Lundi 15 Mars 2010
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Conflits et guerres actuelles
«Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial»A propos du développement socioéconomique en Amérique latine, Michel Chossudovsky a publié deux best-sellers: «Guerre et mondialisation» et «Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial». Le second ouvrage a été publié chez Ecosociété en 1998 et traduit en 11 langues. C’est de celui-là qu’il est question dans ce résumé et plus particulièrement du chapitre sur l’Amérique latine qui est divisé en trois sous-chapitres intitulés «Dette et ‹démocratie› au Brésil», «La thérapie de choc au Pérou» et «La Bolivie: dette et narcotrafic».Lundi 15 Décembre 2008
par Emmanuel Broillet, Genève
L’auteur examine la manière dont les élites brésiliennes utilisent le développement socioéconomique national pour faire pencher le pouvoir social et les avantages familiaux en leur faveur. Voici un exemple: quelques semaines après le Sommet de la Terre de Rio, en juin 1992, une enquête du Congrès confirmait que le président Fernando Collor de Mello était impliqué. L’opinion publique n’avait d’yeux que pour le scandale et la chute du chef de l’Etat. La retransmission télévisée des enquêtes parlementaires eut plus de succès que celle des Jeux olympiques. Pendant ce temps, loin du regard de l’opinion, une tractation portant sur des milliards de dollars se négociait entre le ministre des Finances et les bailleurs de fonds internationaux du Brésil. Les poursuites contre le président avaient détourné l’attention de la population des enjeux sociaux réels: la grande majorité des Brésiliens s’était appauvrie du fait du «plan Collor», lancé en mars 1990 par la ministre des Finances de l’époque Zelia Cardoso de Mello. Le chômage fit des ravages, les salaires réels chutèrent et les programmes sociaux subirent des coupes claires. Le «plan Collor» combina une politique monétaire interventionniste avec une privatisation dans le style du Fond monétaire international (FMI), la libéralisation du commerce et un taux de change flottant. Le gouvernement brésilien était enfermé dans un cercle vicieux: le versement d’argent frais par le FMI aux fins de rembourser les banques était bloqué par le groupe conseil représentant ces mêmes institutions. Les conséquences ne se laissèrent attendre. Il y eu tout d’abord un changement d’équipe, puis la destitution du président Collor, ensuite la mise en place d’un sociologue «marxiste» aux Finances et, enfin, la restructuration de la dette commerciale. A l’occasion de cette «thérapie économique», les relations entre gouvernement central et gouvernements régionaux ont été profondément modifiées par rapport aux dispositions de la Constitution de 1988. Pourquoi tout ce qui a été défini est très important? Parce que les politiques socioéconomiques ont contribué à la gestion de la pauvreté au moindre coût. Elles ont contribué à accélérer l’expulsion des paysans sans terre, chassés des campagnes et transformés en une main-d’œuvre nomade allant de ville en ville. Une nouvelle pauvreté urbaine a fait son apparition, différente de celle des favelas et qui se nourrit de l’exclusion du monde du travail de milliers d’ouvriers et d’employés qui habitaient jusqu’alors dans les zones de résidence de la classe ouvrière et désormais complètement marginalisés. Le «plan de stabilisation» parrainé par le FMI et appliqué par le gouvernement péruvien du président Alberto Fujimori est le plus sévère jamais mis en œuvre en Amérique latine depuis la crise de 1981-1982. Des programmes d’ajustement structurel, dans plus de 100 pays en voie de développement, celui du Pérou les dépasse en brutalité. La stratégie agricole et financière de Fujimori a, en fait, détruit dès le départ toute possibilité de «développement alternatif» dans la haute vallée de l’Huallaga telle qu’elle fut envisagée par l’accord de 1992. Si les Etats-Unis voulaient réellement lutter contre le trafic de la drogue, ils n’imposeraient pas au Pérou une politique économique qui renforce l’alliance entre grandes banques, trafiquants et militaires. Il n’en reste pas moins que ce renforcement de la narco-économie apporte ces dollars dont a besoin le Pérou pour assurer le service de sa dette. Il faut souligner ici la similitude de l’ajustement structurel en Bolivie et au Pérou. Les deux économies dépendent largement des exportations illégales de coca comme source principale de devises étrangères. Dans les deux pays, le recyclage des narcodollars joue un rôle important dans le remboursement des créances. Le programme de stabilisation fut suivi d’une réorganisation de l’industrie minière de l’Etat et du congédiement de quelque 23 000 travailleurs. Cette «politique de stabilisation» a permis de contrôler l’inflation. Mais, l’objectif de la stabilisation des prix fut réalisé grâce au mécanisme de la «dollarisation» des prix. Le programme de stabilisation provoqua une chute significative de l’emploi et des salaires réels. A sont tout, le pouvoir d’achat diminue, les finances publiques s’effondrent et l’industrie minière stagne voire ferme ses mines. Les prix baissent; et l’étain s’effondre. Cette baisse des prix aux producteurs fut également accompagnée par un écart grandissant de la marge entre le prix au détail et le prix payé aux paysans. Dans cette conjoncture, la tendance va vers le développement rapide de l’économie illégale du coca. L’étude de la situation économique et sociale des pays d’Amérique latine effectuée par Michel Chossudovsky renforce la conclusion que la mise en œuvre des droits de l’homme et l’accès à la distribution sont primordiaux pour un développement positif de ces pays. Ce livre contribue de manière importante à notre compréhension de la diversité culturelle.
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Les artisans de la débâcle économique continuent leur besogne au sein du gouvernement Obamapar Michel Chossudovsky, Canada*Obama a déclaré sans équivoque sa volonté de s’attaquer aux échecs politiques du gouvernement Bush, et de «démocratiser» le système financier étasunien. Barack Obama, le président élu, affirme être déterminé à inverser la tendance: «Rappelons-nous que si cette crise financière nous a appris quelque chose, c’est que nous ne pouvons avoir une Wall Street prospère pendant que le commun des mortels souffre. Dans ce pays, nous nous élevons ou chutons en tant que nation, en tant que peuple.»1 Avec désinvolture, les démocrates reprochent au gouvernement Bush la débâcle financière d’octobre. «Demain, vous pourrez tourner la page sur les politiques qui poussent à la cupidité et à l’irresponsabilité de Wall Street devant le dur labeur et le sacrifice des hommes et des femmes de la rue. Demain, vous pourrez choisir les politiques qui investissent dans notre classe moyenne, créent de nouveaux emplois et accroissent cette économie, de sorte que tout le monde ait une chance de réussir, du directeur général à la secrétaire et au concierge, du propriétaire de l’usine aux hommes et femmes qui y travaillent.»2 Obama est-il engagé dans le «domptage de Wall Street» et dans la «neutralisation des marchés financiers»? Les instigateurs du désastre financierQui sont les artisans de cette débâcle? «Mettre le renard à la garde du poulailler»Summers est aujourd’hui consultant pour Goldman Sachs et directeur général de D.E. Shaw Group, un organisme de fonds spéculatifs. En tant que gestionnaire de fonds de spéculation, ses contacts avec les Finances ainsi que Wall Street lui procurent de précieuses informations privilégiées sur le mouvement des marchés financiers. Sous la gouverne de Larry Summers, et en conséquence directe de la crise financière, le D.E. Shaw Group a fait des bénéfices records. A la fin octobre 2008, à l’apogée de la crise financière, le D.E. Shaw Group a annoncé 7 milliards de dollars de revenu, en augmentation de 22% sur l’année précédente, «avec près de trois fois plus d’argent dans la main qu’il y a un an» (2theadvocate.com, 31/10/08). Le Consensus de WashingtonSummers, Geithner, Corzine, Volker, Fischer, Phil Gramm, Bernanke, Hank Paulson, Rubin, sans oublier Alan Greenspan, et autres, sont des copains. Ils jouent au golf ensemble; ils ont des liens avec le Council on Foreign Relations et les Bilderberg; ils agissent de concert conformément aux intérêts de Wall Street; ils se rencontrent à huis clos; ils sont sur la même longueur d’onde; ils sont démocrates et républicains. «Industries ‹sales›: Juste entre vous et moi, la Banque mondiale ne devrait-elle pas encourager davantage la migration des industries sales vers les pays les moins développés? Je pense à trois raisons: L’attitude de Summers sur l’exportation de la pollution vers les pays émergents a eu un impact marqué sur la politique environnementale des Etats-Unis: Crise asiatique de 1997: Répétition générale des choses à venirAu cours de l’année 1997, la spéculation monétaire, instrumentée par de grandes institutions financières et dirigée contre la Thaïlande, l’Indonésie et la Corée du Sud, a favorisé l’effondrement des monnaies nationales et le transfert de milliards de dollars des réserves des banques centrales entre les mains de financiers privés. Plusieurs observateurs ont signalé la manipulation délibérée du marché des actions ordinaires et des devises par des banques d’affaires et des sociétés de courtage. «[En 1997] MM Summers et Geithner s’activaient à persuader M. Rubin de soutenir l’aide financière à la Corée du Sud. M. Rubin se méfiait de pareille mesure, s’inquiétant du fait que fournir de l’argent à un pays en situation désespérée pourrait être une affaire perdue d’avance […].»5 Ce qui est arrivé en Corée du Sud du fait des conseils du secrétaire adjoint au Trésor Larry Summers et des autres, n’a rien à voir avec de l’«aide financière». «Le corps législatif coréen s’est réunis en sessions extraordinaires le 23 décembre. La décision finale, concernant le marché de 57 milliards de dollars, a été prise le lendemain, le 24 décembre, lors du réveillon de Noël, après les heures de bureau à New York. Les plus hauts financiers de Wall Street, de Chase Manhattan, Bank America, Citicorp et JP Morgan, ont été convoqués pour une réunion à la Banque de la Réserve fédérale de New York. C’est aussi dans la salle du réveillon de Noël où se retrouvaient les représentants des cinq grandes banques d’affaires de New York, notamment Goldman Sachs, Lehman Brothers, Morgan Stanley et Salomon Smith Barney. Cette «puissante médecine économique» est la prescription du Consensus de Washington. «Souffrance à court terme pour gains à long terme» était la devise de la Banque mondiale durant la période où Lawrence Summers était économiste en chef.7 Le «Financial Services Modernization Act» de 1999 Ce qui est arrivé en octobre 1999 est décisif. A la suite de longues négociations à huis clos dans les salles de réunion de Wall Street, dans lesquelles Larry Summers joua un rôle central, le cadre réglementaire contrôlant les puissants conglomérats bancaires de Wall Street fut abrogé «d’un trait de plume». «Cette loi, a-t-il déclaré, permettrait de s’assurer que ni la SEC ni la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) ne pouvaient contrôler les affaires des produits financiers modernes appelés swaps, et donc ‹protégerait les institutions financières de la sur-réglementation› et la ‹positon de leader mondial de notre secteur des services financiers dans le nouveau siècle›.»8 Phil Gramm était le premier choix de Mc Cain pour le poste de secrétaire au Trésor. Désarmement financierIl ne peut y avoir de solution constructive à la crise, sauf réforme majeure dans le système financier, ce qui implique, entre autres, le gel du négoce spéculatif et la «neutralisation des marchés financiers». Le projet de neutralisation des marchés financiers fut proposé pour la première fois dans les années 40 par John Maynard Keynes, comme un moyen d’instaurer un système monétaire international multipolaire.9 Le commun des mortels contre Wall StreetOù sont les «candidats de la Main Street» retenus par Obama? C’est-à-dire, ceux qui obéissent aux intérêts des gens des quatre coins des Etats-Unis. Aucun leader du milieu communautaire ou représentant des travailleurs n’est sur la liste des postes clefs d’Obama. Le néolibéralisme à «visage humain»Rien n’indique qu’Obama rompra les ponts avec ses commanditaires de Wall Street, qui ont largement financé sa campagne électorale. 1 Président élu Barack Obama, 4/11/08 * Michel Chossudovsky est directeur du Centre de recherche sur la mondialisation et professeur d’économie à l’Université d’Ottawa. Il est l’auteur de «Guerre et mondialisation», «La vérité derrière le 11-Septembre» et «Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial» (best-seller international publié en 11 langues). **Obama vient de nommer Timothy Geithner ministre des Finances et Lawrence Summers conseiller de ce dernier.
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