il considère comme essentiels et qui n’ont toujours pas obtenu de réponse satisfaisante : l’accord Bino, la formation pour les jeunes en difficulté, les discriminations, l’essence, les minimas sociaux, les handicapés, l’eau, les prix, etc. « Nous considérons ces sujets comme essentiels car ils sont de ceux qui changent concrètement la vie des gens, affirme Elie Domota, interrogé par Chien Créole. Pour ce qui est des prix, nous avons averti le préfet qu’on ne se contenterait pas d’avoir la transparence sur la formation des prix. Ça reviendrait à nous dire "voilà comment on vous couillonne" sans remettre en cause l’essentiel. Nous nous battons pour l’arrêt de la profitation et nous en sommes encore loin.






Jean-Marie Nomertin et Elie Domota, dirigeants respectifs de la CGTG et de l'UGTG (photo FG)





- L’autorité de la concurrence reconnaît qu’il y a concentration illégale avec notamment une famille qui détient plus de 40% de la grande distribution, des ententes illicites, des marges arrières non redistribuées, etc. Il faut que tout ça cesse, mais nous avons compris que l’autorité de la concurrence est là pour défendre la concurrence, pas les usagers. Elle n’a pas les moyens coercitifs de faire plier les grands distributeurs. Le porte-parole du LKP poursuit : de fait, la seule réponse que le gouvernement entend apporter c’est l’introduction de concurrents, mais nous sommes un petit territoire, avec seulement 1600 km² ; nous avons déjà des Carrefours, des Leader Price, des Cora, et j’en passe. Nous n’avons pas vocation à devenir un nouvel Hong Kong ! Ce dont nous avons besoin, ce n’est pas d’encore plus de supermarchés mais de lois qui nous protègent. Il faut que les prix soient réglementés d’une façon ou d’une autre, et pas seulement ceux dits de première nécessité mais globalement ceux qui concernent l’alimentaire et l’hygiène.



- Et qu’on ne nous dise pas que la France fait partie de l’OMC, de l’Union Européenne, et que l’on ne peut pas faire ça ; ce n’est pas notre problème. » Je lui demande s’il entend par là qu’un changement de statut pourrait permettre à la Guadeloupe d’avoir un régime dérogatoire sur ce sujet. « On veut nous présenter le changement de statut comme la solution en soi à nos problèmes. C’est une erreur. Nous disons que des problèmes sont posés. Commençons par trouver les solutions qui pourraient les résoudre et il sera temps alors, si la population le souhaite, de choisir un autre statut qui nous permettra de les appliquer efficacement. Là, on veut nous faire mettre la charrue avant les bœufs. »





FRédéric Gircour (chien.creole@gmail.com)
Source: http://www.chien-creole2.blogspot.com/



Mercredi 21 Octobre 2009


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