La fougue de l'immigration. Celle de respirer l'air du séduisant Occident qui hante la jeunesse maghrébine depuis l'inquisition d'Isabel la Catholique.
« Partir » est le recurrent thème qu'a, dernierement, choisi l'écrivain marocain, Tahar Ben Jelloun, pour démontrer l'absurdité de ce verbe, conjugué à l'humiliation de ses propres personnages choisis à l'encontre d'une intélligence éveillée aux sens du savoir-vivre, d'un souci de bien être et d'un souhait d'une vie apte et mûre d'être, enfin, décente.
C'est aussi l'histoire d'une désillusion. Quelques chapîtres où le rôle du personnage principal ne serait qu'une toute basique interprétation de la négation d'un système, d'une société et, principalement, d'airs en mal de vivre. Âmes avides de libérer dame « Liberté », libérer les mœurs avec une inouïe soif de se délecter de la grâce suave : La magie de l'invention démocratique, la transcendance égalitaire et la justice entre toutes les classes de la société. Ben Jelloun va, certainement, à la recherche de l'absurde. L'absurde est l'autre sens du gâchis. Le gâchis ce sont 40 chapîtres de ce romain « para-fictionné ». parafrictionné, j'allais dire. Ses personnages sont le légitime et la légitimisation du sens de la corruption, de la délinquance et de la prostitition codée – prostitution avouée en même temps-, de ceux qui se déclarent les « Maîtres ». Les tuteurs de la souverainté sur les affaires d'un peuple. Une transaction d'honneur et de dignité… le héro et son honneur se sépare pour essayer de se retrouver ailleurs en présence de Godo. Un honneur lâché chez-soi pour prétendre le retrouver ailleurs. Ailleurs, c'est cette société à la phobie de l'arabe, du musulman et de l'africain, considérés comme la sangsue de l'Europe. Une Europe qui hante. Ailleurs, c'est aussi l'autre forme de la pénitence, la mortification. Ailleurs est l'unique sens de la vexation de l'humanisation. Le noir avec toute la palette de ses couleurs.
Le « Partir » est dur pour le Maroc et pour le Maghreb, mais il reste une réalité d'une jeunesse désespérée, qui en veut à son pays parce qu'il n'a pas su la retenir. Simplement lui donner sa chance. Réaliser ses rêves. La littérature ne fait pas uniquement de bons sentiments, comme le dit l'auteur, lui-même. Elle reste une potion faite de remontrances, souvent d'irrésolutions et… que de douleurs !
Au milieu d'un débat factuel en Europe -l'intégration des immigrés-, Tahar Ben Jelloun va aux sources de l'émigration : le chômage, l'hypocrisie, la corruption ou la banalisation de la prostitution.
Après « Harraga » de Boualem Sensal, « Partir » fredonne le refrain de la clandestinité, le phrasé des sans-papiers et le requiem du sarcastique d'un monde recommandé aux privilégiés. Corrosif, paré d'un culot salutaire, ce genre de témoignage introduit son mal et ses reflets muets, avec heurt et perversion.
Samir MEHALLA
Le Citoyen, Algérie
« Partir », Tahar Ben Jelloun
Edition Gallimard 2006
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